Les cyanobactéries, un mal en expansion
Actuellement, il y aurait près de 85 lacs et rivières du Québec contaminés par les cyanobactéries, les fameuses algues bleues. Plutôt inquiétant puisque nous ne sommes qu’au milieu de la saison estivale. Une détérioration beaucoup plus marquée risque d’assombrir la saison estivale des Québécois.
En 2006, les cyanobactéries avaient fait un ravage sur tout le territoire québécois. Près de 102 plans d’eau ont été infestés par ces envahisseurs. D’après les experts, l’été 2007 pourrait bien connaître son pire pointage en matière de contamination. Du moins, c’est très bien entamé!
Apparues environ 3,8 millions d’années plus tôt, les cyanobactéries sont à l’origine de l’expansion de la vie sur terre. Elles se situent à la base de la chaîne alimentaire. Leur production de photosynthèse comme la plupart des végétaux transforme la lumière en oxygène. Présente dans tous les lacs du Québec en petite quantité, elle n’occasionne généralement aucun problème. Cependant, lorsqu’elle se répand de façon excessive, elle devient une menace pour l’homme et pour les animaux qui les consomment ou les touchent de façon abusive à leur propre insu. En fait, c’est la sécrétion de toxines qui peuvent affecter parfois mortellement les êtres vivants qui côtoient les plans d’eau affectés.
Les cyanobactéries sont présentes dans les cours d’eau peu profond, tièdes où l’eau ne bouge pratiquement pas. Plusieurs causes conduisent à leur prolifération, mais la cause principale est encore une fois la présence humaine. L’érosion des sols, le déboisement des bandes riveraines, les eaux usées, les fosses sceptiques, les rejets industriels et l’utilisation de fertilisants en bordure des lacs et des rivières contribuent à la prolifération de ses bactéries hautement toxiques. Les cours d’eau deviennent vite impropres à la consommation et à la baignade sous peine de tomber gravement malade. Très nocives pour la santé, les algues bleues peuvent s'attaquer au foie, au système nerveux ou pulmonaire. De plus, ces bactéries peuvent causer des irritations et des intoxications.
En période de canicule, les cyanobactéries se propagent beaucoup plus vite que normalement. La chaleur accélère le cycle de vie de l'algue qui produit des toxines à sa mort. Plus il fait chaud, plus la période de contamination est longue.
La négligence humaine
L’omniprésence de chalet en bordure des lacs et des rivières nuit et détériore considérablement l’environnement naturel des cours d’eau. La présence humaine a encouragé et précipité le déboisement massif des berges. Le manque d’arbres ne permet plus à l’excédent de phosphate de s’éliminer sous leur action purificatrice.
Outre le fait d’enlever des arbres sur les bandes riveraines, les fosses sceptiques creusées pour les chalets souvent ouverts à l’année rejettent souvent, par désuétude ou défectuosité, une partie des résidus directement dans l’eau. De plus, de manière totalement consciente, certains propriétaires laissent aller leurs rejets dans l’eau pour éviter de payer les frais pour faire vider leur fosse sceptique. Ainsi, pour une économie polluante d’argent, toute la population doit en subir les conséquences. Les municipalités sont beaucoup trop permissives face à ces individus.
Malgré le fait que le problème se situe davantage dans les régions de la Montérégie, de l’Estrie et des Laurentides, l’Outaouais n’échappe pas à ce désastre environnemental avec la contamination des lacs Meech et Edja. Alors pour ceux qui voudraient s’asseoir sur leurs lauriers en et faire la sourde oreille, l’heure ne s’y prête pas puisqu’il est urgent d’agir. La santé de la population et de l’environnement est en jeu puisque les cyanobactéries sont bel et bien un fléau d’ordre provincial et non un simple phénomène isolé.
Sachant que c'est le phosphate contenu dans les savons de lavage, dans les engrais et dans plusieurs déchets agricoles qui nourrissent les algues bleues, le gouvernement provincial se doit d’agir conjointement avec les municipalités pour résoudre le problème.
Le gouvernement Charest et son plan d’action
Pendant que les propriétaires de chalet se vendent leur chalet, le gouvernement provincial, de son côté, offre une enveloppe budgétaire de 12 millions $ pour régler le problème de la propagation des algues bleues dans les lacs et rivières du Québec tout en ne contraignant aucunement les industries, les agriculteurs ou les riverains par une réglementation plus sévère.
La responsabilisation des citoyens et des entreprises relève ainsi de leur simple bonne volonté. Cependant, il ne faut pas fabuler, car un changement de mentalité demande beaucoup de temps et considérant que les cyanobactéries prennent une dizaine d’années avant de disparaître une fois qu’elles ne sont plus nourries, il faut s’en préoccuper et agir dès maintenant.
Encore une fois, malheureusement, le gouvernement fait fit de ses responsabilités en matière d’environnement. Faute de donner l’exemple en mettant sur pied un programme clair et précis de lutte contre les algues bleues, la ministre québécoise du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp préfère se dire que la situation n’est pas encore d’une gravité extrême, car le « problème est circonscrit ».
De bonnes intentions certes, mais il faut beaucoup plus pour arrêter cette bactérie. Il faut passer à l’action en légiférant sur les fosses sceptiques, les bandes riveraines, les bateaux à moteur et les agriculteurs qui rejettent une quantité énorme de phosphate et d’azote. Pourquoi attendre une détérioration de notre environnement naturel pour prendre des initiatives pour la préservation de nos cours d’eau? À l’ère des changements climatiques, l’eau est une richesse en voie de disparition donc protégeons-la!