Dur, dur d’avoir la priorité pour les piétons

Daniel LeBlanc
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Un piéton, voilà un individu qui fait partie intégrante de la voie publique dans bon nombre de pays européens ou même ailleurs au Canada. La priorité qui lui est accordée est non-négociable, jugent certains. Sauf que le scénario semble être quasi à l’opposé à Gatineau, a permis de constater une enquête réalisée par La Revue.

Postés à trois endroits distincts, nos cobayes se sont prêtés au jeu à autant de traverses piétonnières (boulevards de la Cité et Lorrain, intersection des rues Main et Magnus) en plein cœur de la journée, question de tester la vigilance des automobilistes.

Visiblement, peu d’entre eux semblent au courant que les piétons détiennent la priorité pour traverser la rue lorsque des bandes jaunes sont peintes au sol ou que la signalisation l’indique. À preuve, au total, 37 des 132 usagers de la route ont cédé le passage aux marcheurs qui ont collaboré à notre test. Il s’agit d’un score d’à peine 28%.

La plus médiocre note au bulletin des automobilistes a été enregistrée à la traverse située sur le boulevard Lorrain, près de la rue Auguste-Renoir, où ceux avec un comportement exemplaire se comptaient sur les doigts de deux mains. En effet, seulement 8 des 54 conducteurs ont appuyé sur la pédale de frein dans le but de laisser passer le piéton.

Il ne s’agissait que d’un échantillon, mais les situations dont nous avons été témoins avec les piétons étaient multiples: une conductrice en train de manger derrière le volant, une poignée d’entre eux avec le cellulaire à l’oreille, une dame qui s’arrête mais fait un signe de la main pour demander au piéton d’accélérer le pas, etc. D’autres s’immobilisent à la dernière seconde, à peine à un ou deux mètres de la traverse. Bref, le respect des piétons semble être une guerre loin d’être gagnée.

Même un véhicule de la voirie municipale de Gatineau ainsi qu’un autobus pour transport médical ont été surpris en flagrant délit, alors que deux conducteurs de taxis ont été exemplaires. La prudence est de mise car certains automobilistes s’immobilisent d’un côté, alors que d’autres non dans le sens opposé.

Participant à l’enquête du journal, le retraité Claude Cliche n’en revient pas de la négligence des automobilistes, surtout que le constat d’infraction s’élève à 156$ pour tout contrevenant. Selon lui, la somme devrait être augmentée, surtout lorsqu’une seconde infraction est commise.

«Les gens sont insouciants, roulent trop vite et ne voient rien. Ils ne sont tout simplement pas concentrés sur la route, ils sont occupés à plein de choses sauf conduire. Pourtant, ce n’est pas un jeu. Je me demande même s’ils voient leur volant. Je suis presque chanceux d’être sorti de là vivant, affirme-t-il. Et il y a beaucoup d’adultes qui sont passés devant moi qui ont dû enseigner à leurs enfants comment conduire un véhicule. Nous ne sommes alors pas au bout de nos peines.» Le Gatinois soutient n’avoir jamais hérité d’un constat d’infraction quel qu’il soit en 45 ans d’expérience.

«Les gens sont insouciants, roulent trop vite et ne voient rien. Ils ne sont tout simplement pas concentrés sur la route, ils sont occupés à plein de choses sauf conduire. Pourtant, ce n’est pas un jeu. Je me demande même s’ils voient leur volant» Claude Cliche, citoyen

Avis aux cyclistes, vous n’êtes pas en reste non plus: le non-respect d’une traverse pour piétons pourrait vous valoir une amende de 37$.

Rappelant que le Service de police de la Ville de Gatineau effectue plusieurs campagnes de prévention à ce sujet sans compter la répression, le porte-parole Pierre Lanthier a visionné les images captées par La Revue. À certaines séquences, il était stupéfait, alors que la piétonne voit défiler devant elle une dizaine de véhicules consécutifs avant de pouvoir s’engager sur le pavé. Selon lui, la priorité aux piétons n’est pas aussi solidement ancrée dans les mentalités québécoises qu’ailleurs.

«Est-ce étonnant? Oui et non. Malheureusement, on dirait que ce n’est pas ancré dans la tête des gens que les piétons ont la priorité aux traverses. Peu de gens arrêtent, on le voit bien dans votre vidéo, commente-t-il, appelant à la prudence. On recommande vraiment aux piétons de s’assurer que les conducteurs s’immobilisent dans les deux directions avant de s’engager dans la rue, question de s’assurer de l’absence de danger. Malheureusement, ça ne devrait pas être ainsi. Et le piéton n’a pas à courir pour libérer la circulation plus rapidement.»

Rencontrée près de la traverse située à l’intersection des rues Main et Magnus, une résidente du secteur depuis 27 ans s’est même dite surprise d’apprendre qu’autant de conducteurs (15 sur 40) aient accordé la priorité de passage au piéton.

«Je ne sais même pas comment les brigadiers font pour travailler à cet endroit. Moi-même lorsque je prends des marches je dois attendre qu’il n’y ait plus d’autos avant de traverser», affirme Gabrielle Renaud, qui prône l’installation de quatre panneaux d’arrêté à cet endroit. «Parfois même, des véhicules s’arrêtent et d’autres croient qu’ils tournent alors ils veulent les dépasser. C’est dangereux», renchérit-elle.

En 2010, 102 piétons ont été blessés après avoir été impliqués dans des accidents sur le territoire gatinois. Les mois d'octobre, novembre et décembre sont la période où les accidents impliquant des piétons sont les plus fréquents, entre autres en raison de la noirceur hâtive.

Résultats de notre enquête*

Boulevard de la Cité: 14/38 (37%)

Boulevard Lorrain: 8/54 (15%)

Rues Main & Magnus: 15/40 (37%)

Cumulatif: 37/132 (28%)

*Tests effectués les 18 et 24 juillet

Organisations: Service de police, Ville de Gatineau

Lieux géographiques: Rue Auguste-Renoir

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  • Patrick Bourgeois
    23 août 2012 - 12:08

    Très bonne idée ce reportage, bravo. C'est consternant de voir à quel point les automobilistes ici sont "sauvages" face aux piétons lorsque comparés aux autres provinces.Il y a un travail d'éducation à faire.

  • Jean Desroches
    22 août 2012 - 09:33

    Bonjour, J´ai lu le commentaire de M Lanthier SPG. Ce dernier dit d´ attendre que tous les autos ont passé avant de m´engager dans l´intersection. Pourquoi avoir des traverses de piéton dans ce cas. A ce qui trait au opération policière. Je crois que la majorité des usagers de la traverse de piéton tombe entre deux relève de travail. Peu être devrions nous suivre l´exemple de la dame de Montebello qui s´était fait une pancarte d´arrêt. Moi je recommande au conducteur de faire une examen de conscience et prendre l´autobus. Jean