Bulletin de fin d’année des élus gatinois

Roch Cholette
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On le sait tous, cette dernière année a été éprouvante politiquement sur la scène municipale. Plusieurs ont rejailli du lot. D’autres ont livré ce qui était attendu d’eux. Mais certains ont carrément déçu. 2011 tire à sa fin et il est temps de remettre un bulletin de fin d’année aux élus de Gatineau.

Roch Cholette

Marc Bureau – note D

Année difficile pour le maire. Carences en leadership, il a réagi à l’actualité tout au long de 2011. Il n’a pas su reprendre le contrôle de l’agenda. Il dirige un conseil divisé qui semble incapable de partager une vision commune de la Ville. Le dossier Guertin lui aura fait très mal, mais plusieurs autres aussi. Des ratés dans la gestion de dossiers comme: le Rapibus, le boulevard Maloney, les primes au bilinguisme, Abitibi Bowater, le Guide de vie pour immigrants, le complexe sportif, les cantines dans les arénas et le sac à bonbons de 20 millions de dollars destiné aux conseillers, auront dissipé tout doute. Marc Bureau est à la remorque des événements. Il paraît souvent dépassé par la réalité. Il a su par contre rétablir une paix industrielle avec tous les groupes d’employés et faire adopter un budget qui respecte la capacité de payer des Gatinois.

Alain Riel – Note A-

Rempli de talent, Alain Riel est une étoile montante au conseil. Il est intelligent et articulé. Allié aveugle du maire, il peut se retrouver plus souvent qu’à son tour à défendre l’indéfendable. Il maîtrise parfaitement l’enjeu environnemental. Bon vulgarisateur, il a réussi à embarquer la population dans le virage vert. C’est tout à son honneur. Son enthousiasme pour ce domaine a été un très mauvais conseiller au sujet des couches lavables. Il aurait dû écouter la sagesse des fonctionnaires et de la population et renoncer à subventionner cent familles qui utilisent celles-ci. Son acharnement à s’accaparer du million provenant du sac à bonbons m’indique qu’il n’a pas pour l’instant la maturité politique pour assumer de plus lourdes responsabilités.

André Laframboise – note B-

Politicien d’expérience, il est fidèle à lui-même. Homme au franc-parler, il défend avec vigueur ses idées et citoyens. Malgré que l’année 2011 ait été éprouvante pour lui sur le plan personnel, il est un rempart au conseil. Son jugement est sûr. Il joue un rôle important autour de la table. Il contribue pour ce qu’il a à contribuer.

Stefan Psenak – note A

Recrue de l’année au conseil. Il est brillant et habile communicateur. Il apprend vite. Il apprend surtout à être politicien. Le dossier de l’église Saint-Paul aurait pu être son Waterloo. Mais il s’en est relativement bien sorti. En contradiction à plus d’une reprise avec le maire, il n’est pas étonnant que celui-ci ait la responsabilité du déneigement. Un dossier casse-cou. Stefan Psenak a déçu dans son rôle au sein du conseil d’administration de la STO. En avalisant le budget 2012 de l’organisme qui est majoré de 26% depuis deux ans, il laisse l’impression qu’il n’est que figurant autour de la table du transporteur en commun. Pour continuer à progresser, deux défis se dressent devant lui. Premièrement, il doit démontrer qu’il n’est pas simplement Monsieur Patrimoine. Deuxièmement, il doit contrer la jalousie de ses collègues. Le chouchou des médias devra apprendre à choisir ses batailles.

Denise Laferrière – note C-

Membre du comité exécutif, elle devrait naturellement en mener plus large à la ville. Mais son intolérance à la contestation la rend trop fragile. Ardente partisane du maire Bureau, elle est incapable de se négocier un certain espace pour voter avec jugement plutôt que simplement par fidélité. Heureusement pour ses commettants, mais malheureusement pour les autres résidents de Gatineau, Madame Laferrière incarne à merveille le rôle d’une politicienne qui tire toujours la couverture de son coté. Sa position sur le complexe multifonctionnel, originalement destiné sur la rue Montcalm, prouve que sa vision de la grande ville s’arrête aux berges de l’île de Hull. Ses malheureuses déclarations concernant la place Tharir en Égypte nous rappellent tragiquement comment le pouvoir, même municipal, enivre.

