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Le Québec passé à la gratte par Jean-Marc Dalpé

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 3 octobre 2007 à 22:26
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Le Québec passé à la gratte par Jean-Marc Dalpé
Jacques L'Heureux et Marie Tifo sont hilarants dans leur rôle de "tourtereaux tardifs"... (Photo: Yanick Macdonald)
Le Québec passé à la gratte par Jean-Marc Dalpé
S’il avait pu nous martyriser un peu plus avec Août – Un repas à la campagne, osons espérer qu’il l’aurait fait. À la réflexion, Dalpé s’est trop retenu, car les huit personnages qu’il nous envoie au visage dans cette salve meurtrière et comique auraient pu être des vrais clichés de téléroman s’il avait poussé le drame dans les bas-fonds.
Josée (Catherine De Léan), l’ado prometteuse que personne n’écoute, Louise et Gabriel (Dominique Leduc et Henri Chassé), un couple dans la quarantaine rongé par un cancer indestructible, Monique et André (Marie Tifo et Jacques L’Heureux), deux tourtereaux dans la cinquantaine qui désirent reconstruire leur puzzle de vie, Jeanne et Simon (Sophie Clément et Pierre Collin), deux sexagénaires enracinés dans leur terre pourrie, et Paulette (Janine Sutto), l’aînée qui profite de la belle température, des œufs du poulailler et… des obstinations des plus jeunes! Le podium et les lauriers sont également partagés parmi cette distribution de talent, qui rejoint tous les publics.

Toute la famille est réunie à la brinquebalante maison de campagne pour un repas champêtre afin de célébrer le mariage de Monique et André. Si le soleil est au rendez-vous, les nuages noirs n’ont pas digéré de ne pas avoir été invités; ils viendront gâcher la sauce et, lorsque l’orage aura passé, le mélange goûtera le brûlé, pas la crème champêtre…

Dalpé nous offre un autre texte où l’économie de mots provoque une inflation de couteaux. Les scènes sont lentes, incisives, abrutissantes, choquantes, absurdes… Et il saupoudre comme un chef la descente de ses pantins avec un humour décapant, où les répliques sont franches et translucides. Appuyé par une mise en scène précise et divertissante de Fernand Rainville, le Théâtre de La Manufacture signe une belle réussite.

Oui, on comprend la détresse des quatre tranches d’âge avant même qu’ils aient ouvert leurs portes de grange, on devine qu’une sourde maladie mate cette famille désordonnée, on les plaint et on s’en fait des cobayes. Des spécimens d’un Québec fourbu qui coule, qui périt en même temps que le cycle des saisons se dérègle, au fur à mesure que les générations s’éloignent et creusent leur tombe.

Il y a peu d’auteurs qui scrutent aussi bien les ratés d’une société du terroir comme la nôtre. Il y a eu Le Chien, maintenant Août – Un repas à la campagne, deux œuvres percutantes de Dalpé, qui nous ramènent au box des irréfléchis. Et à un rythme des plus essoufflant à part ça; l’heure et demie jouée en temps réel défile comme une source.

Courons-nous à notre perte, est-on emprisonné dans nos mentalités, stationnés pour la vie, sommes-nous aussi pressé d’empoigner nos valises dès que notre cœur attrape le hoquet, aime-t-on jouer les sourds et aveugles quand la modernité nous happe de plein fouet? Tant de questions qui pendent comme des épées au-dessus de nos têtes et qui, grâce au théâtre, sont véhiculées de brillante et éclatante façon.
À voir jusqu’à dimanche, 20h, au Studio du CNA.

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