Élections au Québec....les carottes sont déjà cuites

Roch Cholette
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C'est le secret le moins bien gardé au Québec. Le premier ministre lancera le Québec en élection cette semaine. Au mois d'août, en pleines vacances de la construction et pendant les jeux Olympiques de Londres. Décidément, le gouvernement a choisi d'appeler le peuple aux urnes au début septembre en sachant très bien que la priorité des québécois n'est certainement pas de suivre assidûment une campagne électorale estivale.

Roch Cholette

Bien sûr des motifs politiques ont influencé le premier ministre dans le choix de cette date. Les travaux de la Commission Charbonneau sur l'industrie de la construction et l'attribution de contrats publics et la proximité de cette industrie avec les différents partis politiques ont joué lourd dans la balance. Mais à sa décharge, le gouvernement pourra toujours invoquer les demandes incessantes de Pauline Marois et de François Legault pour une élection générale. En appelant les québécois aux urnes, Jean Charest joue en quelque sorte le  «bluff» des partis d'opposition.

La stratégie des partis à l'aube d'une élection est de tenter de définir la question clé. C'est-à-dire en terme politique le ''ballot question''. Les partis tentent d'influencer l'électorat à se poser une seule question une fois dans l'isoloir. Et évidemment, les partis souhaitent que la réponse à cette question soit assurément leur formation politique.

Débutons par les Libéraux. Leur «ballot question» est: qui est mieux placé pour assurer le développement économique du Québec? Ainsi, les stratèges libéraux souhaitent parler d'économie. Accessoirement, ils aborderont la question des frais de scolarité sous l'angle de la responsabilité et du leadership. Ils expliqueront qu'un

premier ministre doit être capable de prendre des décisions difficiles parfois impopulaires. En ce faisant, ils viseront le PQ et sa chef Pauline Marois. Stratégiquement, ils diront dans des comtés libéraux que voter pour la Coalition avenir Québec de François Legault permettra au PQ de se faufiler et que la conséquence directe d'une telle manœuvre sera de plonger le Québec dans un référendum d'ici 36 mois.

Pour ce qui est de la CAQ, ils souhaiteront que les électeurs répondent à la question suivante: qui est le mieux placé pour faire les changements qui s'imposent au Québec? Ils argumenteront que les deux vieux partis ont les mains liées et que des promesses à de très nombreux groupes d'intérêts les empêchent de procéder aux réformes essentielles à la prospérité des québécois. Ils le prouveront en illustrant qu'ils n'ont pas peur de s'attaquer aux commissions scolaires, aux professeurs ou même aux médecins.  François Legault, ancien ministre souverainiste, tentera de convaincre les québécois qu'une pause de 10 ans sur les questions constitutionnelles est la solution aux différents problèmes du Québec. Legault se définira donc comme le champion du changement au Québec et le gardien du statut quo constitutionnel.

Le parti québécois de Pauline Marois joue beaucoup dans ce scrutin. Il souhaite que les québécois répondent à la question suivante: quel parti est le mieux placé pour faire le ménage qui s'impose au Québec? Les allégations de favoritisme, de copinage, de conflits d'intérêts seront sur toutes les lèvres des candidats péquistes durant les 33 jours de campagne. C'est de bonne guerre, mais c'est insuffisant pour gouverner. Le PQ devra dire où il veut amener le Québec au cours des quatre prochaines années. Il devra aussi définir avec clarté ses intentions quant à un éventuel référendum sur la souveraineté du Québec.

Mais si j'ai raison, les événements du printemps dernier, la présence des chaînes d'information continue et l'impact des médias sociaux font en sorte qu'une campagne électorale est à mon avis complètement futile. Les carottes sont déjà cuites. Les québécois sont prêts à envoyer un message. À qui et lequel ? La réponse le 4 septembre prochain. 

 

Organisations: PQ, Commission Charbonneau, Coalition

Lieux géographiques: Québec

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  • Gerry Pagé
    02 août 2012 - 09:47

    Refusant toute forme de séparatisme à la Parizeau ou pire encore, à la Landry, Duceppe et autres, je crois qu’il faut faire confiance à l’équipe de Pauline Marois, en tenant sérieusement compte de la nouvelle émergence, à l’effet que le peuple scolarisé, informé et solidarisé doit former et formera la plus solide et infranchissable des oppositions, en tout cas d’abus de pouvoir, en tout cas de collusions avec les syndicats hyperpuissants, en tout cas d’exercices polarisés et abusifs de la part des grandes fortunes et des grands capitaux, en tout cas de complicités avec les pouvoirs recherchés de la criminalité, en tout cas de connivences avec les lobbys mafieux, les donateurs et les fournisseurs des «services» de la proximité et de la réciprocité. Le vrai et le seul changement est au cœur d’un peuple qui ne veut plus être abusé, ni bafoué, ni systématiquement appauvri. Le vrai et le seul changement réside dans le cœur d’un peuple fier, capable de s’auto-analyser et capable de se prendre en main.

  • Armance
    01 août 2012 - 12:20

    Bonjour, Sans vouloir intervenir dans le débat politique, je dirais que vous avez bien de la chance d'avoir des campagnes électorales courtes. En France nous venons de nous farcir presque un an de campagne présidentielle consternante auquel se sont ajoutés deux mois de campagne législative sans réel débat constructif. J'attends que vous nous colonisiez pour nous inculquer le bon sens que nous avons perdu. Je suivrai votre campagne avec intérêt. Armance (France)

    • Dominique
      02 août 2012 - 09:03

      Ben voyons donc, 33 jours de campagne ne suffiraient pas pour la France, au contraire, une campagne aussi rapide et pendant les vacances, il n'y a pas de quoi se réjouir quand on est un démocrate. Comment expliquer son programme en si peu de temps ? C'est mettre un bandeau sur les yeux de l'électeur et lui dire de choisir en fonction d'un seul sujet. Vive les campagnes à rallonge où les candidats peuvent s'exprimer et se faire critiquer. De cette discussion et des confrontations de programmes nait la possibilité de choix même si parfois on a du mal à croire que les sortants puissent réaliser les promesses qu'ils n'ont pu accomplir pendant leur précédent mandat. C'est aussi cela la Démocratie par procuration. Je propose donc l'inverse, que le Québec et le Canada s'inspirent de cette politisation des citoyens qui permet d'avoir un vote éclairé et une démocratie plus vivante et stimulante.