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Les coachs de vie sont-ils les nouveaux prêtres?

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 30 octobre 2007 à 13:46
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Les coachs de vie sont-ils les nouveaux prêtres?
Les coachs de vie sont les nouveaux curés, soutane en moins.
Les coachs de vie sont-ils les nouveaux prêtres?
Avec la perte de vitesse des églises, les prêtres, curés et moines du Québec sont remplacés par un type d'individus au charisme foudroyant et aux trucs épatants. J'ai nommé les coachs de vie.
On les invite dans les colloques, les réunions, les congrès. Ils informent, conseillent, dérident comme des humoristes. Certains ont développé des aptitudes pour la scène, sont de véritables boute-en-train, des érudits qui savent comment communiquer leurs connaissances sur la vie, la psychologie, la philosophie. Certains le font sur une base régulière, d'autres à temps partiel. Dans les deux cas, c'est souvent très payant.

Ils sont des vedettes, des «experts», des profs, des pros de la santé, des M. ou Mme Tout le monde qui s'improvisent coach de vie après avoir traversé une rude épreuve. Plusieurs deviennent des vedettes à petite échelle dans le cœur de leurs partisans. Ils sont l'équivalent de ce qu'était l'Église au Québec dans les années 30: un modèle. Ils prêchent souverainement et écrivent des livres que la population dévore comme des… Bibles. (En passant, ce qu'ils écrivent est souvent tellement flou et «trop simple» en apparence, que c'est presque incompréhensible…)

Je sais, j'ai déjà écrit quelque chose là-dessus. Je me répète, je commence à radoter faut croire. Cependant, il y a un an, je ne savais pas trop ce que ces coachs représentaient. Ça me chicotait pourtant, je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus. Et là, j'ai compris: ce sont des curés nouveau genre. Non seulement ne sermonnent-ils pas, ils amusent tout en jetant un peu de clarté sur notre dérive. La perfection.

Bon…

Premièrement, est-on si dans le brouillard que ça? C'est vrai quoi, ça vient déprimant cette attitude négative, non? Y a-t-il tant de brebis égarées que ça? Doit-on absolument se faire dire comment être, comment vivre?

Allez en parler à cette dame qui recevait le curé de la paroisse chez elle. Elle l'accueillait dans sa chaumière, café à la main et sourire en coin, et que disait-il, cet émissaire du Saint-Esprit? «Vous devriez faire plus d'enfants!» Ça c'est de l'objectif, mes amis. Faire des mômes à ne plus savoir où donner de la tête et attendre le retour de son mari parti bûcher. D'accord, autres temps, autres mœurs.

Aujourd'hui, la femme n'est plus cloîtrée, elle peut aspirer à une existence florissante, car le clergé ne l'étouffe plus avec ses bondieuseries. Elle croit en elle, à l'image de l'homme, elle se réfugie dans son cocon avec sa petite famille et n'essaie pas de penser qu'il y a peut-être une entité suprême qui la toise de son nuage. Autres temps, autres mœurs, vous dis-je.

Le problème est qu'entre croire dur comme fer qu'on est issu des reins de Marie comme Jésus lui-même, et ne croire en rien, il y a une marge. Devant le manque de choix, à l'image des élections, les gens ont préféré croire en eux. Mais, ô malheur, ils ont été pervertis par la consommation et la modernité! Alors la brebis avait de nouveau besoin d'un berger.

Les coachs de vie sont alors arrivés en grande pompe avec leurs guides, leurs expériences, leur belle gueule et leur sens de l'humour. Les brebis avaient leur berger et un nouvel ami spirituel. Plus la peine de se regarder le nombril, d'apprendre à se recueillir dans le silence et de se questionner à savoir qui nous sommes. Non, nous avons diablement envie de nous le faire placarder en pleine poire.

Vous voulez savoir le pire? Les coachs de vie eux-mêmes nous disent que nous possédons tous les outils pour cheminer, pour savoir qui on est. Quand je vous dis qu'ils sont utiles!

Deuxièmement, depuis quand aime-t-on se faire dire nos quatre vérités? Il est constructif parfois de s'asseoir pour dialoguer avec l'autre, session durant laquelle il ou elle nous assène de coups de poignard. Ça fait du bien. Mais on en garde toujours un goût amer, damné orgueil oblige. (Au fait, vous saviez que l'orgueil est sans doute le pire des sept péchés capitaux? Vous remarquerez que c'est le seul qui commande tous les autres.)

En général, les humains n'aiment pas se faire mettre le nez dans leur vomi. Alors pourquoi cela fonctionne-t-il avec les coachs de vie? N'est-on pas capable de se charger de notre intelligence et de notre jardin intérieur tout seul?

Je l'avoue, à chaque fois que j'assiste par curiosité à une conférence (la dernière était celle du sympathique Jacques Salomé), je suis impressionné. J'apprends des tonnes. Cependant, c'est le concept que je ne comprends pas. Pourquoi ces maîtres à penser prennent-ils une place si prépondérante dans nos vies? Certes, ils ne rejoignent pas une majorité, comme l'Église, mais merde, ça me décontenance complètement.

Je posais la question à quelqu'un l'autre jour. Il m'a répondu: «Oh, tu sais, il y aura toujours des gens qui auront besoin de se faire guider.»

«Vraiment?», me suis demandé.

Eh ben.

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