De la médecine de brousse

Roch Cholette
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Les médias annoncent que le taux d’acceptation aux urgences de Hull et de Gatineau dépasse les 200%. Personne ne s’offusque, on est habitué.

Roch Cholette

On prend la nouvelle comme on accepte la météo. Il va neiger, on est résigné, on ne peut rien y faire. On banalise maintenant nos problèmes en santé.

Pourtant lorsque l’urgence affiche un taux d’occupation de plus de 200% ça veut dire qu’il y a deux fois plus de monde que prévu sur civières à l’urgence. Ça veut dire qu’il y a des patients qui reçoivent des soins dans les corridors, sans intimité, sans confort relatif, sans dignité. On n’est honnêtement pas très loin de la médecine de brousse.

Et on traite les patients, du vrai monde dans des corridors malgré des investissements majeurs pour construire une nouvelle urgence à Hull et malgré la reconnaissance par le gouvernement du Québec de la précarité de l’Outaouais en matière de santé. Cette reconnaissance s’est traduite par l’octroi de sources importantes via le statut particulier octroyé à l’Outaouais.

Malgré tout ça, on utilise les mêmes excuses pour justifier qu’on doit traiter des gens dans les corridors. Il n’y a pas de places sur les étages, les cas sont plus lourds, les cliniques privées ne prennent pas suffisamment de patients, l’urgence est pleine de cas de santé mentale, on manque de personnel, il y a beaucoup d’affluence, les employés ont droit à des congés, etc., etc.

Pourtant, en fouillant un peu, on apprenait que l’affluence n’est pas exagérée aux urgences de Hull et Gatineau. Par exemple, pour la période de 24 heures entre les 18 et 19 janvier derniers, les urgences de Hull et de Gatineau combinées recevaient en moyenne sept patients à l’heure. Sept patients à l’heure au total pour deux importants hôpitaux, dont un qui est désigné centre de traumatologie, ne m’apparaît pas exagéré.

Le plus navrant dans tout cela est que les excuses utilisées pour justifier l’injustifiable sont les mêmes excuses qu’on nous servait en 1998. Les mêmes excuses qui sont utilisées pour justifier que le CSSS de Gatineau fait du sur place.

De deux choses l’une, ou bien l’Outaouais dispose de tous les moyens pour régler le problème de nos urgences et nous devons conclure que nos administrateurs sont carrément incompétents ou encore nous devons arriver à la conclusion que l’Outaouais ne dispose pas des outils nécessaires pour pouvoir offrir une médecine humaine et efficace. Dans ce cas, nous devons forcer les élus à reprendre le bâton du pèlerin et retourner voir le ministre de la Santé. Dans un cas comme dans l’autre, l’inaction n’est pas une option et la médecine de brousse doit cesser.

Lieux géographiques: Hull, Gatineau, Québec

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  • Boutade
    22 mars 2012 - 14:10

    Sept patients à l’heure au total pour deux importants hôpitaux, dont un qui est désigné centre de traumatologie, ne m’apparaît pas exagéré. Si on compte, comme c'est le cas d'habitude, une heure d'attente pour chacun des patients avant de parler à l'infirmière de réception, cela fait un quart de travail qui se termine et aucun patient qui voit un médecin... hops! le quart de travail suivant est en train de se mettre en place - et quinze heures plus tard le patient est encore dans la salle d'attente. Bravo! pour la gestion des urgences, et le Directeur général des services de santé s'occupe maintenant des voies de transport comme Gamelin - on devrait lui trouver un job au ministère des Transports pas dans la santé...