GM et Chrysler : Un avenir incertain

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GM et Chrysler : Un avenir incertain

Benoit Charette

On le sait maintenant, le sauvetage du secteur canadien de l'automobile va coûter trois fois plus cher que prévu au départ. Le ministre fédéral de l'Industrie, Tony Clement, a reconnu qu'Ottawa et Queen's Park devront débourser entre 14 et 16 milliards de dollars pour assurer la survie des constructeurs Chrysler et General Motors.

Ainsi, le sauvetage d'un emploi coûtera, en moyenne, 1,4 million de dollars aux fonds publics selon le Globe and mail et plus de deux millions selon l’analyste Dennis Desrosiers, un montant insensé. Le ministre Clement admet que c'est un montant considérable, mais il ajoute que c'est le prix à payer pour empêcher l'exode de dizaines de milliers d'emplois canadiens vers les États-Unis. Mais qu’est ce que le Canada obtient pour ses 14 à 16 milliards qui provient de la poche des contribuables? Il y a environ 12 à 15 000 emplois à sauver dans cette industrie et la moitié n’a pas besoin de sauvetage. Croyez vous vraiment que GM abandonnerait sa toute nouvelle usine de Camaro à Oshawa ou que Chrysler laisserait aller son usine la plus rentable de la compagnie à Windsor, lieu de fabrication de la Caravan. GM et Chrysler ont pourtant menacé de le faire et le gouvernement a cru à cette histoire. Donc, ce que nous obtenons en réalité est le sauvetage de 5 000 à 8 000 emplois pour plus ou moins 15 milliards de dollars. Il est à remarquer que le Canada n’obtient aucune assurance à long terme sur quoi que ce soit. Aucune garantie d’un plancher minimum d’emploi dans les années à venir, aucun argent pour le développement et la recherche au centre de technologie de GM à Oshawa, aucune garantie pour les fournisseurs canadien. GM et Chrysler ont plutôt parlé d’augmenter le pourcentage de véhicules et de pièces provenant de la Chine, de la Corée du Sud et du Mexique. Finalement, vous et moi n’obtiendrons pas grand chose pour nos 15 milliards.

Une autre question que me chicote : Où cela prendra-t-il fin ?

Depuis 15 ans, les constructeurs automobiles américains perdent des parts de marché et rien ne laisse présager à court terme que cette tendance va changer. Ford qui a pris des mesures difficiles depuis 2005 commence à peine à se sortir de son bourbier en gagnant un point sur le marché au cours des derniers mois. GM et Chrysler ont réduit la taille de la compagnie de moitié. L’ancien géant américain s’est débarrassé de quatre de ses divisions, fermé plus de 1 350 concessions au Canada et aux Etats-Unis, coupé les budgets de promotion de moitié, fermé de nombreuses usines et j’en passe. Toutes ces mesures on fait en sorte que les parts de marché ont littéralement plongé dans les derniers mois. Ajoutez à cela des perspectives très sombres au chapitre des ventes pour les deux prochaines années et la viabilité à long terme est loin d’être assuré. Les chances de reprendre des parts de marché dans un marché aussi lugubre sont minces, très minces et la probabilité de GM de rembourser sa lourde dette à moyen terme est quasi nulle. GM et Chrysler n’ont plus d’argent, ce sont les payeurs de taxes qui sont devenu les bailleurs de fonds des constructeurs américains. Il faut donc comprendre deux choses de cette nouvelle ère de l’automobile. Ce soi-disant prêt qui totalise plus de 15 milliards de dollars ne sera probablement jamais remboursé et il y a fort à parier que d’autres prêt seront nécessaire d’ici 12 à 24 mois pour continuer de soutenir GM et Chrysler.

GM et Chrysler vont devenir plus compétitif

Vous avez certainement entendu cette affirmation à propos des nouvelles entités. Regardons cette affirmation d’un peu plus près. Chrysler s’est débarrassé d’une dette obligataire de 6,9 milliards pour emprunter 16 milliards au gouvernement. GM a effacé une dette de 27 milliards et empruntera 50 milliards au gouvernement américain. Avec des chiffres aussi peu éloquents, on veut ensuite nous faire croire que GM et Chrysler vont être plus compétitives, j’aimerais bien que quelqu’un m’explique comment. Un emprunt de 50 milliards de GM à 7% d’intérêt équivaut à 1 500$ par véhicule vendu, le même coût que l’on attribuait aux syndicats avant la négociation. Ce coût a été diminué à 700$ ce qui additionné à la nouvelle dette revient à 2 200$ par véhicule. Chrysler se réjouit de vendre bientôt des petites voitures aux Américains pour ainsi retrouver le chemin de la rentabilité. Voici les faits : les petites voitures ne représentent que 3% du marché aux Etats-Unis et aucune compagnie, même pas Toyota, n’arrive à faire ses frais sur la vente des petites voitures et Chrysler compte sauver la compagnie, j’en doute.

Plus cette aventure prend de l’ampleur, plus je doute du réel potentiel de viabilité de Chrysler et GM. J’ai bien peur que les gouvernements devront s’engager à des investissements à long terme et vont jeter de l’argent dans un puit sans fond. Je ne suis par contre la survie de GM et Chrysler, mais je suis contre l’idée que les gouvernements se servent de notre argent pour le faire. Le prochain déficit du gouvernement canadien (2009-2010) sera évalué à 50 milliards. De ce montant 15 milliards sera directement imputable au secteur automobile. Tout cela pour sauver quelques milliers d’emplois en Ontario. Il me semble que cet argent aurait pu être utilisé à de meilleures fins, pour créer de l’emploi dans des secteurs porteur d’avenir au lieu d’investir dans un secteur manufacturier mourant.

Benoit Charette est co-propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2009. Il anime également l’émission En Voiture tous les Samedis à MIDI sur les ondes du 98,5 FM de Montréal et le réseau Corus Québec ou via internet au www.985fm.ca

Organisations: General Motors, Chrysler, Ford FM de Montréal Corus Québec

Lieux géographiques: Etats-Unis, Canada, Oshawa Ottawa Queen's Park Windsor Chine Corée du Sud Mexique Ontario

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