Absence de démocratie
On rapporte que certains quartiers de Gatineau ont trop d’électeurs et d’autres pas assez. La commission électorale étudiera cela et nous aurons certainement des occasions de nous chicaner sur ce sujet. Mais ce n’est pas ce déficit démocratique qui nous menace, c’est l’autre : l’absence quasi totale de démocratie à l’intérieur des quartiers.
Le conseil parle des grands dossiers de Gatineau, mais quand vient le temps d’aborder des dossiers locaux, tout se règle entre l’élu concerné, la fonction publique et, parfois, le maire. Certaines associations de quartier jouent un rôle qui se rapproche d’une vie politique de quartier, mais c’est l’exception. Dans le meilleur des cas, des débats locaux ont lieu dans les caucus de Hull, Gatineau ou Aylmer, qui se réunissent pour parler de certains sujets qui concernent tout le secteur… mais le caucus ne se mêlera pas non plus de dossiers de quartier : c’est « pas touche », chasse gardée. Résultat : l’immense majorité des dossiers ne se rendent jamais sur la place publique, les discussions sur l’avenir du quartier ont lieu entre le conseiller et ses proches, et la décision du conseiller concerné est sans appel. J’exagère? Je ne crois pas. Pourtant il serait possible de faire autrement.
Prenons l’exemple de la ville de Québec. On y trouve des conseils de quartiers formés de citoyens élus tous les deux ans lors d’une assemblée publique. La ou le conseiller municipal siège au conseil de quartier, mais sans droit de vote. Les réunions sont toujours publiques et des fonctionnaires y assistent en fonction des dossiers qui y sont traités. La création d’un conseil est facultative, elle dépend de la volonté de chaque quartier, mais ceux qui sont créés sont aussitôt reconnus par la ville. Leur rôle est de tenir des consultations publiques, d’encourager la collaboration entre les acteurs du quartier et de mobiliser les gens à travers diverses actions locales. Les conseils ne sont pas décisionnels et n’ont pas de fonctionnaires attitrés ; il ne faut pas créer un mini conseil municipal. Toutefois, chaque conseil est un « passage obligé » pour la ville dans toutes les consultations, grandes ou petites. Le conseil devient donc le lieu privilégié pour échanger sur l’avenir du quartier, pour influencer le conseiller, pour susciter l’engagement des citoyens dans la vie de quartier. Les conseils ont aussi l’avantage d’ouvrir les débats à un auditoire plus large. Le fait de limiter la participation démocratique des citoyens au simple rôle d’électeur est aussi réducteur que de nous confiner au rôle de « payeur de taxe ». La ville de Gatineau regorge d’organismes et de citoyens qui s’engagent dans leur milieu, et leurs efforts individuels et collectifs pourraient enrichir encore plus le débat sur le développement des quartiers.
Il y a d’autres modèles que celui de Québec, mais peu importe la formule qui serait privilégiée, il est essentiel de redonner de la place aux citoyens. Ils doivent pouvoir définir eux-mêmes l’avenir de leur quartier, ce qui n’est absolument pas le cas aujourd’hui. Et ça, c’est plus grave que d’avoir des quartiers plus gros que d’autres.
À la semaine prochaine.
Bien d'accord !
Eric BolducArticle mis en ligne le 18 juin 2007
J'aimes bien l'idée de conseil de quartier comme la ville de Québec utilise. La participation citoyenne devient essentielle mais malheureusement dans notre immense ville, le taux de participation ne serait guère reluisant. J'essais de faire ma part mais ce n'est pas toujours évident de joindre travail, famille et activitée municipale...