Qui manque de vision?
Le propriétaire de Brigil construction, une entreprise qui construit des maisons, accuse le maire Bureau de manquer de vision : il voudrait que la ville encourage vigoureusement la construction de maisons unifamiliales. C’est certainement une vision qui rapporterait à certaines entreprises, mais est-ce vraiment dans l’intérêt la ville? Du point de vue des principes d’urbanisme, du développement durable et même de nos intérêts économiques, la réponse est non.
Une abondante littérature dénonce l’étalement urbain et fait la promotion des villes ayant une bonne densité. Pourquoi? Parce que une haute densité de population permet d’améliorer le transport en commun, de réduire les coûts des services municipaux, de faire une meilleure utilisation des espaces, de s’assurer que les besoins locaux sont assurés localement, réduit la demande d’énergie pour le chauffage résidentiel, limite l’isolement social, protège les espaces verts, donne aux entreprises un accès à un large marché diversifié, etc. Même pour la fiscalité municipale, il est loin d’être acquis que les gains en taxes foncières sont supérieurs aux coûts engendrés par « l’étalement » des services municipaux. En d’autres mots, l’étalement urbain coûte très cher aux municipalités et il est catastrophique pour l’environnement.
Le grand défi de la ville de Gatineau n’est pas de s’étaler encore plus. Avant de construire de nouveaux quartiers, la ville doit consolider ses services dans les quartiers qui viennent d’être construits. Il ne faut pas faire une longue recherche dans les archives des représentations des citoyens aux réunions du conseil municipal pour savoir que les gens veulent un développement moins rapide et plus cohérent.
De plus, la proposition d’accentuer le développement résidentiel unifamilial va à l’encontre de l’enjeu principal qui a été soulevé lors des récentes consultations sur l’avenir du centre-ville de Gatineau. Il est nécessaire, sinon urgent, d’augmenter la densité de la population du centre-ville. Ce n’est évidemment pas en construisant à tout crin partout à Gatineau qu’on y arrivera. Il faut absolument trouver des moyens d’attirer des gens de la classe moyenne au centre-ville, et c’est loin d’être fait. Il faut pourtant le faire, car ce sont eux qui dynamiseront le centre-ville en faisant vivre des commerces locaux et en stimulant la vie de quartier. Évidemment, il y aura de nombreux pièges à éviter et de nombreux investissements à faire. Il faut éviter de confiner les pauvres dans des ghettos, éviter de construire des murs de condos, il faut éliminer les nombreux stationnements à ciel ouvert qui salissent le tissu urbain, augmenter les espaces publics accessibles aux enfants, s’attaquer aux propriétaires négligents, etc. La ville doit également endosser des projets « structurants », qui construisent vraiment la ville de demain comme la valorisation du Ruisseau de la Brasserie par la création de l’Espace Dallaire, l’Épicerie de l’île de Hull, la cité universitaire de l’UQO ou même l’accès aux Chutes Chaudières.
La volonté de multiplier les projets de construction de maisons unifamiliales n’est qu’une autre manifestation de la mentalité qui veut que Gatineau soit la ville dortoir d’Ottawa. C’est une erreur. Depuis vingt ans, Gatineau n’a plus peur de se donner ses propres institutions et elle doit maintenant se donner un développement urbain qui corresponde à ses propres intérêts. Le défi est de taille et il faudra beaucoup de vision pour le relever. Mais nulle part dans cette vision ne retrouve-t-on ce que Brigil Construction propose.
À la semaine prochaine.