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La maison de paille, un retour à la terre

Karine Régimbald par Karine Régimbald
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Article mis en ligne le 7 septembre 2007 à 10:00
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La maison de paille, un retour à la terre
Conscientisation, responsabilisation et participation citoyenne sont tous des principes qui ont inspiré Julie Gravelle et Jean Tourangeau à construire leur maison faite de ballots de paille. Leur démarche s’inscrit totalement dans l’effort global mené pour contrer la crise environnementale actuelle.
Eau, sable, argile et paille, voilà la composition des murs de leur demeure. Ce crépi solide, apposé manuellement, confère à la maison de paille un esthétisme original aux propriétés isolantes et tout aussi confortable qu’une maison traditionnelle à l’exception près que les matériaux utilisés sont entièrement écologiques et naturels.

Tout cet édifice a commencé lorsque le couple a vu un reportage qui stipulait que 80% des déchets provenaient de la construction des maisons. Ce pourcentage alarmant a motivé les futurs propriétaires à trouver une façon de se bâtir en respectant l’environnement. «À partir de ce moment, nous nous sommes dits que nous voulions construire quelque chose qui durera au moins 100 ans sans polluer autant», avance une des deux propriétaires Julie Gravelle.

Après des mois de recherche sur les habitations écologiques, la maison de paille revenait sans cesse en tête de liste. Ainsi, les deux aventuriers, puisqu’il faut l’être un peu, se sont lancés corps et âme dans ce projet d’envergure. Un projet qui devrait leur prendre environ cinq années.

Profitant des propriétés argileuses de la région de l’Outaouais, M. Tourangeau et Mme Gravelle ont plongé les mains dans le sol de leur propriété pour extraire l’argile bleue nécessaire pour souder les matériaux des murs à la structure de bois.

Les maisons semblables sont souvent construites selon une architecture originale. Mais Mme Gravelle et M. Tourangeau ont plutôt choisi une forme rectangulaire. Il conserve cependant les charmantes imperfections issues de la méthode et des matériaux utilisés «Ce n’est pas tout le monde qui aime ça parce qu’il n’y a pas un mur de droit. Ce n’est pas des angles droits, c’est des angles un peu arrondis. Il ne faut pas être allergique à ça».

Cette maison écologique est aussi isolante qu’une maison traditionnelle. Chaque brin de paille est en fait un tube rempli d’air qui assure l’isolation de la demeure. Ajoutée à l’argile et à la chaux, elle fournit une bonne circulation d’air qui permet de maintenir la température à haut ou à bas niveau selon les besoins saisonniers.

De plus, contrairement à ce que de nombreuses personnes peuvent penser, la maison de paille est très résistante au feu. Encore méconnue des assureurs, elle soulève des questions et des doutes quant à sa réelle protection contre les incendies. Faite de ballots de paille compressée et recouverte de crépi, elle peut résister aux flammes et à la chaleur allant jusqu’à 1000 degrés Celsius pendant plusieurs heures.

La composition écologique des murs n’est pas tout. Mme Gravelle et M. Tourangeau envisagent aussi de poser une couverture végétale sur la moitié de la toiture pour contrer les gaz à effet de serre. L’autre moitié est faite de plaquettes de bois de mélèze. À cela, s’ajoute un poêle de masse à l’intérieur qui est très peu polluant. De plus, ils ont déniché de multiples objets pour les récupérer, les transformer et les réutiliser pour créer un décor charmant et accueillant aux couleurs de la terre.
Un travail exigeant, mais…
Assurément, c’est un travail de longue haleine, mais qui en vaut la chandelle selon Mme Gravelle. «C’est très exigent psychologiquement et physiquement. Il faut une dose de courage, une dose de folie et une dose de volonté», ajoute Mme Gravelle en riant.

Toujours en fonction dans leur emploi respectif, le couple travaille les soirs et les fins de semaine sur leur maison avec une motivation évidente. N’ayant aucune formation dans ce type de construction, ils ont appris chaque étape en consultant des propriétaires d’habitations similaires et en suivant des formations chez Archibio, un organisme spécialisé qui a pour mission la promotion de la maison écologique viable qui favorise la conservation de l’environnement.

Tout comme le groupe Archibio, le couple espère grandement, avec leur projet, inciter les gens à se bâtir une maison suivant des principes respectueux de la nature et de ses bienfaits.« Oui, nous sommes une goutte d’eau dans l’océan, mais les gens vont venir ici et vont repartir peut-être avec l’idée d’en construire une à leur tour. Ça fait la promotion de la maison de paille », mentionne la propriétaire.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la maison de paille n’est pas un phénomène nouveau, selon Mme Gravelle, puisque jadis les habitations étaient souvent construites avec ce matériau. «On revient à nos origines, à la terre», explique Mme Gravelle. «L’idée est de prendre contact avec la maison, de l’inspecter à chaque année et de la réparer si nécessaire», ajoute-t-elle. «Nous sommes des autoconstructeurs.»

En tout, une trentaine de bénévoles, des gens soucieux de l’environnement, des curieux et des amis, sont venus mettre les mains au crépi pour aider le couple dans la construction. «Nous sommes chanceux, car nous avons un beau réseau d’amis. Sans amis, tu ne peux pas te construire», affirme Mme Gravelle avec conviction.

En signe de leur passage et de leur soutien, des empreintes de doigts sont incrustées dans les facettes des murs où la dernière couche d’argile n’a pas encore été posée.

Karine Régimbald

Enviro Éduc-Action

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