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Paul Arcand nous parle des motifs qui l'ont poussé à se lancer dans ce documentaire.
Les prescriptions de Paul Arcand
«Ce qui m'a fait rire, c'est ce que le président du Collège des médecins du Québec, le Dr Yves Lamontagne, m'a dit après vu le film. Il m'a dit: 'Ouais, mais ça apporte pas de solution ce film-là!' J'espère que ça en apporte pas, c'est pas à moi à faire ça!»
Paul Arcand a une fois de plus avec Québec sur ordonnance tapé sur le bottin des Québécois. Après avoir scruté le domaine des parents violents et ébranlé une structure d'aide aux enfants déficiente dans Les voleurs d'enfance, il a passé un an et demi à sillonner la province à la recherche de patients, de docteurs, de politiciens capables de répondre à une question: «Pourquoi chaque Québécois gobe-t-il en moyenne 750 pilules par année?»
«Je ne cherchais pas à prouver quelque chose, je voulais montrer une réalité. Je l'invente pas, tranche-t-il.» La productrice Denise Robert a encore fait équipe avec l'animateur et journaliste en lui laissant carte blanche pour ses exhaustives recherches. Le résultat est un condensé de 90 minutes, qui aurait pu durer bien plus longtemps pour éclairer davantage de pistes, qui expose les principaux problèmes de l'«industrie de la pilule» québécoise.
Comment se fait-il qu'on parle encore de copinage entre médecins et représentants en 2007? Les pros de la santé sont-ils trop embourbés pour éviter les pièges des compagnies pharmaceutiques ultra-renseignées sur leurs habitudes de pratique? Les patients sont-ils bien encadrés par leur docteur? Pourquoi certains individus dépensent-ils 12 000$ en médicaments par année? Pourquoi des jeunes de 8 ans se font-ils prescrire des antidépresseurs? Comment est-il possible qu'on puisse se procurer des médicaments si facilement?
Paul Arcand est passé d'étonnement en étonnement lors de ce tournage. «Quand on a envoyé deux ados en pharmacie pour acheter des médicaments, on pensait que ça prendrait l'après-midi, qu'on devrait faire dix pharmacies. On s'attendait à un bilan de trois ou quatre pharmacies sur dix. Mais non, ça a été trois sur trois. Au bout de quinze minutes, ils ont réussi à acheter pour 400$ de médicaments, comme du Sudafed et du Claritin», raconte le scénariste et réalisateur. Ce qui est traumatisant dans cette histoire est que ces pilules contiennent des ingrédients servant aux «chimistes» de bas étage qui «gèlent» leurs acheteurs…
Autre anecdote: une de ses collaboratrices a obtenu une prescription d'antidépresseur et un échantillon en allant consulter un médecin. On voit très bien sur la caméra cachée que la «malade imaginaire» a berné complètement le médecin, qui semblait «pressé» de barbouiller sa feuille en feignant d'être entourloupé par la comédienne!
Paul Arcand a été estomaqué de voir avec quelle facilité on peut se procurer des médicaments, dans la rue ou chez le docteur, ce qui les rend presque «acquis» par la population. Le témoignage d'une infirmière originaire d'Amérique du Sud, qui s'occupe de la distribution des médicaments dans une résidence, est assez éloquent à ce sujet: elle trouve que les Québécois sont de très grands consommateurs de pilules.
«Je vois le médicament comme la réponse chimique à une situation de santé qui ne peut pas être réglée autrement. Mais pour les problèmes de comportement, est-ce que c'est ça que ça prend?»
Écoutez Paul Arcand sur Info07.com dans la section Arts et Spectacles.