Pierre Philion – note C+

Pierre Philion est un vieux routier. Il en a vu d’autres. Présent dans sa communauté, il est un travailleur acharné mais il ne contribue pas suffisamment au développement de Gatineau. Honteusement, il a été mis au banc des punitions par le maire Bureau. Aucune responsabilité pour ce politicien aguerri. Pourtant, le conseil et le comité exécutif surtout, auraient bien besoin de son sens politique et de son jugement. Malgré ces circonstances, il est bon joueur, trop bon joueur à mon goût. Mais se battre requiert beaucoup d’énergie. Probablement trop pour cet homme passionné de politique et de Gatineau. Il prépare son départ du conseil, ce qui constituera une perte énorme. Pour le mandat restant, Pierre Philion doit défendre avec ardeur ses convictions, voter avec ses tripes et se foutre des conséquences qu’il assumera, n’en déplaise à qui que ce soit, autour de la table. Son flair politique doit servir les Gatinois. S’en priver serait une tragédie.

Mireille Apolon – note D

Néophyte en politique, Mireille Apolon doit vite réaliser qu’elle assume de très lourdes responsabilités. La période d’apprentissage du métier de politicienne est terminée. Elle doit prendre position sur différents enjeux et cesser de chevaucher la clôture. Et lorsqu’elle prend position, elle a le devoir d’assumer ses décisions et doit rendre des comptes. Pourtant, elle est demeurée muette au lieu de défendre ses décisions à la STO. Un dossier dans lequel elle aurait eu avantage à se taire est certainement celui du guide de vie destiné aux immigrants s’établissant à Gatineau. Responsable de ce dossier, elle a lancé en grande pompe un guide méprisant et infantilisant pour les nouveaux arrivants. Le Québec en entier connaît maintenant Mireille Apolon. En une journée, cette politicienne vient de tourner en ridicule le nom Gatineau. Et dire que Tourisme Outaouais dépense des fortunes en publicité pour vanter notre région…

Maxime Tremblay note C

Maxime Tremblay semble toujours en apprentissage dans son rôle de conseiller municipal. Il est passionné par son travail et présent dans sa communauté. Il prend de l'assurance dans la défense de ses dossiers. Il doit cependant délaisser son ancien rôle de président d'association de quartier pour plutôt assumer entièrement ses responsabilités autour de la table du conseil. Responsable du dossier de la sécurité publique, il aurait avantage à développer son propre sens critique plutôt que de suivre aveuglement les recommandations de la fonction publique. Le dossier de la fermeture de la voie d'urgence Gamelin en est un bon exemple.

Patrice Martin note D-

Probablement le conseiller municipal avec la plus grande capacité intellectuelle. Il est articulé mais incapable d'adapter son discours en fonction de l'auditoire. Avec sa grande capacité d'analyse, il devrait émerger comme un véritable leader au conseil. Malheureusement, il n'y parvient pas. Il doit cesser de prendre ses collègues et les citoyens de haut. Il est un ardent défenseur du maire Bureau et celui-ci lui rend bien. Il préside à la fois le conseil municipal et la STO, faisant de lui le conseiller gatinois le mieux payé. On comprend mieux sa fidélité indéfectible au maire. Plusieurs doutes subsistent quant à sa capacité de diriger la STO. Les dépassements honteux de coûts du projet Rapibus et l'amputation de 20% du trajet donnent raison au vérificateur général de Gatineau dans son évaluation lapidaire de la STO. On ne peut pas dire que le jugement politique est une force chez celui qui, déconnecté de la réalité, proposait d'enfouir l'autoroute 50 et de déneiger les pistes cyclables.

Joseph De Sylva note C+

M. De Sylva est un homme d'expérience. Il a déjà dû affronter plusieurs tempêtes politiques au cours de sa longue carrière. Comme un bon marin, il s'accroche au mât et continue son périple en attendant une accalmie. Il est sage. Il constitue une conscience apaisante pour un conseil qui se cherche et s'affole rapidement. Il est le bon père de famille du conseil. On ne peut par contre pas compter sur lui pour développer de grandes stratégies ou encore défendre une vision avant-gardiste de la scène municipale. Mais on peut toujours compter sur lui pour défendre ses citoyens et propager cet amour inconditionnel qu'il voue à Gatineau.

Stéphane Lauzon note B+

Un de mes coups de cœur politiques de la dernière année. M. Lauzon est un travailleur acharné. Il a à cœur le mieux-être de ses électeurs. Deux dossiers délicats politiquement lui ont permis d'éclore comme un politicien efficace et apprécié. Il a habilement géré les enjeux politiques concernant l'avenir de l'usine Abitibi Bowater et les travaux sur le boulevard Maloney, et ce, 24 heures après son parachèvement. Avec M. Lauzon, nous avons l'heure juste et son raisonnement en est un du gros bon sens.

