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Moi chien créole: loin du chenil!

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 14 novembre 2007 à 16:54
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Moi chien créole: loin du chenil!
Erwin Weche incarne le chien créole dans la pièce du même nom. (Photo: Théâtre du Grand Jour)
Moi chien créole: loin du chenil!
Moi chien créole est une métaphore de la vie solitaire que nous offre l'auteur et travailleur social martiniquais Bernard Lagier. Celle d'un homme qui incarne un chien errant, dont l'ouverture sur les autres lui fera gagner son ciel… jusqu'à ce que frappe un impardonnable cataclysme.
Le chien créole, c'est le Montréalais Erwin Weche, qui assumera ce solo dont le public ressort ébranlé depuis mars 2007. Il est dirigé par Sylvain Bélanger (Cette fille-là), qui a retrouvé dans ce conte l'essence humaine sans plomb consommée par le Théâtre du Grand Jour, dont il est le directeur artistique.

Le chien est sur un «bout de place publique». Seul au monde, les pattes foulant les dalles sur lesquelles des milliers de gens ont laissé leur mémoire, il s'adresse à nous. «C'est vraiment un chien qui nous parle, assure Sylvain Bélanger. C'est une métaphore de l'exclusion, des sans-abri, de la marginalité. Le marginal nous permet de parler des hommes. Pour Bernard Lagier, le chien créole est une loupe pour nous parler de ceux qui sont exclus.»

Malgré tout ce qu'il a dû endurer, l'homme-cabot fait preuve d'une vitalité étonnante. Il n'est pas dans un chenil… «Le chien n'est pas refermé, il s'ouvre vers les autres, vers une société qui le rejette et dans laquelle il essaie de trouver sa place. Les chiens là-bas (Martinique) ne sont pas domestiqués; ils se trouvent des alter égo dans le monde des hommes et tentent de leur donner une identité.»

«À la base, poursuit-il, les spectateurs ont un trip hallucinatoire: on est dans la tête d'un chien, t'as l'impression qu'il s'imagine dans la peau des personnages qui font partie de sa mythologie propre. À la fin, t'as vraiment voyagé!»

Sylvain Bélanger prend l'exemple d'un clochard qui, pour le commun des mortels, ne suscitera pas grand enthousiasme avec ses grommellements. Pour le chien créole toutefois, ce sera un allié sur lequel il basera sa survie, c'est la «beauté extraordinaire», le refus de l'abandon.

Ainsi, Erwin Weche présentera cinq de ces alter égo, en leur donnant la parole qu'ils n'ont pas l'habitude d'avoir. «On se rendra compte qu'il a un pouvoir sur ces gens-là, jusqu'au cataclysme final», explique le metteur en scène sans vendre le punch.
Une langue dichotomisée
Moi chien créole est également une fricassée du côté de la langue, avec un français et un créole qui embelliront l'air ambiant. «Le texte est en deux langues, on vit avec ce paradoxe du début à la fin.»
Ce paradoxe est la Martinique colonisée par les Français, qui tente de sauvegarder son identité propre. Une île que ne connaissait pas Sylvain Bélanger. Il s'est inspiré de la réalité de la communauté haïtienne de Montréal, de ses convictions et des images «bombardées dans les médias pour traduire le propos de Bernard Lagier. Il a enfin créé le spectacle en travaillant main dans la main avec le théâtre L’Artchipel de Guadeloupe.

«On a fait une résidence de création là-bas et l'auteur est venu ici. Les gars qui ont fait la musique sont allés là-bas et ont travaillé avec un percussionniste. On a travaillé sur la langue pour en faire un créole international, indique Sylvain Bélanger. La langue créole au théâtre est magique, c'est une langue spectaculaire, y'a une théâtralité nouvelle…»
«Moi chien créole» est présenté du 21 au 24 novembre, à 20h, au Studio du CNA. Billets: 613 755-1111.

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