C'est un homme de 56 ans qui agit comme un adolescent que j'ai devant moi. Il m'avait même invité à dîner pour notre entretien, c'est dire! J'ai dû refuser «déontologiquement», mais un café s'imposait. Sourire aux lèvres, excitation qui parcoure son corps (pas parce qu'il me rencontre, parce que depuis son opération, il reprend le temps perdu), le Rodrigue Beauchamp actuel est aux antipodes de celui que j'ai interviewé il y a un an.
Il m'explique d'abord qu'il ne s'est pas senti aussi bien depuis longtemps (grâce notamment à sa sœur Marie-Andrée qui s'est occupée de lui pendant près d'un an), même s'il ne peut jouir de deux poumons neufs comme prévu au départ. Ses organes pulmonaires tirent quand même à plus de 50%, ce qui est amplement suffisant pour lui si on compare sa vie d'avant et celle, merveilleuse, d'aujourd'hui.
«Je suis un homme heureux, comblé, une personne transformée, je ne vois plus la vie de la même façon; les gens, tout le monde est beau, je me fais des amis "comme ça", confie-t-il en claquant des doigts. Je vis au jour le jour. Je suis plus sensible à ce que les gens dégagent comme émotions. Je me concentre sur l'amitié, je suis plus réceptif. Certaines personnes pensent que je me suis fait transplanter la langue! J'ai vraiment pris conscience que dans la vie, on prend tellement de choses pour acquises, dont la santé.»
Il y a 12 mois, oubliez ça, ses poumons fonctionnaient à 20% et il devait demeurer branché sur une bombonne d'oxygène. Tout lui était néfaste: fumée, effort physique minime, boucane blanche de spectacle, froid… L'anxiété et la panique le gagnaient rapidement et il gobait tellement de médicaments (4500$ par mois) pour contrôler, pour ne pas dire «geler tout ça», qu'il n'a pas pleuré pendant trois ans. Son sevrage s'est terminé il y a peu de temps; inutile de dire que les émotions le submergent à la moindre occasion… Ses larmes sont une libération, une joie, une preuve qu'il est de retour parmi ceux qu'il aime.
Les projets ne manquent pas à ce retraité de la fonction publique fédérale et il a dorénavant une envie pressante de «donner au suivant». «J'ai toujours été sensible et généreux, mais je suis rendu compulsif! J'ai de la difficulté à me contrôler…», avoue M. Beauchamp, un père choyé de deux grands enfants pas trop inquiété par la grippe A-H1N1. Quand il sort longtemps, il porte un masque, voilà tout. Et il se fout bien des regards, il goûte à la vie qu'il pensait perdre.
Son premier geste concret est l'organisation d'un cocktail-dînatoire au bénéfice de la Maison des greffés du Québec, qui aura lieu le 6 novembre à la Maison de la culture. Un maximum de 100 personnes peut être accueilli. «J'absorbe la location de la salle et je paie la première consommation. Je veux redonner au suivant, alors ce n'est rien pour moi», lance-t-il. Il désire appuyer la Maison qui a si bien pris soin de lui pendant tout le processus. Car il sait que la liste d'attente pour une greffe est longue…
Rodrigue Beauchamp ne peut que suggérer aux gens d'apprécier leur existence tant qu'ils sont en forme… et, bon sang, de signer leur carte de don d'organe. Il est la preuve parlante que cet «autographe» peut sauver des vies! Et il plaint ceux et celles qui sont malades sans avoir d'assurance-médicament. Bref, après avoir vécu dans une prison charnelle durant des années, il est maintenant prêt à prendre la misère du monde sur ses épaules! Enfin, pas trop quand même…
Le cocktail dînatoire a lieu le 6 novembre, de 17h30 à 21h, sur la mezzanine de la Maison de la culture. Coût: 45$ par personne. Réservez tôt au 819 918-1748.




