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Un drame qui fait bien du vent…

Patrick Voyer
Publié le 11 Octobre 2006
Publié le 11 Février 2010
Patrick Voyer

Iphigénie en trichromie à La nouvelle Scène

Michel Ouellette n’avait pas l’intention après Le Testament du Couturier de consacrer sa plume à la modernité. Ce qu’il a fait a été de déterrer et d’adapter le tragique destin d’Iphigénie, sacrifiée pour que le vent revienne pousser les navires d’Agamemnon vers Troie, où la belle Hélène boit du vin de force.

Sujets :
Théâtre La Catapulte , La nouvelle Scène

Sans jeu de mot farfelu, Iphigénie en trichromie ne passera pas à l’histoire, bien que l’écriture de Ouellette soit toujours aussi fluide. Le Théâtre La Catapulte et la metteure en scène Geneviève Pineault n’ont pas raté leur coup en misant sur cette fresque pavée de caprices des Dieux, ils ont osé reculer dans le temps et offrir à l’auteur une chance de s’amuser.

Oui, bon, ce récit n’est pas le plus enlevant de l’humanité! On nous fait même «grâce» du coup de théâtre en nous le flanquant dès le lever de rideau! Mais, car il y a décidément toujours un mais, la scénographie très «apollonienne» et les maigres mugissements des hauts parleurs nous plongent durant 1h20 dans cet univers lointain où reines et rois se mordaient l’arrière-train et se parlaient comme des gars de bécike.

Et elle est là la joie de cette Iphigénie, dans l’interaction de sept complices, dont la reine Clytemnestre et le colosse Achille, qui se demandent bien comment faire revenir ce sapré vent volé par les Dieux pour une bêtise. Comment rétablir ce soufflet sans choquer les cieux et sans déroger aux lois? Une belle zizanie s’installe et, bien qu’elle ne nous fasse pas résonner la thyroïde, on se marre de honte tellement nous sommes loin de ces petites guéguerres avec Héra et sa bande de barbus.

C’est ce qui a sûrement conquis Michel Ouellette et qui aura inspiré le costumier Yvan Castonguay, qui signe ici une belle réussite. Des élastiques dans les cheveux aux sandales, les comédiens passent pour de vrais Grecs. Et ils ont du plaisir à s’empoisonner avec ces lignes anciennes qui, si elles étaient d’actualité, colleraient la migraine à tout réaliste. Iphigénie en trichromie n’est pas un chef-d’œuvre, mais une pièce qui gagnera à être jouée. Quand l’équipe ne s’enfargera plus dans ses robes et prendra le taureau par les cornes sans renâcler, c’est ce jour que l’on vivra pleinement le succulent de cette tragédie… grecque.

À voir à la Nouvelle Scène jusqu’au 21 octobre à 20h.

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