Denis Tassé note C-

Denis Tassé est l'homme d'affaire du conseil. Il pense comme un homme d'affaires. Il agit comme un homme d'affaires et il voit son travail comme celui de gestionnaire municipal. Après toutes ces années en politique, il est grand temps qu'il comprenne qu'il n'est pas le directeur général de la Ville. Il est un élu. Et comme élu, il doit guider, donner la direction, il doit tirer vers le haut. Et un élu doit répondre publiquement de ses gestes et de ses décisions. Il doit être imputable. Avec son statut au comité exécutif, je m'attends à ce qu'il assume plus un rôle de leader que de simple figurant. Je sais qu'il est capable d'assumer plus de responsabilités puisqu'il est le grand architecte de l'instauration d'une taxe dédiée aux infrastructures. Qu'on soit partisan ou non de ce mode de taxation, il aura au moins été celui qui a convaincu ses collègues de l'importance d'investir massivement dans les infrastructures municipales. Malheureusement, sa logique s'est complètement écroulée quand il a souscrit au fonds de développement communautaire de 20 millions de dollars, le fameux sac à bonbons. Et pourquoi a-t-il pilé sur ses principes de planification rigoureuse des travaux d'infrastructure en fonction de priorités bien établies? Parce qu'il touchait le gros lot, un lot de 3 millions de dollars pour bâtir un centre communautaire dans son quartier. C'est drôle comment les principes de saine gestion prennent le bord quand on peut faire un gain politique.

Sylvie Goneau note B+

Verte recrue, Sylvie Goneau prend du galon à la vitesse grand V. Elle est douée d'un sens politique qu'on retrouve habituellement chez un vétéran. Elle joue le jeu parfaitement, tient tête aux plus rusés du conseil et défend avec aplomb ses croyances. Elle est tout de même quelque peu naïve dans sa vision du fonctionnement du conseil. On sent chez elle une volonté ferme de devenir une incontournable autour de la table du conseil. Elle prend de plus en plus confiance dans sa capacité d'intervenir publiquement. Mme Goneau représente une belle relève à Gatineau.

Nicole Champagne note C-

Nicole qui? Mme Champagne est une conseillère municipale excessivement discrète. Pas de vague, pas d'éclat, simplement le train-train quotidien. Que pense-t-elle des grands enjeux qui interpellent le conseil? Je serais bien embêté de tenter une réponse. Nouvelle en politique, elle se fait sûrement les dents. Mais nous sommes passés le mi-mandat. Il est temps qu'on la découvre davantage, qu'on découvre ce qui l'allume, ce qui la fait vibrer. J'aimerais savoir ce qu'elle voit quand elle rêve à Gatineau en 2025. A-t-elle le coffre nécessaire pour être un joueur majeur autour d'une table qui a un pouvoir de taxation et qui dépense annuellement un demi-milliard de dollars? A défaut de ce genre de panache, je présume qu'elle sert assidûment ses commettants.

Luc Angers note B-

J'aime bien Luc Angers. Quelque peu rêveur, il apporte habituellement un point de vue complètement diffèrent dans le débat. Plus humaniste que politicien, il prend faits et causes pour ses citoyens, individuels ou corporatifs. Il m'apparaît être un conseiller de compromis. Son plus grand défi sera sans l'ombre d'un doute le dossier de la rue Jacques-Cartier et ses berges. Si développé avec doigté, ce site sera un attrait touristique majeur considérant sa géographie exceptionnelle par rapport au parlement canadien. Luc Angers doit devenir le champion de ce projet. Il doit le porter sur ses épaules, le défendre et en faire sa priorité. Je ne sens pas cette urgence d'agir chez lui. Pourtant, il en est capable, mais il semble se laisser ralentir par ce conseil sans boussole.

Patsy Bouthillette note B

Néophyte en politique, elle a accédé au conseil municipal sans opposition. Les attentes étaient grandes pour cette avocate. Mme Bouthillette occupe un poste stratégique autour de la table du conseil. Elle préside le comité consultatif d'urbanisme. C'est ce comité qui voit au développement du territoire gatinois. Le plan d'urbanisme, les règlements de zonage, les programmes de crédits de taxes foncières, les zones patrimoniales, bref tout ce qui touche le Gatineau bâti passe devant Mme Bouthillette. Elle s'acquitte convenablement de cette tâche difficile et semble résister aux nombreux et puissants lobbies qui s'activent à Gatineau. Elle contribue positivement aux débats de la grande ville. J'aimerais la voir assumer encore davantage un rôle de premier plan. Sa relative inexpérience politique semble la retenir. Maintenant au mi-mandat, elle devrait faire bénéficier la population de son grand potentiel.

