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Où en est le cinéma québécois?

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 6 juillet 2007 à 15:47
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Où en est le cinéma québécois?
Les Invasions Barbares est l'exemple parfait que le cinéma québécois peut devenir un acquis considérable pour la majorité des amateurs.
Où en est le cinéma québécois?
Quand quelqu'un ou quelque chose est rendu au sommet, l'examen du nombril dans le miroir est essentiel. Le cinéma québécois est déjà arrivé à une étape cruciale de son développement: de parents pauvres du 7e art nord-américain, les créateurs de la province ont le vent dans la grande voile.
L'heure est venue de pousser ce voilier vers l'horizon pour qu'il ne souffre plus d'un manque de solidité… de financement. Cependant, ne nous énervons pas le poil du dos trop vite. (Au fait, vous saviez que le poil dans le dos n'est pas un aphrodisiaque auprès des femmes?)

Notre cinéma est présentement en train de finir de manger ses croûtes, des dizaines de films et de millions plus tard. Nous nous extasions encore devant une bobine estampillée «Made in Québec» parce que nous n'arrivons pas complètement à croire que nos frères et sœurs du domaine artistique peuvent arriver à la cheville des Ricains ou des Italiens. Eh oui, nous découvrons notre sexualité comme des ados pré-pubères. Ce qui, n'en doutons pas, est très utile. Et jouissif.

Prenons la sortie archi médiatisée (j'en fais partie) de Nitro. Certes, le nitro, il est davantage sur la place publique depuis des mois que dans le film, où on entrevoit cinq-six bombonnes de ce précieux gaz.

Tout le monde capote, tout le monde veut assister à cette dégringolade d'adrénaline, tout le monde veut vérifier si le film est l'égal de la bande-annonce. Vous en êtes les juges, les critiques sont assez critiqués comme ça, merci.

Ce qui est fascinant est cette ambiance de frivolité qui plane autour de chaque sortie d'un film québécois. Surtout quand Lucie Laurier est en tête de peloton et que les commentaires des acteurs dans 456 789 médias sont 100% positifs (qui se tirerait dans le pied de toute façon, on aime les gagnants et les trucs qui déclenchent pas de polémique…).

Cette atmosphère de (re)découverte, ce partage de richesses communes qui impressionne de par son caractère ambigu, à cheval entre les multiples influences qui ont façonné notre visage cinématographique. Oui, mes chers amis, c'est pas rien. La larve se transforme de plus en plus en papillon, Gilles Carle voit enfin la concrétisation de tant d'efforts déployés: le cinéma québécois n'a rien à envier à personne.

Et pour que ça continue, il faut y croire. Il est évident que le choc est passé, nul n'est besoin de s'extasier devant une nouvelle affiche ou de faire une face de carême en disant «Ah non, pas encore un long-métrage québécois?!». Non, le pharmacien que j'improvise ici vous suggère une réaction plus «mitigée»: pas trop excité, pas trop blasé. Consommez du cinéma québécois avec un esprit ouvert, un air stoïque prêt à tout! Car il a accosté à bon port notre cinéma, pas besoin de lui lancer des confettis à outrance, laissons-le s'émanciper, vivre.

Mais allons-y lentement. Certains amateurs sont mordus, d'autres en sont à leur toute première pellicule québécoise avec Nitro. Vous souriez? Ça se peut. J'aimerais tant être Dieu parfois pour sonder les caboches de mes fidèles et vérifier de croustillantes infos, dont la filmographie de tous et chacun…

Mettez-vous dans la peau du gars qui déteste le 7e art et qui est bouche bée en voyant des cascades de char dans un film de chez nous, tournées dans un rang à 600 km de Mourial.

Mieux encore, il voit des seins! Le pauvre, il vient d'être parachuté en plein royaume des poitrines en ne sachant pas qu'il y en a dans tous les films québécois depuis trois ans…

Vous savez pourquoi on entend parler que de ça, le cinéma québécois? Non seulement le Québec produit-il moins de dix films par année, contrairement à une centaine aux States, mais la province est petite malgré son immensité. George Tremblay pète à Quyon et son beau-frère fatiguant l'entend à Matane, alors imaginez… C'est beau la proximité, non? En plus, on est mémère au Québec, c'est François Massicotte qui le dit… Moi je pense qu'on est plutôt pépère, mais qui se soucie de mon avis de «pas François Massicotte», hein?

Quand les gens seront habitués à leur reflet (ce qui veut dire qu'il n'y aura plus de préjugés envers le matériel local et qu'on osera manger de la bouffe du terroir), le cinéma québécois sera comme le dentifrice: il sera apprécié de tous, sans distinction, et rafraîchira les bouches les plus sales.

Ce jour-là, les sorties médiatiques seront moins lourdes, moins «monopolisantes», plus naturelles… Et les recettes seront probablement meilleures, sans pour autant que les budgets soient aussi faramineux et inutiles que nos voisins d'en dessous (et non «Danthsu») sur la carte. Ça va déjà bien, songez à ce que la croissance complète fera sur notre industrie artistique…

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