Comment le monde des médias a-t-il évolué en 40 ans?

Patrick
Patrick Voyer
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Le monde des médias a bien changé depuis les années 70, époque à laquelle l'ancien journaliste Régis Bouchard commençait une longue et brillante carrière. Il était donc intéressant de jaser un brin avec lui, surtout de l'avènement d'internet…

Comment le monde des médias a-t-il évolué en 40 ans?

Selon lui, l'essentiel de la pratique du métier n'a pas changé: chercher la nouvelle, la traiter et la partager, tout cela est identique. C'est du côté de la diffusion que les évolutions sont les plus marquées. «Faut se préparer à ce que les sites deviennent plus importants que les journaux et il faudra domestiquer tout ça. Il n'y aura plus de spécialistes bientôt. Les spécialistes du futur sont les blogueurs», lance Régis Bouchard, bien sûr inquiet des médias écrits.

Ce qui le rend craintif est la qualité de la langue et des informations qu'on retrouve sur ces blogues de langues bien pendues ou de journalistes citoyens. «Avec internet, tu n'as pas de délais de livraison, tu n'as pas à aller chercher ton journal dans la boîte aux lettres. Mais sur internet, on a de la misère à savoir à qui on s'adresse et à quoi s'attendent les lecteurs. Bien sûr, les changements techniques sont faciles à accepter, mais au niveau de l'écrit, c'est très dangereux. Les journalistes auront de la misère à trouver un créneau, car les 10-15 ans, le journal, ça ne veut rien dire pour eux. Les journalistes n'auront plus le même rôle social et la même notoriété», croit-il, en ajoutant qu'un code d'éthique sur la pratique du «nouveau journalisme» devrait être rédigé.

Or, il précise qu'il se fait encore de la très bonne information malgré les contraintes et que les éléments «surprise» et «anti-routine» seront longtemps de la partie. Mais avec la convergence et la "montréalisation" de l'information, Régis Bouchard pense que l'information locale primera davantage. «Faut garder la couleur locale. La minute où tu acceptes ton territoire, tout va bien aller. Tu peux rentrer dans ton terrain de jeu! Moi, j'ai toujours trouvé mon pain et mon beurre dans les régions, j'ai toujours été très heureux dans les régions.»

Les années d'or du journalisme

Régis Bouchard a débuté sa carrière en 1973, époque des machines à écrire et des salles de rédaction pleines. «J'ai commencé à CKCH et on avait 15 journalistes radio; on avait des chiffres le matin, l'après-midi, le soir et les fins de semaine. Et on passait pour des "casseux de party" parce qu'on interrompait les programmes musicaux!», se rappelle-t-il en riant. Aujourd'hui, les radios ont à peine les moyens de se permettre 2-3 journalistes et se «montréalisent» de plus en plus.

Quand il est entré au Droit en 1977, la salle de rédaction comptait de 50 à 60 journalistes! «On en avait six le soir, on couvrait tout! C'était l'âge d'or du journalisme. Aujourd'hui, les gens ont encore besoin d'information, mais faut que ce soit rapide. Avant, on pouvait écrire des textes de 500 à 700 mots, alors tu pouvais mettre en application ce que tu avais appris dans tes cours de journalisme, soit le lead, les cinq questions (qui, quoi, où, quand, comment). Là, c'est parfois des textes de 250 mots et faut même couper dedans!», lance-t-il. Notons aussi que les grosses salles de rédaction traditionnelles se retrouvent plongées dans un contexte difficile, car le temps est aux coupures et au virage internet. «Quand j'ai commencé, le journaliste était un rapporteur de nouvelles, ceux qui commentaient étaient les éditorialistes. Maintenant, les jeunes journalistes ont des opinions et veulent les exprimer. Mais ça va prendre des journalistes juste pour informer, de façon basique, pour laisser les gens se faire leur propre opinion, poursuit le nouveau retraité. On peut retirer une gratification en faisant juste de la nouvelle.»

Finalement, Régis Bouchard estime qu'il n'y a pas suffisamment de parrainage entre les vétérans et les recrues. C'est pourtant essentiel, selon lui, pour que les journalistes débutants puissent bien cerner leurs champs de couverture. «On oublie qu'on a encore une certaine importance et si on n'est pas coaché par ceux qui ont traversé le métier, ça risque d'être plus dur.»

Lieux géographiques: CKCH

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