Yvon Boucher note C

Monsieur "gros bon sens". Yvon Boucher est fidèle à lui-même, pas de savant calcul politique, simplement une logique terrain implacable. Sa longue expérience lui sert bien, il est collé aux besoins de ses citoyens. Autour de la table du conseil, Yvon Boucher résonne comme le citoyen ordinaire. Il transmet cette sensibilité à ses collègues qui pour plusieurs, vivent dans la bulle de la Maison du citoyen. M. Boucher se salit littéralement les mains pour ses commettants. Il représente un point de vue qui a besoin d'être exprimé à la table du conseil. Il ne gagne pas toutes ses batailles, mais il fait prendre conscience des impacts concrets des décisions politiques sur le quotidien des gens. Malheureusement, le poids des années politiques l'ont rendu quelque peu complaisant avec la fonction publique. Il doit continuer à défendre davantage ses citoyens auprès de l'administration plutôt que l'inverse.

Luc Montreuil note C-

Où est passé le défenseur de l'intérêt public plutôt que l'intérêt politique? Il nous avait habitués à beaucoup mieux. Depuis qu'il siège au comité exécutif, Luc Montreuil s'est isolé de la réalité que vivent les Gatinois, trop occupé à défendre les décisions de Marc Bureau. Il est probablement le politicien gatinois qui connaît le mieux le monde municipal et son fonctionnement. Pourtant, il est d'une discrétion navrante. Il ne devrait pas rester dans l'ombre du maire, il a trop à offrir et il dessert l'intérêt public.

Maxime Pedneaud-Jobin note A

Il n'est pas la révélation de l'année. Il n'a pas dépassé les attentes. Il n'est pas le politicien qui me surprend le plus. Non, il n'est rien de tout ça parce je connaissais très bien l'énorme talent et l'incroyable potentiel de M. Pedneaud-Jobin. Je m'attendais à beaucoup de lui et il ne m'a pas déçu. Il est de loin le joueur le plus complet autour de la table du conseil. Il a son secteur tatoué sur le cœur. Il parle de Buckingham avec des étincelles dans les yeux. Il défend ses citoyens avec courage. Il participe à l'échafaudage de Gatineau en exigeant le meilleur de tous, tant politiciens que fonctionnaires. Et il tire ce conseil vers le haut lorsque vient le temps de décrire une véritable vision municipale. Sa relative inexpérience politique est compensée par un flair politique hors du commun. Plus étonnamment encore, la promptitude souvent associée à un ambitieux talentueux laisse place chez lui à la modération et à la mesure. Bien qu'il soit un acteur clé à la Ville de Gatineau, son rôle de conseiller municipal lui semblera rapidement comme une camisole de force. Une camisole trop petite pour cette bête politique.

Organisations: Marc Bureau, STO, Guide église Saint-Paul Conseil sans boussole Maison du citoyen Ville de Gatineau

Lieux géographiques: Développement de Gatineau, Boulevard Maloney, Rue Montcalm île de Hull Place Tharir Égypte Québec Rue Jacques-Cartier Buckingham

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Derniers commentaires

  • Mario Paradis
    20 décembre 2011 - 09:43

    Bonjour Roch, juste un petit mot pour te dire que tu as mis le doigt exactement dessus en ce qui concerne Mme Champagne.... A part avoir vu son nom et visage sur des pancartes pendant la campagne, elle s'est littéralement déguisé en courrant d'air depuis...

  • Gaston Guénette
    16 décembre 2011 - 09:05

    Je viens de lire votre article en page 6 de la Revue et je n'avais pas vu l'évaluation de ma conseillère Mireille Apollon. C'est en venant sur le présent site que j'ai retrouvé son évaluation. Vous auriez peut être pu mentionner dans la Revue les critères ayant mené à votre choix des 15 élus - l'espace notamment, je suppose!

  • Yvon Leclerc
    14 décembre 2011 - 08:58

    je regrette que le journal n'est pas publié la mention que vous faites de Stefan Psenak. c'est aussi une étoile montante du Conseil et participera sûrement au changement nécessaire dans la gouverne de cette ville qui offre un potentile si grand. bravo pour Pedneadu-Jobin

  • Éric Kingsberry
    14 décembre 2011 - 08:37

    Une bonne évaluation de nos élus qui reflète bien ce qui se passe au conseil...