Othello «version noire 2007» au CNA
Denis Marleau ne partira pas de son poste de directeur artistique du Théâtre du CNA sans laisser de profonds sillons. Pour un de ses derniers tours de piste, il a réuni une éclatante distribution pour redonner une couche de peinture au classique shakespearien Othello.
Pourquoi «version noire»? Le Othello de l'auteur-traducteur Normand Chaurette et de Denis Marleau est une armoire à glace antillaise du nom de Ruddy Sylaire (qui a joué la saison dernière à Ottawa dans
Nous étions assis sur le Rivage du monde). Sylaire sera flanqué de neuf autres comédiens et comédiennes, dont le versatile Pierre Lebeau, qui endossera le vil costume d'Iago. Le reste de ce train aux riches wagons est composé d'Éliane Préfontaine (Desdémone), Christiane Pasquier (Émilia), Denis Gravereaux (Brabantio), Bruno Marcil (Roderigo), Vincent-Guillaume Otis (Cassio), Jean-François Blanchard (Doge de Venise) et d'Annik Hamel (Bianca).
Alors, pour ceux ou celles qui ne connaissent pas l'immortel, ou ceux et celles qui aimeraient avoir les neurones rafraîchies, Othello, le brave dirigeant de l'armée de Venise, «est un homme qui croit, qui considère que si quelqu'un a l'air honnête, il est honnête», explique l'adjoint au directeur artistique, Paul Lefebvre. «Et il se fait détruire par quelqu'un (Iago) qui sait que pour se débrouiller dans la vie, il faut savoir, pas croire.»
Ainsi, le sous-officier d'Othello lui fera croire que Desdémone le trompe. Dès que ce poison est inoculé, une contamination s'opère dans le cœur de tous les personnages. Ajoutées à cela, ces superbes réparties tragi-comiques de Shakespeare, qui, travaillées avec rigueur par Denis Marleau et ses protégé(es), deviennent des occasions pour les personnages de se rencontrer, de s'entre-déchirer.
«Nous voulions faire le plongeon shakespearien, avoue Denis Marleau. Othello est peut-être une des pièces les plus intimistes de Shakespeare.» Cette pièce est considérée comme «domestique», même si elle nécessite une pléiade de comédiens. L'auteur démontre simplement les radiations du mensonge d'Iago dans un microcosme d'individus. Voilà sans doute pourquoi la production est une figure emblématique du théâtre occidental…
Qu'en pense le noir Othello?
À l'instar de son camarade Pierre Lebeau, Ruddy Sylaire (le deuxième comédien noir à jouer Othello) voit sa participation dans le spectacle comme une occasion de «faire ses gammes», de se «restituer» grâce à une œuvre de cette ampleur.
Et ce n'est sûrement pas sa pigmentation qui y changera quoi que ce soit! «La couleur de la peau n'est pas l'élément de base, c'est l'humanité du personnage, nuance le Martinicain. Les sentiments véhiculés dans la pièce n'ont pas de couleur. Mais oui, la xénophobie et le racisme font partie des strates de la pièce, c'est un concentré de tout ce qui se trouve dans chacun de nous.»