Il y a de cela des milliers d’années, le fondateur de l’empire chinois, Qin Shi Huangdi, décida de se faire enterrer aux côtés de 5000 guerriers fabriqués en terre cuite, grandeur nature. En position de combat, les soldats de cette armée étaient tous uniques, mais avaient une chose en commun: ils portaient tous des armes véritables. Ce n’est qu’il y a 25 ans que les premiers vestiges de cette œuvre ont commencé à être découverts. Depuis, d’autres soldats s’ajoutent régulièrement aux 5000 déjà découverts.
Pour contrebalancer la présence de cette création artistique qui fait l’éloge de la guerre, Claude Desjardins a décidé de créer la contrepartie de cette œuvre d’art: 6000 soldates de la paix, dont un millier d’entre elles proviennent de chaque continent.
«C’est pour ça qu’elles sont des femmes, qu’elles sont nues au lieu de porter l’armure et qu’elles portent la flamme de la paix», explique celle qui croit beaucoup au déséquilibre entre les essences masculines et féminines que chacun, homme ou femme, porte en eux.
«Dans notre société, on prône beaucoup les essences masculines, l’extérieur, la productivité, le paraître, etc. Tandis que l’intérieur, l’essence féminine, par exemple l’attente, le silence, la gratitude, est laissée de côté»
C’est à la suite des événements du 11 septembre que cette sculpteure, alors établie en Colombie-Britannique, a pris connaissance de l’œuvre de l’empereur chinois. Faisant alors partie d’un groupe de potiers, elle participe à une exposition qui lui donne l’occasion de faire de la recherche sur cette œuvre grandiose, mais tournée vers la guerre. En vue de l’exposition, elle crée alors 21 soldates de la paix, qui ne sont que les premières d’une longue série.
Depuis, pour arriver à produire 6000 soldates de la paix, Claude Desjardins anime des ateliers où les gens sont invités à créer leur propre soldate de la paix, dans de l’argile.
«Je leur dis que la soldate est déjà là, dans la terre. Tout ce qu’ils ont à faire, c’est de la laisser être», explique Mme Desjardins, qui croit fortement au pouvoir du cœur dans la réalisation artistique: «Dans la création, ce que j’ai à dire va passer par mon cœur et par mes mains. Dès que ça passe par la tête, tout bloque!»
Hautes d’environ neuf pouces de haut, ces soldates porteront en elles un bout de papier, sur lequel son créateur aura inscrit une guerre intérieure qui l’habite. En cuisant l’argile, le papier brûlera aussi. Ce geste symbolique n’a pas l’objectif de détruire notre guerre, mais bien de la mettre en lumière: «On met de la lumière sur un côté sombre», explique Mme Desjardins.
De plus, cette soldate sera ornée d’un collier, au bout duquel pend une graine de tournesol, une plante qui se tourne toujours vers la lumière. Les soldates ainsi créées iront rejoindre les 800 qui ont déjà pris vie. Claude Desjardins espère que la première sculpture habitable, qui hébergera ses statuettes, puisse être érigée pour les Jeux olympiques de Vancouver, en 2010.
D’ici là, elle souhaite également que le projet se poursuive aux quatre coins du globe, et que des centaines de soldates de la paix prennent vie un peu partout.
«Un monde se change par l’intérieur, et non par l’extérieur. En changeant mon monde, je change un peu le monde qui m’entoure», conclut celle qui est à l’origine du projet.
Quand des soldates deviennent ambassadrices de la paix
Être proactive pour la paix, plutôt que de s’acharner contre la guerre; voilà le choix qu’a fait Claude Desjardins. Sculpteure de métier, elle a décidé de mettre sur pied un projet grandiose, à la grandeur de l’œuvre qui l’a inspirée, bien qu’il soit tout à fait à son opposé.
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