Santé : pour une mobilisation positive !
L’auteur a été adjoint du président-directeur général de l’Agence de la santé et des services sociaux durant les cinq dernières années. Il est maintenant étudiant à la maîtrise en développement régional à l’UQO.
Ce n’est facile pour personne de travailler dans le réseau de la santé. Les défis y sont gigantesques : pénuries de personnel, vieillissement de la population, besoins sans limites et ressources limitées. C’est également un milieu complexe où il se brasse beaucoup d’argent et où les intérêts des patients doivent affronter ceux de plusieurs corporatismes, notamment médical et syndical.
La place publique est saturée de dénonciations des failles du système : médecins, syndicats, Coalition Outaouais à l’urgence, intervenants… tous s’y mettent. Et tout a été dit : zone sinistrée, désastre, zoo, Tiers-Monde, pas une exagération n’a été oubliée. Mais est-ce que quelqu’un peut m’expliquer ce que ces dénonciations ont de constructif? Tous les problèmes dénoncés sont connus. Personne ne cache les difficultés du réseau. Par ailleurs, si l’Outaouais continue de donner une image aussi caricaturale de l’état de son réseau de la santé, personne ne voudra venir y travailler, les employés seront encore plus démobilisés et les patients seront plus inquiets que jamais. Le discours public actuel sur le réseau tue jusqu’à l’espoir même de voir les choses s’arranger. Il faut que cela cesse.
Comment ? Il faut tout d’abord admettre qu’il n’y a pas de solutions magiques, que les seules vraies solutions sont complexes, qu’elles prennent du temps à être implantées et qu’elles exigent l’engagement de toutes les parties. Ni les élus, ni les fonctionnaires, ni les médecins, ni les coalitions, ni même l’argent ne peuvent faire de miracles. Le Droit peut faire sa première page avec la pénurie de médecins de famille tous les jours, il n’en fera pas apparaître un seul (mais il en fera certainement disparaître quelques-uns de découragement). Au lieu de dénoncer tous et chacun, nous devrions donc nous concentrer sur ce qui peut être fait au quotidien pour améliorer la situation. Par exemple, parler de la qualité de nos établissements, souligner nos succès en organisation de services et faire la promotion des atouts de notre région.
La qualité de nos établissements : en matière de spécialités, les hôpitaux du Centre de santé et de services sociaux de Gatineau (CSSSG) sont parmi les plus complets au Québec. Hors de Québec et de Montréal, toutes les régions rêvent d’avoir les spécialités offertes chez nous. Oui, elles sont fragiles, mais elles sont là. Si l’Outaouais est un lieu d’innovations sociales, c’est notamment grâce à nos CLSC et à nos organismes communautaires. Nos établissements ruraux se classent parmi les meilleurs au Québec. Des établissements comme le Centre Jellinek, les Centres jeunesse ou encore le Centre hospitalier Pierre-Janet se comparent tous avantageusement à leurs homologues des autres régions. Les urgences de Hull, Gatineau et Buckingham seront bientôt remises à neuf comme l’ont été le Centre de réadaptation physique La Ressource, le Centre de réadaptation en déficience physique et le Pavillon du Parc.
Nos succès en organisation de services : la région a réussi à mettre fin à une bonne partie des chicanes de spécialistes entre Hull et Gatineau, c’est presque un exploit. La création des CSSS a fait que des établissements qui se chicanaient depuis leur fondation ont pour la première fois l’obligation de travailler ensemble. Des citoyens, comme ceux de Thurso, de Wakefield et d’Aylmer, ont démontré qu’une mobilisation positive est possible en mettant sur pied des coopératives de santé. Côté financement, les nouveaux investissements ont été massifs, du jamais vu.
Les atouts de notre région : les gens viennent travailler ici parce que l’Outaouais est une des régions les plus jeunes et les plus performantes économiquement au Québec. Son taux de chômage est parmi les plus bas et notre revenu moyen est parmi les plus élevés au Québec. À deux heures de Montréal et à deux minutes d’Ottawa, notre milieu de vie fait des envieux : région de culture, de sports, de plein air, terroir riche, économie florissante, région universitaire, etc. Stimuler la fierté d’être d’ici est une excellente façon de garder notre monde et d’attirer de nouvelles recrues.
Il est évident que, comme région, nous devons faire encore plus. Nos difficultés en témoignent tous les jours. Personne ne les nie. Personne ne nie leur gravité. Ce n’est facile pour personne de travailler dans le réseau de la santé, mais serait-il possible de construire sur nos succès au lieu de dénoncer sans cesse des problèmes que, malheureusement, nous connaissons tous trop bien? Pour une mobilisation positive, il faut absolument souligner ce que la région fait de bon. Cela donne de l’espoir. Cela nous donne confiance en nous. Cela mobilise les acteurs sur le terrain. Cela stimule les partenaires, car ils veulent aider des gens qui s’aident eux-mêmes, pas des gens qui quêtent des solutions toutes faites. Cela attire aussi du personnel. Des solutions sont en train d’être mises en place dans tous les secteurs, et toute la région doit s’y associer. C’est ça « la » solution, c’est de ça dont les patients de l’Outaouais ont besoin.