Vacances de la construction... mesure dépassée.

Roch Cholette
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Nous sommes en plein coeur des vacances de la construction au Québec. La très grande majorité des chantiers sont fermés. Comme de très doux moutons, tous les travailleurs de cette industrie partent en même temps en vacances. Des vacances méritées, bien sûr, mais de là à paralyser toute une industrie pendant deux semaines… c’est pas sérieux.

Roch Cholette

D'ailleurs, ces vacances imposées sont le fruit du modèle purement québécois imposé par les grandes centrales syndicales au début des années 70, avec le concours du gouvernement du Québec. Encore une fois, le Québec fait figure d'exception en Amérique du Nord. Nous sommes les seuls à fermer une industrie alors qu’elle fonctionne à son maximum.

Deux arguments principaux sont invoqués pour justifier cette mesure socialiste au possible.

Premièrement, on argumente que nos travailleurs de la construction méritent des vacances pendant les plus belles semaines de l’été. C'est vrai. Mais tous les travailleurs québécois en méritent. Pourquoi privilégier une classe de travailleurs au détriment des autres. Comme dans toutes les autres industries au Québec, les travailleurs devraient se succéder en vacances. On ne ferme pas les travaux publics d’une ville l'été. Est-ce dire que les cols bleus ne méritent pas de repos ? Les comptables ne partent pas tous en vacances pendant la période de l'impôt. Les agriculteurs ne ferment pas deux semaines pendant les récoltes. Les pompiers sont dans les casernes l'été et les pères Noël des centres d'achats n’invoquent pas la période des fêtes pour prendre des vacances dans le sud.

Le deuxième argument invoqué est à l’effet qu'il est bien plus facile de gérer des chantiers lorsque les vacances sont regroupées. Le problème avec cet argument est qu'il s'applique à toutes les industries. Avec cette logique, fermons tous les restaurants en même temps, que tous les médecins d'un hôpital quittent au même moment, que tous les policiers soient en vacances en même temps. Ça serait merveilleux pour les gestionnaires. Pas d'horaires de vacances à préparer, pas d'arbitrage à faire, pas de mécontents. On ferme la shop, point à la ligne. Du point de vue des employeurs c'est formidable. Mais, du point de vue des clients, c'est de la merde. Mais de comparer de simples employés aux travailleurs de la construction est un sacrilège au Québec.

Le non-sens des vacances en troupeau l’été est d'autant plus illogique que le Québec est un territoire nordique, où la réalisation de travaux de construction en conditions hivernales entraîne des excédents de coûts importants et des délais dans la livraison des ouvrages. De fermer une industrie au grand complet durant des semaines propices à une productivité accrue sur les chantiers relève d'un non-sens collectif consommé.

Et ce n'est pas tout. Non seulement les coûts des travaux de construction sont affectés, mais incontestablement, la fermeture de l'industrie de la construction occasionne des ralentissements économiques et sociaux importants au Québec. Quand les «gars de la construction» sont en vacances, les vacances collatérales suivent. Combien de personnes demandent des vacances en même temps ?

Tout cela est sans compter la surchauffe de la demande touristique durant ces deux semaines. L'offre touristique étant stable, mais la demande explosant pendant ces deux semaines bien particulières, l'économie de marché est à son meilleur. Ça veut dire quoi ? Une pression inflationniste des prix sur les biens et services liés à l'industrie touristique.

J'entends déjà les «gars de la construction» décrier ma position. Cholette t'en a des vacances toi, arrête de nous écœurer. Cholette les prendrais-tu tes vacances en octobre ou en novembre toi ? Ma réponse... Moi aussi les gars j'aimerais prendre mes vacances les deux dernières de juillet. Mais je n'ai pas assez d’ancienneté pour choisir ces deux semaines...quelqu'un d'autre les a prises parce que leur conjoint est dans le domaine de la construction.

Ça veut donc dire que je dois écrire cette chronique... Bonnes vacances quand même les gars.

Lieux géographiques: Québec, Amérique du Nord

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Derniers commentaires

  • Julie
    25 juillet 2012 - 15:17

    Bonjour, Je travaille dans le secteur de la construction et je trouve que cet article ne se tient pas du début à la fin. 1. Pour la compagnie pour laquelle je travaille, aucun de nos chantiers n'est fermé, puisqu'il s'agit de projets de génie civil. On travaille parfois sur des routes et ces chantiers ne sont pas du tout arrêtés. 2. L'argument de la gestion des chantiers est bien véridique et je parle en connaissance de cause. Dans la construction, les travailleurs sont souvent saisonniers et ne travaillent pas nécessairement longtemps pour le même employeur. Essayez de gérer une équipe de travail sur la construction et venez m'en donner des nouvelles. 3. Votre argument selon lequel la productivité est la plus grande dans cette période ne tient pas la route. Vous écrivez probablement cet article dans votre bureau à l'air climatisé, mais essayez d'aller travailler physiquement dehors 10 heures de temps dans une journée quand il fait parfois jusqu'à 40 degrés Celsius. On repassera pour la productivité accrue. 4. Je travaille dans la construction et je n'ai pas mes vacances durant les vacances de la construction. 5. Combien d'autres personnes prennent leurs vacances également durant ces 2 semaines, simplement parce que ce sont parmi les plus belles de l'année ? 6. Dans quelques années vous aurez plus d'ancienneté que d'autres et pourrez aussi choisir vos vacances. Devinez lesquelles vous choisirez.

  • isabelle
    24 juillet 2012 - 09:29

    Je ne peux que m'imaginer le désastre... tout le Québec en vacances.... épiceries, dépanneurs, hopitaux, centres d'achats, cinémas, services d'urgences, Hydro Québec !!!!! et surtout les endroits pour les vacanciers, tel terrains de camping entre autre !! Super bonne chronique. Bravo !!