«Je suis hyper content, heureux. Surtout que cette équipe du SLO est extrêmement dynamique, ça fonctionne! Elle a une longue expérience et en même temps, une sorte d'élan de jeunesse. Moi, je ne serai qu'un porte-parole, je vois mon rôle comme un témoin de tous les auteurs de la région, car ils expriment ce que je ressens face à l'Outaouais. Je dois être digne d'eux!», lance-t-il en riant.
«Le SLO, poursuit-il, est la plus belle fête culturelle de l'Outaouais. Qu'il ait cette ampleur et soit encore là après tout ce temps, on est chanceux! J'ai vu des pays où il n'y avait pas de livres ou de tableaux dans les écoles. On est extrêmement choyé.»
M. Grosmaire est heureux que Chrystine Brouillet revienne à titre de présidente d'honneur et que Margaret Andersen, invitée d'honneur de l'Ontario français, soit encore aussi en forme à son âge vénérable de 87 ans. «Je voudrais être comme elle à son âge… sauf que je suis un homme…», blague-t-il.
La région tatouée
M. Grosmaire est un crépitant défenseur de l'Outaouais, région qu'il habite depuis 1975, autant de ses gens que de ses paysages admirables. Ses livres en regorgent d'ailleurs… «Il faut que la région soit valorisée, car on a une histoire extraordinaire. Avant, les gens étaient pauvres, on a qu'à penser aux Allumettières, et on est encore souvent négligés. On ne parlera pas des hôpitaux…»
C'est donc un hommage à la région que l'auteur rend dans sa saga composée des romans L'homme qui regardait vers l'Ouest, Tu n'aurais pas dû partir et Il y a toujours du soleil sur la Grande Rivière. Il nous raconte l'histoire d'un immigrant français, Paul, et sa vie dans le Vieux-Hull et Aylmer avec sa femme Madeleine, entre 1900 et 1945.
«C'est à la fois inspiré de la fiction et de la réalité. Il y a des personnages réels et d'autres traversent les époques, mais dans tous les personnages, il y a un peu de moi», avoue-t-il. Cette signature démontre l'ultra sensibilité de Jean-Louis Grosmaire, mais pas dans le sens larmoyant du terme, plus dans le sens "captivé par tous les signaux" de l'humain. «À partir de là, c'est facile de construire une histoire. Le défi est que ça tienne debout», dit-il en souriant.
Une grande partie des romans se déroule «au bout du chemin Eardley», dans un endroit qu'il appelle "Le grand large", un endroit où la rivière des Outaouais observée en haut des collines, avec le chemin de fer en contrebas, est magnifique. Cette magnificence, Jean-Louis Grosmaire la disperse un peu partout dans sa plume, car elle lui rappelle les eaux et les forêts dont son père a pris soin toute sa vie. Elle lui fournit un amalgame d'images grandioses de petits trésors inconnus des gens d'ici, qui dorment pourtant près de leur chaumière…
«La région est superbe. Il faut protéger notre patrimoine pour que les autres générations puissent s'identifier à quelque chose. Notre patrimoine floral et faunique aussi; notre richesse est l'eau et les vieux bâtiments. On dit qu'on a des problèmes d'argent, mais ceux qui ont construit les cathédrales, comment ont-ils fait…?»
L'enseignement
Jean-Louis Grosmaire avoue candidement que l'enseignement lui a tout appris. Il privilégiait l'approche qualitative à l'angle quantitatif. «Chaque jour était un défi, mais les jeunes sont extraordinaires. Il faut avoir confiance en eux, ne pas hésiter, lance-t-il. Les jeunes m'ont amené au bout du monde!»
Eh oui, le globe-trotter né en Afrique de parents français a donné le goût à ses élèves de voyager, de retourner sur les traces de son passé. Il sera ainsi parti durant quinze ans avec des groupes d'élèves en Afrique, en Amérique du Sud, en Europe ou en Asie, afin de leur montrer ce qu'est la géographie, la vraie, celle que les cartes topographiques ne peuvent détailler. Des voyages humanitaires d'un mois. «Nous sommes allés au Mexique dans un orphelinat pour enfants de la rue, au Brésil, au Viet Nam… Les voyages avaient toujours une dimension humaine, car le respect des autres est au cœur de tout ce que je fais. On peut faire des erreurs dans la vie, on n'est pas des machines, mais il y a toujours moyen de s'excuser.»
Il croise parfois de ses anciens élèves en tant qu'auteur et citoyen de son petit monde qu'il adore tant décrire par la parole ou l'écrit. «L'écriture n'était pas un projet de retraite, ça fait partie de ma retraite, nuance M. Grosmaire. Et de toute manière, je n'aime pas ce mot. Je suis toujours en train d'apprendre, alors je parlerais plutôt d'une "réorientation".»
Cette réorientation lui permet d'apprécier encore plus ce que ses concitoyens réalisent. Notamment les bénévoles au grand cœur, dont ceux de La maison Mathieu Froment-Savoie. Il apprécie aussi le dynamisme de l'Association des auteures/auteurs de l'Outaouais!




