Pierre Lapointe et l'animalité de l'homme

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Patrick Voyer
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Après avoir abordé la mort et côtoyé l'amour sur ses deux premiers opus, Pierre Lapointe plonge maintenant l'œil dans le microscope afin d'explorer les Sentiments humains sous toutes leurs étoiles.

Pierre Lapointe et l'animalité de l'homme

Plus dure, plus brute, cette troisième galette est ce que Pierre Lapointe aura pu livrer de plus "sombre", à son humble avis. «Quand j'ai commencé à écrire les chansons il y a deux ans et demi, j'étais dans la dernière tournée et j'étais intrigué par l'idée que l'humain est un animal. J'ai donc fait des recherches sur le cri de l'animal et, en même temps, sur le rock; comment se fait-il que nous aimions cette intensité, cette violence, dans la musique?!»

L'auteur-compositeur-interprète a ainsi consulté des archives de chants de prisonniers afro-américains, les racines du blues, et a écouté Léo Ferré. «Il est encore plus rock que Metallica et que les cordes ultra saignantes de Black Sabbath, croit Pierre Lapointe. L'essence de ça est dans les chansons, bien que mon travail ne ressemble à rien de tout ça. Mon idée est de vivre les émotions, les sentiments humains. Y'a beaucoup d'étrangeté là-dedans, qu'on soit actif ou passif, on porte tous une certaine agressivité en soi qu'on doit retenir, une intensité…»

L'artiste n'a pas manqué d'opposer cette dimension corporelle à l'ésotérisme de l'être humain. Univers flou et profond qui se traduit par une musique mystérieusement renouvelée et sublimée par un enregistrement de groupe "live". Les nouveaux venus Tony Albino (batterie), Joseph Marchand (guitare) et Alex McMahon (clavier) se sont évidemment éclaté en se greffant à l'équipe déjà en orbite autour de la planète Lapointe.

Planète terrée dans une noirceur plus grave. «Il y avait beaucoup de mélancolie avant, c'était très intérieur et doux à la fois, mais là, les chansons sont plus assumées et dures, admet-il. Sur le premier album, je me cherchais un peu, je voulais faire quelque chose de relativement drôle, je parlais beaucoup de la mort et de la chanson française. Sur le deuxième, la mort était encore là, mais c'était plus amoureux. Je voulais explorer l'amour, un thème surexploité, très kitsch, je voulais prouver qu'on pouvait avoir des numéros 1 en faisant quelque chose qui ne ressemble à rien de ce qui se faisait déjà en pop. Avec le troisième, le son est plus 70's, prog et glam rock à la Bowie, il est plus brut.» «J'essaie en fait de retourner à l'essence de ce qu'on était quand on était vivant. C'est un concentré cet album-là, on est allé entre le souffle de l'animal et la grandeur, la beauté de l'intelligence émotive qu'on a en étant humain.»

Pierre Lapointe expose ce constat notamment sur Nous restions là. «C'est une pièce dont je suis fier, une tendre chanson violente, lance-t-il en riant dans l'acoustique. Pour arriver à ça, ça m'a demandé une certaine forme de dextérité, comme sur Les lignes de la main, où la musique et le texte font une belle symbiose. J'ai pensé à Legrand, j'avais l'idée de faire une chanson comme dans Peau d'Âne ou à la rigueur une mélodie comme Les Parapluies de Cherbourg. Et tout ça n'est pas moralisateur, c'est beau comme images, d'avoir des paroles apaisantes qui disent que la vie n'est pas drabe finalement.»

Un E.P. en boni

Pierre Lapointe le consommateur de musique adore être surpris par le matériel original lancé par ses artistes préférés. Il a donc eu le soutien d'Audiogram pour lancer un E.P. de cinq chansons supplémentaires, Les vertiges d'en haut, distribué gratuitement avec les 15 000 premières copies de Sentiments humains et disponible ensuite dans les boutiques de téléchargement légal.

«J'ai sorti beaucoup de trucs cette fois et contrairement à d'habitude, tout me semblait valable, de qualité pour mettre sur album», confie-t-il. Or, quand il ressortait crevé des séances d'écoute, Pierre Lapointe ne se voyait pas graver plus de dix ou douze plages sur Sentiments humains pour que l'écoute soit plus légère.

L'alternative du E.P. était idéale pour ne pas que du matériel tombe dans l'oubli, pour clore Sentiments humains d'une manière moins grandiloquente que son début et surtout, pour que Pierre Lapointe puisse de se distinguer. «Quand je suis sorti de Granby, on avait sorti la maquette à 2700, 3000 exemplaires. Ceux qui l'ont, ils l'ont, ceux qui ne l'ont pas, tant pis. Je trouve ça intéressant de travailler dans l'éphémère comme ça…»

Organisations: Black Sabbath, Joseph Marchand

Lieux géographiques: Legrand, Peau d'Âne, Granby

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