Comment trouver le bon équilibre entre affaires et plaisir, développement économique et social? Si vous trouvez la solution, faites nous le savoir!
Gatineau est une ville mélangée entre développement social et économique
La région de l'Outaouais ne cesse de surprendre. Dès qu'on y emménage, le développement accéléré qu'on entrevoit est tout simplement hallucinant. Une année à Gatineau équivaut à dix en «région éloignée» (expression utilisée par les gens qui ont peur de voyager ou de conduire sur des routes bordées de conifères…)!
C'est connu, pas d'argent, pas grand-chose sous la dent. Les élus de Gatineau cultivent depuis une trentaine d'années une obsession du développement économique. Le travail ayant été superbement abattu, la grande ville et ses municipalités périphériques regorgent de paires de fesses, faisant s'exclamer les Outaouais de souche qui ne reconnaissent plus leur pénarde bourgade.
Donc, plus de populace, plus de demandes au niveau du logement et du loisir. Plus de magasinage surtout, de là l'extravagante multiplication (on est poli) des commerces. Mais, un coup que les portefeuilles ont été asséchés et que les gens ont réglé leur paperasse, le désir de se changer les idées, en pratiquant entre autres un sport, se pointe. Et quand on est en plein bébé-boom comme il semble y avoir présentement, ce sont les enfants qui passent en premier. Or, les installations ne répondent pas toujours aux besoins des associations sportives…
Petite nouvelle pour vous: c'est n-o-r-m-a-l. Tous les sports, toutes les associations, tous les amateurs de quelque truc ont un jour souffert de sous-financement, d'équipements désuets ou du syndrome du «Ils ne veulent rien savoir de nous, c'est toujours les autres qui ont tout». Et ça, c'est universel. Pire à Gatineau, une ville qui n'a pas encore réussi à régler la balance entre économie et loisir, ça va trop vite. Je ne connais personne qui aimerait suer dans les pantalons des élus ces jours-ci… Fait chaud, tsé!
Enfin, l'annonce de ce matin concernant le nouveau terrain synthétique au Stade Mont-Bleu a de quoi réjouir les défenseurs du soccer (bon, ok, les attaquants aussi…). Mieux encore, la surface artificielle, qui en passant coûte peut-être les yeux de la tête mais dure un million de fois plus longtemps qu'un terrain vaseux naturel, servira également aux footballeurs qui voudront jouer du coude. Un deux en un!
Le soccer est certes gâté au compte-goutte depuis quelques années, depuis que le nombre de joueurs grimpe en flèche (à croire que c'est le seul sport qui existe, haha!), mais il ne faut pas charrier. À un million par terrain, ça commence à faire. Bon, j'ai dit plus haut que j'étais d'accord avec cette dépense, car elle est avantageuse à long terme et pour le confort des joueurs. Il faut toutefois se mettre à la place des élus et comprendre que des structures de la sorte, ce n'est pas comme tracer des lignes à la chaux dans un champ de patates.
Mais bon, quiconque s'est déjà battu des années pour obtenir quelque chose sans voir poindre les résultats peut ressentir la déception engraissée des dirigeants du soccer régional. Ça mes amis, c'est la vie, c'est le contexte, c'est la conjoncture, c'est ça qui est ça. Question de priorités (pour ne pas dire de goûts et d'intérêts, on n'est pas ici pour faire de la fausse politique!) également. C'est pour ça que certains terrains de la Ville ne peuvent être envahis du jour au lendemain par les équipes; ils sont peut-être prédestinés à un destin économique.
Il n'est pas toujours facile de réfléchir ainsi, parce qu'en payeur de taxes comme nous sommes, on se dit que le territoire nous appartient, qu'on peut exploiter chaque parcelle verte qui dort. Mais ce que le 21e siècle nous apprend de plus en plus, c'est qu'on ne peut être sûr de rien, à moins de vivre comme dans une téléréalité. Là, on est sûr de faire la Une des magazines. Vous pensiez que je parlerais du bonheur hein? Ah, naïf que vous êtes…
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Alors on se retrouve devant quoi? Une ville ultra productive, en pleine expansion économique, mais en suspension de services. C'est long avant d'avoir ce qu'on souhaite. C'est un peu comme l'évolution: la recette parfaite se compose de patience, de volonté, d'acharnement et de charme. En d'autres mots, savoir attendre, faire valoir son point et y croire, ne pas se laisser abattre après un ou cinq échec(s) et divulguer ses intentions sans arracher la tête des élus ou fonctionnaires en place.
Gatineau est considéré comme un havre de paix par certains et est comparé à Montréal par d'autres. Peu importe le camp que vous occupez, sachez que gérer une ville de cette taille, surtout fusionnée, est un casse-tête. Le mot fusion revient constamment dans le discours des élus, car des changements liés à cette imposition sont encore apportés aujourd'hui. La blessure reste ouverte chez plusieurs citoyens, alors imaginez la poutine dans laquelle se démènent nos conseillers et employés…
La machine municipale ne peut être maîtrisée par n'importe qui; il faut être dérouillé, diplomate, impartial (humhum) et logique. Alors avant de crier au scandale parce les dossiers les concernant tardent à débloquer, les souteneurs d'organismes ou de projets devraient se poser cette question: «Qu'est-ce que je ferais dans sa position, tout en sachant que ce que nous voyons dans les médias n'est que la pointe de l'iceberg de leurs soucis?»
La présente chronique n'est pas un flattage intensif des élus, c'est pour la centième fois l'occasion pour moi de ploguer le «Gros Bon Sens». Chialer peut être utile, mais quand vous aurez enfin ce que vous vous êtes égosillés à défendre, vous serez probablement gêné d'avoir tant hurlé à la Lune. Pourquoi? Car vous comprendrez que ce ne fut pas facile, que chaque demande doit passer par un (trop) long et complexe processus démocratique-bureaucratique et que, finalement, vous avez «gagné».
Pas super débile content de votre victoire tant souhaitée, vous souffrirez en compagnie de votre voisin, qui prie quasiment pour qu'un Quatrième Reich soit fondé parce que la glissoire du parc où joue son bambin est brisée… Comme quoi c'est l'attente qui est trippante…
2M pour le soccer...
François GagnonArticle mis en ligne le 30 mai 2007
Je sais bien que chaque amateur de quelque chose tire de son bord de la couverte. Je suis bien placé pour le savoir, je suis fonctionnaire moi-même et j'entends tous ces organismes régulièrement.
On n'a pas à choisir entre développement économique et développement social, on DOIT faire les deux en même temps. Mais il faut savoir prioriser et voir loin.
Par exemple: Combien on va investir pour démolir et reconstruire l'aréna Guertin? Je sais bien que le Hockey fait partie des traditions, mais c'est quand même un sport en déclin. Comme le Baseball d'ailleurs. N'en déplaise à la génération de ceux qui prennent les décisions, c'est désormais le Soccer qui est le sport le plus pratiqué au pays (voyez Statistiques Canada) et ça s'accentuera au cours des prochaines années, surtout avec l'immigration que connait le Canada.
Alors, si vous êtes un décideur, vous décidez quoi? Ceux que nous avons ont décidé 60M$ pour l'aréna Guertin, et 2M$ pour le Soccer. Est-ce une décision qui nous mènera à la prochaine génération de jeunes? Non!
Alors il faudra payer encore plus!
Ce n'est pas une décision entre développement économique et développement social, c'est une décision d'investissement entre ce dont nous avons besoin aujourd'hui et ce dont nous auront besoin demain. Et ça c'est plus difficile à faire et moins "vendeur" politiquement.