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Des lèvres enchantées s’échappent… des mots rythmés

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 1 mai 2007 à 23:40
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Des lèvres enchantées s’échappent… des mots rythmés
La poésie québécoise n’aura jamais été si jolie à entendre qu’avec Lèvres. (Photo:Marlène Gélineau Payette)
Des lèvres enchantées s’échappent… des mots rythmés
On ne savait pas trop à quoi s’attendre de la boîte à surprises de Pierre Lebeau avec son révolutionnaire concept de poésie musicale Lèvres, mais après avoir assisté avec un plaisir gigantesque à ce très beau et touchant spectacle, on doit se rendre à l’évidence: l’humble comédien s’est surpris lui-même.
Théâtre dites-vous? Pierre Lebeau et sa carrure de réfrigérateur éternellement tapissée des couleurs du Yin et du Yang se tient devant un orchestre et deux choristes. Un écran géant s’illumine derrière, Ben Charest donne ses premières instructions et le matador à la voix rauque laisser couler les vers.

Ils y passent tous: Gauvreau, Miron (sublime et larmoyante La Marche à l’amour), Aquin, Daoust (essoufflante et universelle Les lèvres ouvertes), des perles cachées dans d’hermétiques coquillages, joyaux de la poésie qui survivent malgré les coupures gouvernementales et les téléréalités. Lebeau ne se contente pas de réciter ces vers, il les vit, les mange, les déglutit à sa manière sous les flashs des brillants arrangements vidéo.

Mais ce qui donne véritablement une âme au jeu sans taches de Pierre Lebeau est le brio de Ben Charest et de ses acolytes Anthony Rozankovic (piano), Charles Imbeau (trompette), Greg Morency (contrebasse), Camil Bélisle (batterie), Martin Marier (ambiances sonores) et des voix de Christiane Labelle et Amélie Larocque; cet ensemble accompagne comme un chien de poche rebelle son maître, qui vogue d’ambiances feutrées à jazzées, à tristounettes. Ben Charest dirige à merveille ces élans musicaux, qui insufflent une énième existence à ces historiques poèmes.

Ça passe vite, comme tout spectacle prenant. Pierre Lebeau se tape un voyage sans entracte, un exercice de style avec lequel il envoie des flèches d’amour à cette langue appréciée des amateurs purs et durs. Jamais aura-t-on vu un artiste autant au sommet de son art, tout en étant si minimaliste dans sa façon d’enchaîner les scènes de son opéra des mots. Prude et attachant, Pierre Lebeau signe son nirvana artistique avec Lèvres.

S’il y a loin de la coupe aux lèvres avant que la poésie québécoise devienne un fleuron adoré de la culture bleue, ce que la troupe a accompli ce soir au CNA est plus qu’un banal hommage aux écrivains pauvres du monde; c’est une invitation à lire, à écrire, à aimer, à s’ouvrir comme un livre sur une réalité qui a bien besoin de se faire rafraîchir…

Si un poème peut contenir autant de sonorités, leur portée est quant à elle insoupçonnée. Grâce à Lèvres, il est maintenant prouvé que la musique est partout, qu’elle s’infiltre dans les pores pour ressortir en alexandrins et qu’elle se lit en chantonnant. Encore faut-il oser Pandore avant qu’elle ne se referme et que les efforts de Pierre Lebeau aient été vains. Ah et puis, pas obligé de lire, pendons-nous aux lèvres du raconteur…
À voir et entendre jusqu’à samedi, 19h30, au Théâtre du CNA.

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