Annonces classées | Enchères | Appel d'offres | Emplois | Circulaires | Nos Hebdos | Interurbain | Rencontre en ligne
Transcontinental
Info07
Envoyer ce texte à un ami Imprimer cette page Réagissez à cet article

Les Caïn et Abel des temps modernes

Patrick Voyer par Patrick Voyer
Voir tous les articles de Patrick Voyer
Article mis en ligne le 24 octobre 2007 à 22:45
Soyez le premier à commenter cet article
Les Caïn et Abel des temps modernes
«Moitié-moitié» est une production qui nous réconcilie avec le pardon…
Les Caïn et Abel des temps modernes
Dans «Moitié-moitié», présenté ce soir à La Nouvelle Scène, l’auteur australien Daniel Keene nous a raconté une belle et vieille histoire: celle du pardon et de la rédemption de deux frères, qui nous est jetée vivement au visage par le metteur en scène Kristian Frédric.
Frédric nous avait déjà habitué à ce type de confrontation, surtout dans son «Big Shoot», où la violence, la saleté et l’exiguïté étaients reines. Alors que dans sa dernière production il nous avait imposé une dure relation dominant-dominé, cette fois, il a choisi de réunir deux frères qui se revoient après dix ans de séparation.

Ned (Cédric Dorier) végète dans la demeure familiale crasseuse quand son aîné, Luke (Denis Lavalou), débarque avec sa gueule de bouledogue mal nourri et sa culpabilité mal engrossée. Il a quitté le nid et leur mère en laissant pantois le plus jeune, qui maintenant, ne sait pas s’il doit accueillir ou haïr sa moitié. Caïn aurait-il assassiné Abel une fois de plus ou la douleur d’avoir perdu, voire sacrifié la mère, sera-t-elle le début d’une nouvelle floraison?

Pour aimer le théâtre de Kristian Frédric, il ne faut pas être claustrophobe ni impatient. Les décors sont petits (bien que cette cuisine semble immense), pouilleux, sombres, le rythme est lent, saccadé, les répliques sont lancées soit au compte-gouttes ou à la mitraillette, bref, c’est sur un fil de fer doublé d’ambiances lugubres qu’il nous pousse.

Et une fois qu’on a digéré l’austérité de ces échanges entre Ned et Luke, dont les interprétations par Cédric Dorier et Denis Lavalou sont justes bien que quelquefois machinales, on peut s’amuser à les voir transformer la cuisine familiale en jardin d’Éden contemporain. Daniel Keene, traduit par Séverine Magois, a savamment établi cette comparaison entre ce paradis perdu et le bonheur enseveli des frères. Et si on ne s’attarde pas à cette métaphore, on se laissera tout de même éblouir par la métamorphose du décor de Charles-Antoine Roy. S’il est vrai que la nature change, les humains aussi, peu importe dans quel enfer ils ont brûlé.

On ressort donc de «Moitié-moitié» avec l’idée que du marbre congelé peut s’élever une fleur chaude. Ce Ned qui était froid devient chaud au contact de son froid de frère et vice versa. Lentement mais sûrement, les corbeaux s’envoleront loin des dépouilles et laisseront les racines s’abreuver à bonne source…
À voir jusqu’à samedi, 20h, à La Nouvelle Scène.

La question du net


Liens