Étienne fréquente l'Université du Québec en Outaouais depuis quelques années. Comme bien d'autres, il travaille à temps partiel pour gagner un peu d'argent de poche et défrayer ses frais de scolarités. Et comme certains, Étienne – nom fictif – prend quelquefois les moyens nécessaires pour réussir ce qui lui apparaît ardu comme examen ou travail de session. Étudiant au département des sciences sociales, il a accepté de livrer à La Revue ses expériences personnelles en matière de plagiat.
Les examens«Au niveau des examens, ça peut-être un peu plus difficile de plagier quand c'en est un de compréhension. Mais il y a des professeurs qui préfèrent la technique de l'éponge; ils veulent qu'on soit capable de retranscrire toutes tes notes de cours dans un examen. Et ça, ça ne demande pas une compréhension, mais de la mémorisation. Et, nous (les étudiants), ont trouve qu'il n'y a pas de notion éducative de prendre un document et de l'apprendre par cœur pour le retranscrire tel quel. Donc, on a chacun nos façons de manifester contre ce système un peu défaillant.»
Oublions la bonne vieille méthode de cacher ses notes de cours en dessous de son examen. Ce temps est bel et bien révolu, selon notre étudiant. Le temps est plutôt aux gadgets électroniques.
«Aujourd'hui, tout le monde a des cellulaires. Et les messages textes en mode silencieux sont une petite merveille pour tricher. Il y a aussi les lecteurs mp3. Souvent on aime écouter de la musique en faisant nos examens, mais au lieu que ce soit nos albums préférés, c'est un enregistrement de nous-mêmes qui récite nos notes de cours à voix haute.»
Le fait que plusieurs professeurs et chargés de cours délèguent des «surveillants d'examen» qui, comme le dit l'expression, s'assurent de surveiller un groupe en examen, donne beau jeu à ceux qui souhaitent contourner les règles.
«Les professeurs sont aussi paresseux que les étudiants parce que, souvent, ils ne se donnent même pas la peine de venir surveiller les examens eux-mêmes. Au lieu de ça, ils engagent des surveillants d'examen; des étudiants qui, pour un salaire minimum, sont prêts à venir s'assoir pendant trois heures de temps à lire le journal devant une classe. Ces surveillants se foutent totalement de ce qui se passe à part peut-être des avions en papier.»
Tout en avouant que de tricher pendant un examen peut parfois s'avérer risqué, Étienne confie toutefois que de passer un sapin aux professeurs lors de la remise de travaux est un véritable jeu d'enfant. Son domaine d'études lui permet même de refiler un travail identique à plus d'un professeur sans se faire prendre, explique-t-il.
«Ça s'appelle «la technique du recyclage». On se souvient d'un bon travail qu'on a déjà fait dans un autre cours ou au cégep. On le modifie un peu pour qu'il ressemble à ce que le prof demande et on lui remet. En sciences sociales, tout est vague et nos cours se répètent un peu. Honnêtement, je me souviens d'un travail que j'aurais pu remettre dans quatre cours différents et avoir une bonne note sans que personne ne s'en rende compte. Et j'ai même déjà remis le même travail au même professeur deux fois et j'ai eu une meilleure note à la deuxième reprise.»
Et le stress de se faire prendre la main dans le sac? «Selon ma propre expérience, il n'y a pas de stress. C'est comme un vol de banque qui est déjà planifié depuis deux semaines. Le stress de se faire prendre est plus ou moins présent lorsque tu es bien préparé.»
Finalement, vient-on dépendant de la tricherie et du plagiat? Pas nécessairement. «Moi je m'en sers comme porte de sortie. J'utilise ces techniques lorsque je suis pris au dépourvu ou quand j'ai un prof dont les méthodes d'enseignements sont critiquées. C'est une résolution à un problème passager, mais ça ne me donne pas forcément le goût de le refaire juste pour le refaire.»




