Génération Y: de la main-d'œuvre instable!

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Patrick Voyer
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Le chef Gérard Fischer et ses collègues restaurateurs ont constaté depuis quelques années que leurs nouveaux employés de la génération Y (15-30 ans) ne sont pas aussi loyaux qu'eux… Un phénomène compréhensible, mais qui entraîne des problèmes!

Génération Y: de la main-d'œuvre instable!

«Je remarque depuis quatre ans une instabilité du côté de mon personnel permanent, ça bouge beaucoup, avoue le chef-propriétaire du Tartuffe depuis 20 ans. Avant, le service à la clientèle c'était un métier, avant, le serveur construisait sa clientèle, c'était comme un petit empire autour de lui. En tant que serveur professionnel, c'est gratifiant, c'est pas juste un travail; tu fais plaisir à tes clients, tu parles avec eux! Comme les coiffeurs, à qui on parle et se confie. Tes clients te font confiance, tu connais une petite histoire de leur vie…»

«Mais tout ça s'est perdu un peu, déplore le chef Fischer. Ce n'est plus pareil à cause du roulement de personnel. Le métier de serveur est devenu ce qu'on voulait en sortir en demandant au gouvernement de le reconnaître. Mais là, il n'y a plus personne pour l'étudier. Pourtant, la clientèle est de plus en plus exigeante! C'est contradictoire tout ce tourbillon…»

Depuis la déclaration des pourboires imposée par le gouvernement, Gérard Fischer sent une certaine frustration. «C'est normal, ça les a bouleversés, ils étaient habitués autrement», consent-il. Mais si la déclaration des pourboires est spécifique au domaine de la restauration, le propriétaire sait bien que ce n'est pas le seul argument qui pousse les jeunes employés à ne plus s'engager à long terme dans une entreprise. L'insécurité, la lassitude précoce, la recherche de l'emploi parfait et surtout, l'accessibilité des emplois, sont autant de facteurs.

Au niveau de la formation, le propriétaire estime que certains jeunes débutent avec verve, mais se retrouvent vite au pied du mur. «Ils s'attendent à une stabilité des horaires, à de la sécurité. Et là, avec les copains, la famille, ça devient difficile. C'est là qu'ils se trouvent un deuxième emploi. Ils veulent un coussin, être confortable, mais c'est aussi dur à gérer pour eux. Juste le temps qu'ils perdent en transport…»

Autre temps…

«Les jeunes ne veulent plus travailler 40h/semaine, mais ont besoin de le faire économiquement. Ils ne veulent pas les responsabilités ou la pression que ça demande. Bon, ils aiment ça travailler ici, mais c'est insécurisant, alors pour eux, ce n'est qu'un complément.»

Pour éviter ce stress, le chef Fischer a appris que plusieurs de ses employés de fin de semaine travaillent comme fonctionnaire, un job qu'ils n'apprécient pas nécessairement.

«Quand ils ne travaillent pas ici, ça leur manque. Ils s'enferment dans quelque chose qu'ils n'aiment pas durant la semaine pour avoir la sécurité et viennent ici la fin de semaine.» Gérard Fischer n'est donc pas insensible aux doléances des jeunes. Il admet que s'il était dans leurs chaussures, il ferait peut-être la même chose, compte tenu du marché du travail en yoyo.

Or, il ne peut se métamorphoser et prétendre qu'il est en mesure de bosser moins de 50-60 heures par semaine. Lui est un X, la «génération sacrifiée», et pense autrement. Les entrepreneurs de son âge ont été formés à s'identifier à l'entreprise pour laquelle ils se donnent corps et âme, en plus de privilégier la clientèle.

«Pour les entrepreneurs, c'est difficile à gérer, car il faut s'acclimater à l'équipe et les gens sont de moins en moins patients. Mais dans la réalité, c'est l'entreprise qui doit s'adapter à la clientèle et c'est elle qui souffre le plus de tout ça. Les gens sont toujours en train de dire "Ah, un nouveau… encore!" Alors il y a une certaine instabilité au sein de l'entreprise, la roue ne tourne plus.»

La gestion de personnel est devenue la tare numéro 1, selon lui: retards, horaires casse-tête, manque d'attachement, départs fréquents et soudains (pour sabbatique ou harassement), prise de congé inopinée… Tout cela entraîne des coûts additionnels à l'employeur à cause de la formation et des horaires chamboulés.

«Ils agissent comme des petits travailleurs autonomes, comme des pigistes! Pour une grande chaîne, c'est moins dur, mais c'est désastreux, désolant, pour un resto à nappe blanche!» «J'arrive à trouver encore des gens avec la passion. Mais d'autres aussi qui disent que c'est juste "une job". Ça me fait lever le poil sur les bras quand j'entends ça!», tranche Gérard Fischer en souriant.

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