«Je ne suis pas surprise pour la restauration. J'ai rencontré les gens qui donnent les cours de service au Relais de la Lièvre et ils ont de la difficulté à avoir des étudiants. Ces jeunes veulent entrer facilement dans les restaurants, mais ils lâchent rapidement car ils se rendent compte qu'ils n'ont pas les compétences. Ils ne sont pas conscients du travail que ça demande, des compétences comme le service client, l'écoute, la ponctualité, le sourire… En plus, c'est un domaine où les gens doivent se débrouiller rapidement.»
«Ces gens n'ont pas le goût de commencer plongeur, ils veulent devenir le grand chef. Et quand ils n'obtiennent pas ça, ils vont ailleurs. Ah oui, il y en a qui travaillent, mais beaucoup se disent "je vais en essayer un autre, c'est pas grave", lance-t-elle. Ce qu'on remarque aussi c'est que peu importe où ils travaillent, ça ne fait pas de différence: ils vont faire leur temps, c'est la loi du minimum. "J'ai fait mon 7h, demandes-en pas plus." C'est aussi souvent la loi du moindre effort: "je comprends pas, alors j'attends".»
Caroline Marinoff n'est pas sarcastique face à l'attitude des jeunes, son sentiment est partagé entre la crainte et l'étonnement. «Oui, ils sont de la génération "vite-vite-patate frite" et la job doit être la plus payante possible. Ces jeunes se disent "c'est moi qui choisit l'employeur que je vais avoir, je vais voir ce qui m'intéresse". Au moins six jeunes sur huit pensent comme ça. Et ils n'ont pas le sentiment de loyauté, du "je vais m'impliquer".»
Caroline est persuadée que cette mentalité est née dans la masse de décrocheurs voulant gagner de l'argent rapidement et de la «nouvelle école», arrangée aux besoins des jeunes. Ces derniers pensent maintenant que le marché du travail va s'adapter à eux. Or, la génération contrôlant la chaîne alimentaire a d'autres idées…
Des employeurs dépassés par les événements
Du personnel engagé et efficace est donc devenu une denrée rare. «Les jeunes sont très spécifiques dans leurs demandes, alors c'est sûr que ça crée de la frustration, de l'incompréhension, chez les employeurs. On arrive alors dans un cul-de-sac! Les employeurs se demandent quoi faire pour engager et garder les employés. Et nous, on leur dit: "Voilà les nouvelles réalités du marché de l'emploi".»
«On se demande alors, poursuit Caroline Marinoff, s'il faut s'adapter ou outiller le jeune à s'adapter. Ce n'est pas évident pour des gens qui ont été loyaux ou qui ont eu la même job toute leur vie. Pour eux, les jeunes manquent de maturité.»
En plus, la coordonnatrice a distingué ces valeurs, ce manque de «savoir-être», autant chez les universitaires avancés que chez les diplômés des écoles professionnelles et techniques. Caroline Marinoff patauge tant dans ce bouillon qu'elle trouve ça inquiétant pour l'avenir. Surtout si les standards de qualité sont abaissés pour satisfaire cette «clientèle».
«Quand on regarde le bas, c'est bas, bas! Comment va-t-on faire alors pour répondre aux besoins? Surtout qu'il va y avoir un manque de main-d'œuvre qualifiée dans des domaines où les jeunes n'ont plus d'intérêt.» Un point positif est toutefois le nombre croissant de jeunes de retour à l'école ou dans les centres de formation.
«Et la durée de maintien est plus longue, on a réussi à démontrer aux jeunes que c'est important d'avoir un diplôme ou une attestation de formation», lance Caroline, en ajoutant que les liens avec la communauté et les intervenants régionaux de la sphère de l'emploi ont aussi été renforcés. Les jeunes ont ainsi plus de ressources pour remonter la pente… et moins d'excuses pour la descendre!





