Moi chien créole. ">
Erwin Weche est assez solide dans ce solo très demandant qu'est Moi chien créole.
Un chien attaché à ses fantasmes
S'il ne passionne pas d'un bout à l'autre, Moi chien créole utilise les métaphores et le langage avec une redoutable précision et fait voyager le spectateur dans les tripes d'un cabot qui hante de pauvres et solitaires ruelles antillaises
Un large socle en bois repose sur la scène. Est-ce une place publique, un bout de trottoir, un coin de parc?
Le chien créole, qui prend forme dans le corps longiligne d'Erwin Weche, apparaît alors au milieu du socle, les mains crispées sur ses côtes, les cris de douleur fusant de sa gueule. À genoux, il nous expliquera la source de ce mal psychologique et physique qui le tenaille, lui, pauvre chien qui erre dans les couloirs de la vie.
On sera ainsi témoin de ses rencontres avec des clochards, de son attachement à de simples citoyens, des personnages hauts en couleur dans lesquels il tentera de se trouver une niche. Le chien, qui aboie en français et en créole, saura-t-il toucher le soleil du bout de la patte?
Le danger avec les solos est qu'une partie seulement de la marée humaine qui nous écoute soit dans le coup du début à la fin. Bien qu'il maîtrise presque à la perfection son texte et qu'il jongle aisément avec les langues qu'il crache carrément à notre figure, Erwin Weche ne parvient pas entièrement à assurer le fil conducteur entre son alter ego et notre cerveau.
Est-ce la mise en scène minimaliste de Sylvain Bélanger qui nous empêche de plonger complètement dans l'univers chaud de la Guadeloupe? Peut-être, mais une chose est sûre, ne décrochez pas une seconde… Heureusement que l'envirionnement sonore de Larsen Lupin nous rappelle que les palmiers sont près...
Quant au texte de Bernard Lagier, il est fort. Erwin Weche a un plaisir évident à lancer ces vers libres, où sont ensevelis des tonnes et des tonnes de trésors de vocabulaire. Encore là, faut pas chômer, parce que le chien créole jappe sans annoncer sa rage soudaine!
Moi chien créole est un monologue qui séduit avant tout par sa résonnance humaine. Derrière cette métaphore du chien et ces tableaux poussiéreux que l'on peint dans notre imaginaire, il y a la gerçure au cœur de ce chien rescapé de la mort qui cherche son ombre, il y a la détresse inavouée de ses amis qui rôdent dans leurs fantasmes et il y a l'espoir, enfoui si loin qu'il ne surgira probablement que dans une autre époque…