«J'en veux plus de bébé, qu'ils le prennent eux, moi j'en veux plus»

Marie Pier
Marie Pier Lécuyer
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De la tristesse à la colère en passant par l'irritabilité, la fatigue constante ou le manque d'intérêt envers le nouveau-né, les symptômes de la dépression post-partum sont nombreux. Sujet tabou, ce problème de santé mentale est pourtant très répandu. Entretien avec quelques mamans qui ont accepté de livrer une tranche de leur vécu.

Ces mères ont choisi de partager leur expérience afin de démystifier un sujet qui touche beaucoup d'autres femmes dans leur situation. Question de protéger leur identité, des noms fictifs seront utilisés.

Caroline l'a vécu à sa deuxième grossesse et en est ressortie avec deux constats. «La société n'est pas d'aide pour nous qui le vivons», déplore-t-elle d'entrée de jeu.

Et d'autre part, elle croit que la dépression post-partum est trop "clinicisée". «On prescrit des médicaments sans essayer de trouver la cause spirituelle, sociale, psychologique, qui traitée tôt et de façon appropriée, éviterait l'obsession que les professionnels de la santé ont à nous prescrire toute sortes de choses qui ne règlent pas le problème», ajoute-t-elle.

De son côté, Caroline n'est jamais allée chercher les prescriptions du médecin. «Ce dont j'avais vraiment besoin était d'une oreille attentive, de l'aide avec les enfants et du sommeil», précise-t-elle. Aujourd'hui, Caroline va mieux, mais a parfois encore des idées noires. Ce que les médecins appellent dépression post-partum, Caroline le nomme "l'enfer parental". «Oui, les papas aussi peuvent le vivre», ajoute-t-elle.

Un cercle vicieux

Comme plusieurs autres femmes, Myriam a vécu une dépression post-partum lors de sa première grossesse. Pourtant, tout allait bien jusqu'à l'accouchement. Après l'accouchement, sa fille a dû être réanimée et amenée aux soins intensifs. Douze heures plus tard, elle était transférée au CHEO. «Je pleurais comme une madeleine, je voulais ne pas rester seule mais en même temps je ne voulais voir personne», raconte-t-elle.

Quand elle a pu quitter l'hôpital, 36h plus tard, elle était toujours aussi triste. Et avec des difficultés pour les boires à l'hôpital, sa confiance a été rapidement ruinée. «Je ne me sentais pas proche de ma fille, comme être là par obligation, je ne voulais plus aller à l'hôpital, je pleurais toujours», avoue-t-elle.

Et un jour, elle avoue avoir lancé des paroles qu'elle regrette aujourd'hui. «J'en veux plus de bébé, qu'il le prenne eux, moi j'en veux plus. Je n'aime pas ça être maman, laisse-moi toi aussi, va-t'en!», a-t-elle lancé à son conjoint.

Les gens tentaient de lui remonter le moral, mais rien à faire. Sa fille était toujours à l'hôpital après quelques semaines. «Je m'éloignais de plus en plus de la réalité et essayais de paraître forte, mais j'étais détruite en dedans de moi», raconte Myriam.

Après un mois au CHEO, un retour à la maison de sept jours s'est transformé en cercle vicieux. «Je n'étais pas capable de m'en occuper. Plus c'était difficile, plus je déprimais, plus je trouvais ça difficile», ajoute-t-elle. Le tout s'est continué, avec de nombreux transferts entre Gatineau, le CHEO et Sainte-Justine.

Après plusieurs mois de colère, de tristesse, d'angoisse, de chicanes de couple et de suivis avec son enfant, Myriam s'est fait elle-même une thérapie, en s'obligeant à sortir une fois par semaine avec des amis, à parler de ce qu'elle ressentait sans avoir honte, de renier les gens qui lui faisaient du mal, mieux manger et prendre confiance avec sa fille. «Après un an et demi, j'ai réussi à m'en sortir». Aujourd'hui,

Myriam a deux enfants. «Quand je vois par quoi j'ai passé, je n'arrive pas à voir où j'ai pris toute cette énergie et pourquoi je n'ai pas demandé d'aide», conclut-elle.

Joannie a dû tout faire

Bien qu'elle n'ait jamais utilisé de protection, Joannie et son conjoint ont dû attendre six ans avant de réussir à concevoir un bébé. Tous deux travaillaient de nuit. Au moment où elle a su qu'elle était enceinte, elle a vu le médecin et a été déclarée à risque modéré. Elle demande à son employeur de la faire travailler de jour. «Quelques semaines plus tard, j'ai reçu ma cessation d'emploi disant que j'avais démissionné. J'aurais pu contester, mais je n'avais tout simplement pas l'énergie. Donc, déjà en partant, manque d'argent.»

Joannie affirme qu'à ce moment, son conjoint ne faisait que peu de choses et se plaignait qu'elle n'en faisait pas plus. «Déjà que j'ai fait dépression par-dessus dépression, ça ne m'aidait vraiment pas», raconte-t-elle. À quelques reprises, son conjoint la pousse, la rabaisse devant la famille.

Lors de l'accouchement par césarienne, il a été très peu présent et ne restait pas plus que cinq minutes à la fois à ses côtés, sauf lors de l'opération. «Ensuite, je l'ai presque supplié de rester à mes côtés pour la nuit, il a refusé, il était trop fatigué», explique-t-elle. Le lendemain, il est arrivé à 10 heures à l'hôpital et a à peine regardé son fils. Les infirmières ont même dû l'obliger à en prendre soin.

À son congé de l'hôpital, même scénario. «Arrivée à la maison, j'étais affamée, le petit pleurais, monsieur était déjà endormi dans le lit, se rappelle-t-elle. J'ai donc dû tout faire en plus de prendre soin de moi. C'était affreux, je voulais mourir.» Heureusement, avec le suivi du CLSC, le support de la famille et d'autres mamans qui disaient avoir vécu semblable situation,

Joannie s'est sentie moins seule. Aujourd'hui, son conjoint a suivi un groupe pour homme agressif. «Il a fini par s'améliorer et ça s'arrange pour le mieux», conclut-elle.

Suite à la page 2

Organisations: CHEO, CLSC, Groupe pour homme agressif

Lieux géographiques: Gatineau

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