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Un pique-nique difficile à digérer

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 26 septembre 2007 à 20:00
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Un pique-nique difficile à digérer
Henri Chassé et Dominique Leduc réussiront-ils à passer à travers cette brûlante journée à la campagne? (Photo: Rolline Laporte)
Un pique-nique difficile à digérer
Avec Août – Un repas à la campagne, on retrouve tous les ingrédients qui font de Jean-Marc Dalpé un auteur apprécié: la langue simple et incisive, une observation aiguë de la vie sans jugement facile, des personnages emprisonnés dans leur charpente…
Une distribution éclatante de quatre générations d'acteurs composée de Janine Sutto, Sophie Clément, Catherine de Léan, Dominique Leduc, Marie Tifo, Henri Chassé, Jacques L'Heureux et Pierre Collin se retrouve en pleine canicule dans un décor campagnard, à la maison familiale. La sœur de l'aîné vient présenter son nouveau mari, alors que des tensions subsistent depuis des décennies au sein de la famille et que la modernité n'est pas bien accueillie par tous.

Dalpé a réuni tous les clichés qu'on adore tant mâchouiller: des individus vieillissants qui chient dans leur froc en voyant un clavier d'ordinateur, des amoureux qui ne sont plus échaudés à cause de leur mutisme, des jeunesses non écoutées, des jeunes «Liberté 55» qui pètent le feu…

«Il y a un malaise, ce sont des personnes qui ne fitent pas ensemble pantoute. C'est comme un gros nuage qui passe au-dessus d'un endroit où il est supposé avoir une fête et tout éclate. Y'a plein de bibittes pas réglées. Comme on dit en anglais, the shit hit the fan!», lance à la blague le comédien Henri Chassé, qui incarne l'homme à tout faire Gabriel. Il vit avec sa femme sur la ferme de ses beaux-parents, une érablière en décrépitude. «C'est une promiscuité étrange, ils sont comme coincés là. C'est symbolique», précise Henri Chassé. D'ailleurs, les métaphores sont nombreuses, Dalpé a emprunté divers procédés théâtraux à Tchekhov, tels que l'ironie, les situations corsées et le recours au temps réel. Question d'alourdir le climat déjà bouillant…
Du silence et un repli
Pas de dialogues, de communication, le bateau dérive. Ce que Henri Chassé adore de ce texte mis en scène par Fernand Rainville, est que les personnages dorment au gaz, balaient la poussière sous le tapis. Leurs dissensions amusent et dérangent, de sorte qu'ils sont constamment sous la loupe et la coupe du public, qui s'identifie à ces stéréotypes sur deux pattes.
Le comédien voit ce drame comme un reflet de la société québécoise, un questionnement constant sur ce qu'on devrait faire de notre patrimoine (transformer une ferme en condos?), sur la place qu'on laisse aux autres, sur l'ouverture face aux jeunes beaucoup plus «rapides» que leurs parents. «C'est la fin d'un monde, ils ne sont pas capables de se moderniser. C'est le portrait d'une société repliée sur elle-même, ses problèmes et son passé, qui est forcée par les événements. Mais bon, on peut voir ça sous plusieurs angles…», lance Henri Chassé.

Une des scènes les plus frappantes qui traduit bien cela est celle où la mère et la fille se chamaillent au sujet du choix de la nappe. Deux chiennes de faïence qui tirent sur leur bord de couverte, de toute beauté!
Une grande famille
Ce qui aurait pu devenir une bataille de générations s'est transformé en un terrain de jeu pour les acteurs. «Quand on a répété à La Licorne, on avait juste une loge, alors on était comme une jeune troupe, souligne Henri Chassé. À l'époque, Catherine de Léan en était à première production; elle s'est retrouvée là, intimidée, mais ça a disparu rapidement.»
Cette «coopérative intergénérationnelle» a entraîné une belle magie sur scène, croit Henri Chassé. «Au niveau des personnages, c'est formidablement riche quand on joue. Il n'y a pas de hiérarchie, personne de prétentieux…»
«Août – Un repas à la campagne», une mise en scène de Fernand Rainville, ouvre la saison du Théâtre Français du CNA du 3 au 6 août, au Studio, à 20h. Billets: 613 755-1111.

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