Entrez dans le continental… mais laissez tomber vos fusils!
Continental – Un film sans fusil, produit par le Gatinois Luc Déry, suit quatre personnages à la dérive, dont les vies finiront par se croiser dans le continental, cette danse que chacun vit à sa manière même si tout le monde avance ou recule dans la même direction…
«Ce n'est pas un film sur la solitude, mais sur la cohabitation, la manière de vivre les uns à côté des autres, pour prendre conscience qu'on vit avec les autres. Juste en ouvrant la porte à quelqu'un d'autre! Je m'intéresse à l'être humain, car je fais aussi partie de ce troupeau-là. Et je ne le regarde pas de haut», lance le scénariste et réalisateur Stéphane Lafleur.
Le quatuor qu'il a imaginé est en quelque sorte quatre maillons d'une chaîne sans fin, quatre danseurs de continental qui tentent de trouver leur place. «J'en ai vu beaucoup de gens danser le continental et ils avaient tous une concentration. Ça devient un automatisme, ils tombent dans une espèce d'introspection. Le continental est supposé être un divertissement, mais ça devient une transe. Ce qui unit alors les personnages du film, c'est qu'ils sont en négociation entre leurs instincts primaires et un code moral de société.»
Les plans de caméra sont très évocateurs du réalisme que voulait instaurer Stéphane Lafleur, qui s'est même permis quelques incartades fantastiques pour rajouter du mystère pour pimenter la redondante danse.
Il s'est aussi payé une traite du côté des personnages secondaires, qui amènent l'humour, et des sonorités qui nous «affligent« constamment, comme celle du frigo ou de l'horloge. Il avoue être fasciné par ces absurdités qui ponctuent nos vies! Tout comme la violence ambiante…
«'Sans fusil' ça faisait longtemps que je voulais placer ça en-dessous d'un titre. Parce que tu vois toujours sur les front des journaux des histoires sordides et sanglantes, mais y'a plein de petites histoires dont on ne parle pas. Donc, le film est une façon de contextualiser ces histoires dans un concept plus large. C'est un avertissement, une mise en garde», explique Stéphane Lafleur.
«Il y a trop de films qui utilisent des armes à feu par manque d'imagination. C'est un objet mythique au cinéma. Je parlais de ça avec Réal Bossé (qui incarne le vendeur d'assurance Louis) et c'est presque rendu banal pour les acteurs. Et nous, comme public, on ne sait plus trop comment réagir…»
Un regard métaphorique
Continental – Un film sans fusil est une métaphore directe qui frappe. Fanny Mallette, qui incarne l'employée d'hôtel introvertie Chantal, a bien aimé la démarche de Stéphane Lafleur dans ce sens. Elle s'est prêtée avec humilité au jeu en donnant vie à une curieuse jeune femme…
«On a envie de la brasser, de lui dire 'Va t'acheter un billet d'avion, pars, loue-toi un char, va faire le tour du Canada, va au Mexique, sors voir du monde!'. Elle évolue dans un milieu tristounet, il lui reste juste son répondeur à qui elle parle…» Chantal rencontrera Louis sur son lieu de travail et verra en cet homme une chance de s'évader. Mais réussira-t-elle à donner le grand coup pour améliorer sa danse?
Stéphane Lafleur n'a pas fait de quartiers à ses personnages, que l'on pense au proprio du marché aux puces paumé Marcel, joué par Gilbert Sicotte, ou à Lucette, dont le mari a mystérieusement disparu… Tout comme Chantal, ils rêvent peut-être d'être ailleurs, d'être quelqu'un d'autre. Mais la vie nous ramène à l'ordre et nous rappelle froidement que nous sommes la créature la plus spéciale de l'univers!
Le film sort en salles le 9 novembre. Écoutez Stéphane Lafleur nous expliquer le titre du film sur Info07.com.