La face cachée des biocarburants
Depuis quelques années, différentes options sont envisagées afin de remplacer le pétrole par des carburants moins polluants. Devant la flambée du prix du baril de pétrole et le réchauffement climatique, les pays riches cherchent à tout prix un moyen de réduire leur dépendance à l’énergie fossile. À première vue, les biocarburants semblent une alternative idéale puisqu’ils sont produits à partir de matières organiques, végétales ou animales, renouvelables, durables et non-fossiles, cependant ils peuvent aussi causer des torts irréparables.
Au Québec, à Varennes plus précisément, la première usine productrice d’éthanol a vu le jour cette année. Au total, 12 millions de boisseaux de maïs seront utilisés chaque année par l’usine québécoise afin de produire un carburant moins polluant. Sa capacité de production s’élève à plus de 120 millions de litres annuellement. D’ici 2012, le plan vert du gouvernement du Québec vise à produire près de 400 millions de litres d'éthanol, ce qui remplacera 5% de l'offre de produits pétroliers.
Cette nouvelle a grandement réjoui les agriculteurs québécois qui réclamaient ce projet depuis 1992. Cette solution verte peut être avantageuse pour les agriculteurs des pays producteurs à condition qu’elle ne se fait pas au détriment des nations dans le besoin.
Une compétition avec la culture alimentaire?
Pratiquement entièrement guidée par des impératifs économiques, la production de biocarburants est lourde de conséquences pour certains pays. En effet, le développement des carburants naturels entre directement en compétition avec l’alimentation. Par exemple, en Amérique latine, depuis quels temps, le maïs, un aliment de base, a vu son prix augmenter considérablement, car il est dorénavant exporté vers les États-Unis pour produire de l’éthanol. Du côté du géant américain, tout semble bien et en respect de l’environnement, mais qu’en est-il des Mexicains qui voient le prix de la tortilla haussé de façon phénoménale. En Europe, les mêmes résultats se font remarquer. En Allemagne, le coût du malt a presque doublé en 2006 en raison de son utilisation comme carburant. Ainsi, il en coûte dorénavant plus pour savourer une bière dans ce pays européen.
Avec une tonne de maïs, on peut seulement produire 413 litres d’éthanol. C’est bien peu compte tenu du nombre de personnes que l’on peut nourrir avec cette quantité de nourriture. De plus, la production de ce biocarburant requiert de grands volumes d’eau. Déjà inexistante par endroits, cette ressource naturelle se doit d’être utilisée stratégiquement. Les céréales, le maïs et l’eau ne devraient-ils pas servir à nourrir et à abreuver les peuples nécessiteux plutôt que d’assouvir les besoins de motricité des personnes vivant dans les pays les mieux nantis.
L’Organisation Mondiale de l’Alimentation de l’ONU prévoit que dans les 3 années à venir la demande en agrocarburants va augmenter de 170%. C’est inquiétant puisque le maïs n’est malheureusement pas le seul végétal destiné à la transformation. Les graines de tournesol, le blé et le soja sont aussi utilisés par différents pays pour créer des biocarburants. Ainsi, les prix de ces produits céréaliers risquent de monter en flèche et les animaux d’élevage nourris au grain vont éventuellement coûter plus cher aux agriculteurs. Pour compenser ces hausses, les coûts des produits dans les épiceries, les œufs et le lait par exemple, suivront probablement la courbe ascendante.
Et la nature dans tout cela
Outre la menace des agrocarburants pour l’Homme, l’utilisation de plus en plus marquée de biocarburants peut avoir des effets négatifs sur les espaces naturels. Déforestation, érosion des sols, destruction des écosystèmes et de la biodiversité sont tous des éléments à considérer.
Ironiquement, les biocarburants sont souvent appelés « carburant vert » malgré le fait qu’ils contribuent à la déforestation massive de certaines régions du globe. En Malaisie, par exemple, le développement de la production de l’huile de palme a provoqué la destruction rapide de 87% de la forêt entre 1985 et 2000. Le remplacement des forêts par des champs prive les animaux de leur habitat naturel. Au Brésil, la forêt amazonienne disparaît de plus en plus chaque jour pour faire la culture de la canne à sucre qui se transforme ensuite en éthanol.
Certes, la production de biocarburants apporte des avantages pour les pays producteurs et consommateurs de ce type d’énergie. Leur utilisation réduit la production de gaz à effet de serre et rend les pays plus autosuffisants à l’égard des produits pétroliers. Néanmoins, les agrocarburants nécessitent d’immenses espaces cultivables pour en obtenir en quantité suffisante. C’est légitime, voire même essentiel, de rechercher des moyens de contrer l’effet de serre, mais les nouveaux développements concernant les biocarburants ne doivent en aucun cas se faire au détriment de la nature et, encore moins, sur le dos des pauvres de ce monde. Il faut quand même être logique dans le choix d’alternatives vertes.