Michel Bénac et Jean-Philippe Goulet ont passé le test facilement, ce soir à la salle Odyssée, où un public de nordistes fan de leur musique trad-pop «blastée» aux rythmes de discothèques les attendaient la bave aux lèvres. Leur fidèle DJ Benzo et son hallucinant breakdancing les a accompagnés dans ce nouveau défi, celui de transporter de la scène extérieure à une salle avec places assises un style vitaminé qui donne envie de danser avant tout.
Eh bien, le trio n’a réussi à garder son public oisif que vingt minutes, le temps de six chansons. Dès que les premières notes de «Au nom du père et du fils et du set carré» ont résonné, la bête était lâchée. Oubliez ça, salle ou pas, les gens ont bondi et se sont mis à sauter comme des fous.
Quand même qu’ils auraient souhaité le contraire, les gars de Swing auraient menti. Énergiques comme c’est pas possible, ils ne peuvent freiner leur contagieuse ardeur et se transforment en l’espace de deux chansons en messie pour ces spectateurs conquis longtemps d’avance. Un public pour qui, beau temps mauvais temps, toit au-dessus de leur tête ou non, la musique de Swing est un gros soleil dont les rayons sont des archets, des guitares et des micros.
Mais la plus belle réalisation de Swing dans ce spectacle mélangeant leurs trois albums, surtout leur dernier, «Tradarnac», est du côté de la mise en scène. On les attendait de pied ferme de ce côté, car oui, bon, ils assurent dans l’interprétation, mais serait-ce aussi le cas dans un endroit comme la Maison de la culture? Forts d’une semaine de préparation à la salle Jean-Despréz, le temps de placer tout leur matériel pour qu’il fonctionne visuellement, Swing nous a concocté un concept propre à chaque groupe: la vie de tournée.
C’est ainsi qu’on part sur la route avec eux, mais diable!, survient une panne d’essence. Pris entre deux destinations, Swing passera le temps dans une station-service où ses plus grands succès se succéderont. Si le duo ne représente pas le sommet de la virilité style «garagiste huileux», l’imagerie et les accessoires en rapport avec les «machines» sont sagement choisis et fournissent une profondeur au spectacle. Que les boys brandissent une clef à molette en courant sur scène ou qu’ils confortablement installés sur deux barils d’huile pour entonner une pièce romantique… Que du bon.
Idem pour les éclairages et les effets sonores, qui enrobent une atmosphère déjà réchauffée par les cordes de Jean-Philippe Goulet, les sparages vocaux de Michel Bénac et les scratchs de Benzo, un véritable artiste corporel. Il se paie d’ailleurs quatre bonnes séances de danse, dont une avec Michel Bénac qui vaut le coup d’œil…
Sans noter cet effort magistral de Swing, car cela serait étiqueter pour rien un groupe qui n’a pas besoin d’attaches, disons que c’est une mission drôlement bien accomplie. Sans se réinventer et obliquer dans une autre direction, Swing a montré qu’il faisait désormais partie de la famille des musiciens capables d’offrir un sacré bon show. Des musiciens qui ont attendu longtemps – 10 ans - pour se payer la traite et qui l’apprécient. Leur réponse n’en est que meilleure.
Swing entre dans la cour des grands
Il y a des moments importants pour tout groupe, qu’il soit métal ou folk. Celui de passer le test du spectacle en salle, de garder le public sur le bout de son siège pendant deux heures et d’offrir autre chose aux sens qu’une chanson après l’autre.
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