Un programme unique de santé en Outaouais remporte un prix


Publié le 18 mai 2017

SANTÉ. Un programme mis de l'avant pour mieux accompagner les parents qui vivent une fausse couche en Outaouais attire les regards de partout au Québec.

Le prix Innovation clinique Banque Nationale 2017 de l’Ordre régional des infirmières et infirmiers de l’Outaouais (ORIIO) a été remis au projet «Transformation des pratiques pour une prise en charge optimale de la femme qui vit une fausse couche à l’urgence et de son partenaire». Un produit 100% Outaouais.

Mis de l'avant par les professeures Francine de Montigny et Chantal Verdon, et présenté lors d'un congrès à l'Ordre, le projet devait d'abord être une étude étendue dans quatre régions du Québec. Mais lorsque l'infirmier en chef Serge Gauvreau a assisté à la présentation du congrès, il a souhaité l'appliquer rapidement en Outaouais.

"L'étude que nous avons entrepris, grâce à une subvention en fonds de recherche de santé du Québec en 2013, nous a permis de réaliser une étude pour connaître le vécu des parents des services de l'urgence", affirme la chercheure Francine de Montigny.

Le premier constat fut clair: les femmes qui subissent une fausse couche n'avaient pas une expérience très positive de leur passage à l'urgence. Le partenaire ou l'accompagnateur non plus. Et la recherche pouvait permettre de changer les choses.

"Serge Gauvreau a demandé de monter un projet alors que le projet de recherche était à ses débuts. Mais l'occasion d'avoir un gestionnaire intéressé par un projet de recherche, c'était intéressant et ça sert à ça, qu'ils soient appliqués", indique Mme de Montigny.

Le projet a permis de rejoindre 95 % des infirmières du triage de l’urgence de Gatineau et de Hull et 35 % des milieux ruraux de l’Outaouais. Des formations d'une demi-journée ont été offertes à ce personnel pour améliorer l'accompagnement des parents.

À l'Ordre, la présidente Lucie Tremblay souligne l'excellence des résultats du projet des chercheures de l'UQO et indique que le trio impliqué pourra présenter le tout lors du prochain congrès afin d'étendre les pratiques partout au Québec.

"Ce ne sont pas nécessairement les solutions les plus coûteuses qui sont les plus efficaces. Cette solution est simple, demande une formation courte et peut faire une différence pour les patientes et leurs proches", mentionne la dirigeante.

On estime à 20 000 le nombre de fausses couches au Québec dans une année: "On n'est pas capable d'avoir de chiffres de combien de bébés perdus. 20% des femmes n'iront même pas à l'urgence. Ça a été longtemps banalisé, et pas juste dans les milieux cliniques", explique Mme de Montigny.

"Ce sont des petits changements, initiés par la base, rappelle Mme Tremblay. Quand on se sert du potentiel, ce sont les gens qui sont gagnants. Les patients, les familles et le personnel sont gagnants là-dedans."

Pas de plainte en un an

Le projet de former le personnel infirmier des hôpitaux de Gatineau a eu un impact important puisqu'en un an d'application, aucune plainte n'a été formulée.

Tout est dans la façon de faire, explique Mme de Montigny: "On explique maintenant aux femmes qu'on ne peut pas les isoler, parce qu'ils n'y a pas de local disponible, par exemple, plutôt que de les laisser là sans explication."

Des changements physiques ont aussi été apportés à l'équipement. Aussi simple que cela puisse paraître, les toilettes utilisées par les femmes qui passaient au travers de ce moment difficile étaient automatiques et non manuelles. Lorsque l'on perd un bébé, et qu'il part dans le réseau d'aqueduc, l'événement peut être traumatisant.

"Juste le flush automatique de la toilette. Personne n'avait jamais réalisé que ça pouvait être traumatisant. Là ils se sont organisés pour avoir une toilette non-automatique et qu'elle soit identifiée et que les femmes soient dirigés vers cette toilette-là."

"L'attitude a changé chez le personnel, mais aussi avec d'autres problématiques liées à la santé mentale des femmes qui subissent des fausses couches, ajoute Mme de Montigny.  Et nous tenterons avec cette recherche d'étendre cette pratique et d'en faire un exemple à travers le Canada. C'est important des études comme celle-ci et elles ne restent pas sur les tablettes"

Le contact humain établi a ses effets car les problèmes de santé mentale ont été de beaucoup réduits, indique la chercheure.