Les conditions favorables
À la définition du verbe motiver, le dictionnaire Larousse nous dit : «….créer des conditions qui poussent à agir… ». On pourrait ainsi croire qu’il suffit simplement de mettre en place des conditions favorables ou même gagnantes pour que la motivation surgisse et que tous nous nous mettions en action. Il ne reste qu’à identifier les conditions gagnantes et le tour est joué. Alors quelles sont-elles ces conditions gagnantes? La réponse est complexe parce que les conditions gagnantes ne sont pas les mêmes pour tous, et ce, entre autres à cause de nos perceptions, nos croyances, nos expériences.
Les sens (vue, ouïe, odorat, goût, toucher) sont les portes d’entrée par où tout événement ou toute situation doit passer pour accéder à notre cerveau. Une fois perçus par les sens, les événements ou situations doivent passer à travers nos filtres qui sont nos croyances, valeurs, expériences. C’est par ce processus que nous qualifions les situations ou les événements et que nous les teintons d’une émotion : on aime ou on n’aime pas.
Un exemple
Sachant cela, il est justifiable de penser que nous pourrons adapter les conditions pour qu’elles deviennent gagnantes et ainsi favoriser la motivation. Par exemple, supposons que notre enfant ne soit pas du tout motivé par l’activité des devoirs et leçons. On peut identifier avec lui ce qu’il aime et ce qu’il n’aime pas et adapter la situation pour que sa motivation s’en trouve accrue. Si notre enfant doit faire ses devoirs et leçons dans sa chambre et qu’il s’y sent seul, on peut lui proposer de faire ses travaux dans la cuisine. Pendant que nous vaquons à d’autres occupations, il accomplit ses tâches et se sent accompagné. Cette adaptation de la situation contribuera à augmenter sa motivation. Si on ajoute à cela des encouragements, l’indice de motivation devrait grimper davantage.
On ne peut pas parler de conditions gagnantes pour tous, mais on peut affirmer qu’il existe sans conteste des conditions qui, généralement, favorisent la motivation.
Expérience personnelle
La motivation, tout comme le rire, est contagieuse. Pendant quelques années, je m’entraînais avec une amie. Ma motivation à l’entraînement descendait vertigineusement lorsque mon amie ne pouvait participer à notre séance d’entraînement. Il faut se rappeler que cette contagion s’exerce dans les deux sens. Je reviens ici à l’exemple des devoirs. Si pour moi, en tant que parent, je perçois la période des devoirs comme une séance de torture, il est fort à parier que je contaminerai la motivation de mon enfant. À l’inverse, si je lui transmets que j’aime beaucoup cette étape de la journée parce que c’est un moment privilégié pour échanger sur son vécu scolaire, peut-être attrapera-t-il le virus.
Se projeter
Anticiper le plaisir d’une activité peut accroître la motivation. On a qu’à penser aux prochaines vacances et presque instantanément, notre goût des vacances se manifeste : on a hâte, on regarde notre calendrier. L’inverse est tout aussi vrai : si on perçoit l’activité à faire comme presque douloureuse, la motivation est en chute libre. Qui a hâte d’aller visiter son dentiste? À moins bien sûr que la douleur aux dents soit plus forte que le désagrément engendré par la visite elle-même!
Activité signifiante
Plus une activité a du sens, plus je comprends son importance, plus je devrais être motivé. Dans quelques semaines, j’aurai la chance d’être en Afrique pour y grimper le mont Kilimandjaro. Ai-je besoin de vous dire que les séances d’exercices ont beaucoup de sens pour moi… Il y a presque un sentiment d’urgence qui s’installe et même si je déteste me faire suer en salle de gym, j’ai la motivation d’en faire tous les jours de plus en plus. Curieusement, on observe assez souvent ce phénomène en période d’examens : on est moins obligé de pousser fort pour encourager notre ado à mettre le nez dans ses livres.
La perception des compétences
On souhaite tous que nos enfants soient hyper motivés par l’école. Donc, que peut-on faire pour motiver nos enfants face à l’école?
Il est établi que pour être motivé, on doit percevoir que nous avons les habiletés et les compétences nécessaires pour réussir l’activité demandée. La perception de nos compétences influence nos réussites. Comme je vous le disais, je dois m’entraîner même si je trouve ça très difficile. Je me suis mise à la course à pied sur un tapis roulant et je suis extrêmement fière de moi quand je réussis à faire 5 kilomètres. Toutefois, si on me disait que je dois courir un marathon la semaine prochaine, je serais complètement découragée et en plus, cela viendrait ternir le sentiment de réussite que j’éprouve face à mon 5 kilomètres. Selon mes perceptions, je n’ai pas les compétences pour réussir un tel exploit. En d’autres mots, si la tâche demandée dépasse les perceptions que j’ai de mes compétences, ça effrite la motivation. Notre rôle est d’aider notre enfant à constater ses réussites. Plus il cumulera de succès, et ce, peu importe le type d’activités (scolaires, physiques, loisirs, animation), plus son sentiment de compétence grandira et il pourra en arriver à penser qu’il est à la hauteur de tâches complètement nouvelles parce qu’il se sait compétent dans plusieurs domaines. Il aura ainsi une estime positive de lui-même.
Les types de motivation
On parle de deux sources de motivation : intrinsèque et extrinsèque. Dans un monde idéal, nous serions tous motivés par le sens profond d’une mission qui orienterait nos actions. Mère Teresa est un bel exemple de cette motivation et tous, nous reconnaissons sa grandeur d’âme. Toutefois, peu de gens sont habités d’une si grande motivation. Je reconnais que j’aime beaucoup mon travail et que je pense contribuer positivement à notre société. Toutefois, si demain matin on supprimait mon salaire, ma motivation à contribuer socialement en prendrait un coup. D’ailleurs, qui n’a pas dit : «bye, bye Boss» en rêvant gagner des millions de dollars?
Il en va de même pour nos enfants. Le salaire peut prendre la forme du plaisir suscité par des applaudissements, des bravos, des estampes dans notre cahier, des résultats scolaires qui s’améliorent, des récompenses bien méritées. Le sentiment d’accomplissement, plus subtil parfois, demande d’être mis en lumière par les adultes qui entourent l’enfant. Mettre l’accent sur le plaisir ressenti par l’atteinte d’objectifs qui ont demandé des efforts soutenus, sur la joie de remettre un devoir bien fait, sur le sentiment d’avoir réconforté un ami et d’en être apprécié. Bref, toutes les actions qui trouvent leur motivation dans le simple plaisir de bien faire méritent d’être valorisées. En inculquant des valeurs humanistes à nos enfants, nous contribuons à faire de notre société un monde meilleur.
En conclusion
- Pour être motivé à réussir, on doit se percevoir à la hauteur de la tâche à accomplir et elle doit être significative.
- Que la motivation soit intrinsèque ou extrinsèque n’a que peu d’importance…de toute façon, elle sera probablement formée des deux composantes.
- On adapte nos stratégies pour favoriser l’implantation de conditions gagnantes.
- Dans la vie, il y a une foule de choses que nous faisons et pour lesquelles nous ne sommes pas tellement motivés. C’est aussi ça la vie.
Au final, même si ça nous déplaît, on se met à l’action et, en y mettant du cœur, nous constaterons que la motivation se pointe. Essayez-le en 2013, vous m’en donnerez des nouvelles.
Brigitte Ménard
À lire : Mieux vivre l’école en 7 savoirs et quelques astuces de Marie-Claude Béliveau et Guider mon enfant dans sa vie scolaire de Germain Duclos aux éditions du CHU Sainte-Justine




