Pierre-François Legendre et Rémy Girard en pleine rencontre «beau-père-gendre»… (Photo: Daniel Choinière)
Le Bluff ne fonctionne pas fort fort…
Les jeunes réalisateurs et scénaristes Pierre Olivier Fecteau et Marc-André Lavoie ont été victimes eux-mêmes d’une frime avec leur film Bluff: ils semblent avoir manqué de pellicule, car ils nous laissent tant sur notre faim, qu’on agonise de déception.
Ils jettent pourtant bien les bases de leur comédie noire aux allures de thriller, filmée comme un petit court-métrage d’auteur. Ils nous présentent les cinq derniers locataires d’un appart montréalais, des couples, des célibataires, appart qui sera bientôt démoli. Or, une curieuse découverte sous le plancher retardera le boulot. Qu’est-ce donc? On devra suivre le parcours de ces locataires, tous plus bizarres les uns que les autres, qui nous mèneront peut-être sur une piste…
Ouais, peut-être. Car le véritable enjeu de ce film basé sur les mensonges et les pelleteurs de nuages (Bluff, vous saisissez?) est d’aligner des paumés qui vivent des histoires abracadabrantes. Et ces égarés sont endossé par tout un attirail de vedettes, telles que Rémy Girard (en faux champion de boxe vieillissant), Alexis Martin (en fils de peintre mauvais), Julie Perreault (en blonde inséminée), Raymond Bouchard (en proprio cachottier) et Marc Messier (en cambrioleur-fraudeur).
Difficile de savoir où voulaient nous amener Fecteau et Lavoie avec une brochette ainsi garnie. On dirait qu’ils voulaient dresser un de ces scénarios où tous les personnages s’entrecroisent, tout en incorporant un mystère à la «cherchez l’indice». On croit aux deux jusqu’au milieu, mais l’intérêt décroît avec l’usage. Et meurt subitement à la tombée du rideau… Comme un vieux film de Robert Altman qui aurait manqué d’osier.
Les bons coups
Les qualités de ce film sont à l’image de ses défauts: évidents. Ça saute aux yeux qu’une distribution composée d’une quinzaine de pointures du cinéma québécois nous fera passer un bon moment. Et c’est le cas, chaque comédien et comédienne interprète son rôle correctement. Pas avec passion, pas avec brio, le strict nécessaire. Et compte tenu du résultat, c’est bien en masse.
La caméra. Superbe et rafraîchissante. Les plans et les images sont tantôt expérimentaux, tantôt tout ce qu’il y a de normal avec cette petite touche amateur qui parvient, au final, à nous graver de bons souvenirs dans la tête.
Pour le reste, le scénario a des trous, que voulez-vous. Ajoutez quinze minutes à cette pellicule et on aurait pu envisager une quelconque réussite. Pas là.
L’essence a manqué et notre relève sous-alimentée devra marcher jusqu’à la station la plus près en espérant qu’il reste du super sans plomb. Car le talent est là, gros comme le nez dans le visage.