Mario Pelchat l'avoue, il ne risque pas d'accoter l'expérience vécue avec Michel Legrand dans la dernière année de sitôt. Un conte de fée qui se poursuit aux quatre coins du monde dans les prochains mois avec le spectacle découlant de l'album sur lequel l'artiste a rendu hommage à de grands classiques de Legrand.
«Il est gamin, cabotin, c'est toujours une joke après l'autre, il est drôle!» Voilà comment Mario Pelchat considère la légende française de la musique de film. Mais au début, ses sentiments étaient partagés entre de la terreur et un stress incontrôlable…
«C'est mon agent qui m'a proposé cette idée. Il m'a apporté un disque de différentes interprétations des chansons de Michel quand je partais me reposer au Lac-Saint-Jean. Je me suis d'abord surpris à en connaître beaucoup et à Trois-Rivières (installé dans son espace de création favori, sa voiture), j'ai reconnu How do you keep the music playing?. J'ai alors dit à mon gérant que j'aimerais la chanter. Il m'a demandé si j'aimerais faire un album sur Michel Legrand, de le faire avec lui? Je me suis demandé s'il voudrait le faire avec moi et mon gérant m'a dit qu'il lui avait déjà envoyé mes albums! Il est aussi chum avec son gérant…» Tout était donc dessiné d'avance pour Mario Pelchat, il n'avait qu'à signer un contrat "clé en main" fomenté par son gérant…
«Dans ma tête, ça ne se faisait pas, avoue-t-il. Mais j'ai pris l'avion et quand je l'ai rencontré, j'étais terrorisé, j'avais la chienne! J'étais dans mes petits souliers… Je me suis rendu chez lui pour faire le choix des chansons. J'étais grippé, il y avait le décalage... Il m'a dit "On se met au travail?". J'avais pas le goût, mais tu veux pas trop t'affirmer devant un homme comme ça… Finalement, au bout de trois chansons, je n'étais plus capable.»
Michel Legrand et lui ont de tout de même tissé de solides liens et développé une rapide complicité, déjà tracée lors de conversations téléphoniques. L'aventure a forcé Mario Pelchat à repousser ses limites. «Tu sais, moi le jazz, j'y avais jamais vraiment touché. Ça m'a obligé à travailler en "sacremouille"… Tout le rythmé, le jazzé…» Il a aussi dû se casser le ciboulot pour dresser un alignement de chansons qu'il pourrait chanter et qui rendraient justice à l'illustrissime carrière du pianiste. Il a ainsi choisi notamment Les Parapluies de Cherbourg, Un parfum de fin du monde (de la bande originale Les uns les autres de Lelouch), How do you keep the music playing?, en duo avec Dionne Warwick et Les moulins de mon cœur, tirée de L'Affaire Thomas Crown de Normand Jewison, pour garnir Mario Pelchat – Michel Legrand.
Les deux se sont rencontrés de nouveau en studio à l'hiver 2008 où, en quelques semaines, ils ont enregistré le disque de la bonne vieille et organique façon. La façon dont aime travailler Michel Legrand: tout le monde ensemble, pas de flafla, pas d'enregistrement séparé pour les instruments, tout en même temps! Mario Pelchat a tellement adoré qu'il se promet de bosser de cette manière à l'avenir. «C'est un trip complètement révolu, mais c'est extraordinaire. Tout le monde se regarde, l'un souffle une émotion à l'autre, partage. On a une vie dans ce qu'on fait, c'est palpable.»
Mario Pelchat a été sidéré de la santé dont jouit Michel Legrand à 77 ans. Drôle, toujours en train de bouger ses doigts sur un objet ou sa tête pour garder sa dextérité, dynamique, l'immortel l'a impressionné. «Il a 77 ans, mais en a 30 quand il s'assoit au piano. Il pianote tout le temps, il ne boit pas, n'a pas une vie stressante, il évite le surmenage», explique-t-il. Il est aussi très humble malgré sa renommée mondiale. «Il se fout de ses Oscar, son futur projet est sa seule ambition.» Et que dire de sa musique… «Elle n'est pas évidente, c'est très cinéma, mais moi comme je suis un malade de cinéma, c'est sûr que j'aime ça. Ça te transporte, te fait voyager dans un univers très particulier. Et Legrand ne se plagie jamais. Pour un interprète, c'est le comble de la fierté», admet Mario Pelchat. Le chanteur a été ébahi de la qualité de la langue française dans l'œuvre de Legrand. Ce dernier pouvait entre autres compter sur le talent magistral de parolier de Jean Dréjac et Eddy Marnay. «C'était un amoureux de la langue et a souvent fait ses mélodies à partir des textes.»
Un duo avec Dionne WarwickMario Pelchat a eu le privilège d'interpréter How do you keep the music playing? avec la célèbre chanteuse américaine. «Je l'avais enregistrée en solo et Michel m'a demandé: si je devais la faire en duo avec quelqu'un, avec qui ce serait? J'avais toutes sortes de noms dans la tête et j'ai répondu Dionne Warwick. Il a dit "Ah oui, elle chante bien", s'est tourné vers son gérant et a dit "On l'appelle!"», se remémore Mario Pelchat en riant.
«Ils l'ont donc appelée et elle a dit "Oui, bien sûr, pour Michel n'importe quand!" Mais elle voulait être sûre que le gars, moi, pouvait la chanter. On lui a donc envoyé le MP3 de la version solo et elle a dit oui. C'est quand même flatteur, déjà que j'avais eu le support de Michel…» Mario Pelchat gardera de jolis souvenirs de cette autre rencontre incroyable…
Mario Pelchat et Michel Legrand seront à la salle Odyssée le 12 avril, 20h. Billets: 819 243 2525 ou www.maisondelaculture.ca.




