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L'âge des ténèbres s'abat sur les cinémas

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 30 novembre 2007 à 21:07
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L'âge des ténèbres s'abat sur les cinémas
Marc Labrèche en vit de toutes les couleurs dans L'âge des ténèbres.
L'âge des ténèbres s'abat sur les cinémas
Pas facile Denys Arcand, pas subtil pour deux cennes. Si avec Le Déclin et Les Invasions, il nous avait tapoché le cervelet à grands coups de clichés, il nous transperce la joie de vivre avec le troisième rejeton de son œuvre tripartite, Les Ténèbres, le film le plus noir de l'histoire du cinéma québécois.
Le ton, le langage, l'acidité et la cible n'ont pas changé: c'est acerbe, direct, mordant, jaune et noir d'humour. La société dépassée par les événements, qu'elle a mis elle-même sur le tapis, est son terrain de jeu et la route sur laquelle il incarne un pilote de Formule 1 au volant de son rouleau compresseur. Pour ne pas dire sa zamboni, car on vacille entre le magma et la cryogénie pendant 1h48 bien tassées.

Jean-Marc Leblanc (Marc Labrèche) est le clown triste qui se présente devant vous, mesdames et messieurs. Jean-Marc est fonctionnaire et travaille au Stade olym'deux de'pique pour un ministère qui ne peut pas aider les contribuables… à part écouter leurs histoires d'horreur en se rappelant les leurs. Il doit en plus endurer ses patrons robotiques (André Robitaille et Caroline Néron, qui ne manque pas de nous exposer le galbe de ses bijoux).

Jean-Marc ne baise plus avec sa femme (Sylvie Léonard) depuis trop longtemps. Pourquoi? La routine, le fait que madame travaille trop (elle est agente d'immeuble, vous êtes surpris?) et le manque de communication. Leur relation est si pathétique, si anecdotique, que plein de petites idées macabres nous viennent en tête…

Parlant de manque de communication: ses deux ados. Wow. Quelles filles. Le I-Pod dans les oreilles à la journée longue et la menace facile quand leurs parents arrivent à dire un mot censé entre deux tounes. Wow.

Sans oublier le trafic, sa mère qui se meurt en même temps que sa lignée à l'hospice, le virus qui vole en l'air, les ***** (si vous devinez le mot, vous gagnez un laissez-passer gratuit au cinéma imaginaire de votre choix) de cellulaires qui se multiplient… Et de cela naît une question: «A-t-on vraiment autant de choses à se dire?»

Pour se sauver de tout ça, Jean-Marc s'invente des nymphettes dans sa tête (sexy Diane Kruger et Emma de Caunes), il fantasme constamment, il rêve d'être quelqu'un d'autre dans une époque différente, il se réfugie dans son cabanon pour satisfaire ses pulsions, il va à une soirée speed-dating (quelle invention!) et rencontre une férue du Moyen-Âge, il fume en cachette dans un environnement qui l'interdit, il fait du métro, de l'auto, du train, il patauge et il s'emmerde.

Quand la marmite sautera-t-elle? Que fera Jean-Marc? Se réfugiera-t-il pour la énième fois à la campagne, échappatoire de prédilection de Denys Arcand?

Difficile de dire si L'âge des ténèbres plaira à une majorité. L'«effet malaxeur» qu'il déclenche dans nos tripes et dans nos REER de confiance risque d'en faire déraper quelques-uns! Mais il reste que Denys Arcand est notre dénonciateur en chef, il adore et fait bien son boulot. Il est bien sûr gamin, moraliste et pince-sans-rire, mais qui viendrait le contredire quand il nous expose des vérités, des faits aussi tranchants que la pollution, la justice injuste qui «obéit» aux jeunes plaignantes pour déposséder leurs vieux maris, et le fossé entre les générations?

On peut ne pas aimer se faire placarder nos quatre vérités en pleine poire, comme on peut accepter que nous sommes allés trop loin et que Jean-Marc Leblanc est un sosie de notre voisin de palier… ou de notre voisin de miroir.

Bon, ceci étant dit, avec Denys Arcand, il faut en prendre et en laisser pour ne pas faire de cauchemars. On doit plutôt rire et réfléchir, car si on ne vaut pas une risée ou un cliché, on ne vaut rien.

Et désolé pour ceux qui haïront la démarche du cinéaste; peut-être vous serez-vous trop reconnus… Et peut-être vous direz-vous que tout va bien dans la société et sur la Terre malgré des millions d'avis contraires…
Le film sort sur nos écrans le 7 décembre.

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