La révolution oubliée
Le festival des montgolfières aura 20 ans dans moins d’un mois. De par son ampleur, il est devenu un des symboles de la région. Il fait partie des quelques événements qui ont été à la source d’une extraordinaire révolution que nous ne célébrons pas assez. Je parle évidemment de la révolution que l’Outaouais a vécue depuis quinze ans dans le domaine du tourisme et de la culture. Je n’exagère pas. Il s’agit vraiment d’une révolution.
Avant 1990, la vie culturelle des gens de l’Outaouais avait lieu, dans une très large mesure, chez nos voisins d’Ottawa. Mais les choses avaient commencé à bouger. Le Festival des montgolfières fêtait son deuxième anniversaire, Buckingham en fête prenait son envol et le Musée des civilisations venait d’être inauguré.
Dans les quinze années qui suivirent, notre rattrapage fut extraordinaire dans tous les domaines des arts. Au risque d’en oublier, en voici un échantillon important : le Cinéma 9, le complexe Star Cité, la maison d’édition les Écrits des Hautes-Terres (1991), la Maison de la culture (1992), le Parc Oméga (1992), le petit train de Wakefield (1992), la Société d’histoire de l’Outaouais (1992), le Centre d’interprétation de l’historique de la protection de la forêt contre le feu de Maniwaki (1992), Musiqu’en août (1993), les Éditions Vents d’Ouest (1993), la Société d’histoire de Buckingham (1993), le festival country de Gatineau (1993), le Centre d’interprétation du patrimoine de Plaisance (1994), Fleurs de macadam (1996), le Rendez-vous des saveurs (1996), les Culturiades (1997), le festival de musique sacrée (1998), le festival du film (1998), le Rendez-vous international de la bande-dessinée de Gatineau (2000), Merveilles de sables (2000), le Théâtre du casino (2001), L’Espace Pierre-Debain (2002), La Basoche (2002), les expositions des métiers d’art au Centre du Vieux-Aylmer (2002), le Grand rire (2003), les anecdotiers (2004) et la Maison des auteurs (2006).
Culturellement parlant, l’Outaouais est passé en quinze ans d’une région sous le seuil de la pauvreté à une région qui fait l’envie de bien d’autres. Et elle est bien terminée, l’époque où les gens de l’Outaouais envahissaient le Festival franco-ontarien pour la fête nationale du Québec: c’est au tour de nos fêtes de Hull et de Aylmer d’attirer nos voisins. À eux seuls, le Théâtre du casino et la Maison de la culture représentent aujourd’hui 265 000 billets vendus par année et les salles municipales rejoignent 100 000 personnes par année (et les artistes locaux occupent le tiers de leur programmation!). Alors qu’il y a 15 ans nous dépendions d’Ottawa, notre offre culturelle en français dépasse maintenant largement celle de la capitale fédérale.
Les responsables de cette révolution sont nombreux, mais les anciennes villes de Hull et de Gatineau ont été au coeur du mouvement. En adoptant une politique culturelle que bien des villes imitent maintenant, la nouvelle ville de Gatineau a pris la relève. C’est notamment grâce à cette politique que l’art urbain commence à faire son entrée dans nos rues. En 2007, bon nombre de projets sont encore sur la table, notamment le lancement de l’orchestre symphonique de Gatineau, de la consolidation du réseau de bibliothèque, la création d’un pôle de l’image et, peut-être les plus importants, le projet de quartier culturel dans le secteur du ruisseau de la Brasserie et la mise en valeur des chutes Chaudières.
Certains trouveront cette analyse un peu trop positive, car il reste un long chemin à parcourir: les projets sur la table rencontrent beaucoup de résistance, la culture obtient toujours trop peu de place dans nos médias, trop peu de gens reconnaissent qu’elle est une industrie extrêmement rentable pour nos villes et plusieurs personnes continuent d’opposer culture et nids de poule. Oui, nous avons des défis à relever, mais il est nécessaire, de temps à autre, de s’arrêter pour souligner nos succès. Le 20e anniversaire du festival des montgolfières est une belle occasion de le faire.