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Ça roule tempête à la Popote!

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 30 novembre 2007 à 7:04
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Ça roule tempête à la Popote!
L'équipe de bénévoles de la Popote roulante du secteur Gatineau qui donnait de son temps lorsque nous sommes allés vivre l'expérience. (Photo: Patrick Voyer)
Ça roule tempête à la Popote!
Nous avons tous entendu parler de la Popote roulante. Ce que nous ignorons est pourquoi et comment elle existe. La Revue est donc allée passer quelques heures avec deux bénévoles de la Popote du Centre d'action bénévole de Gatineau, Johanne Vincent et Louise Laliberté, qui ont livré des repas à cinq clients au pedigree très différent!
Ces deux heures, de 11h à 13h, ont été magiques mes amis. Elles ont permis de démystifier ce qu'est la Popote et surtout, de qui les clients dépendent pour se nourrir. C'est cette trop rare richesse humaine, qui tient dans sa paume la vitalité du service, que nous avons découverte.

Johanne Vincent, qui est d'ailleurs la «petite patronne» de la Popote du secteur Gatineau, nous a donné rendez-vous à la Maison Bon Séjour, le point de ralliement de la dizaine de bénévoles retraités et l'endroit où sont cuisinés les plats livrés pour la modique somme de 4.50$! La Popote dispose là d'un petit local où les repas complets (soupe, salade, plat principal, dessert) sont mis dans d'immenses sacs à lunch que les souriantes baladeuses trimbaleront tout au long de leur parcours. Elles sont accompagnées de vaillants chauffeurs qui se faufileront dans le dédale de rues qu'est le secteur Gatineau, qui est divisé en cinq circuits d'une quinzaine de kilomètres.

«Ça nous fait rencontrer des gens nouveaux et on apprécie les personnes âgées, admet Hélène Béland. J'ai toujours travaillé dans le public comme secrétaire, alors c'est un genre de continuité. Et mon mari est un ancien pompier!» Le couple roule pour la Popote depuis dix ans déjà, en compagnie notamment d'une ex avocate, d'un ex médecin et d'une ex infirmière. Oui, quand on est bénévole, les strates se confondent pour former un club sandwich!

Les duos formés, la bouffe bien emprisonnée (macaroni à la viande et quiche), les dernières farces lancées (car imaginez-vous que cette bande est surexcitée – dans le bon sens!), nous quittons pour une courte virée qui nous mènera des deux côtés du boul. Maloney. Johanne avait prévu un itinéraire spécial pour nous, beaucoup moins long que d'habitude.

Alors qu'elles ne pensaient pas être bavardes, Johanne et Louise ont été très «éducatives». Johanne a commencé par expliquer que la Popote fonctionne presque toute l'année, même à Noël et au Jour de l'an. Les repas chauds sont livrés du lundi au vendredi et des repas congelés couvrent la fin de semaine. Les mets sont adaptés aux gens allergiques ou diabétiques et si les individus ne sont pas à domicile quand les bénévoles se pointent, ils laissent la nourriture à la porte. «Si le repas est encore là le lendemain, on contacte la famille parce que la personne peut être décédée», de dire Johanne. Enfin, lors des fêtes, telles que l'Halloween, Pâques ou la St-Valentin, les clients sont étonnés!

«Quand j'entre dans une place, je prends le temps de parler avec les personnes deux ou trois minutes. J'écoute leurs problèmes et s'ils ont des besoins, on les réfère au CLSC, explique Louise. Et quand ils sont en fin de vie, ça arrive qu'ils nous racontent leur histoire».

La dame, une retraitée de la fonction publique fédérale, avoue qu'elle aurait probablement sombré dans la dépression il y a trois ans sans son engagement avec la Popote. Louise se rend aussi compte que certains clients préfèrent se confier aux bénévoles plutôt qu'à leur famille. Peur de déranger, désaccords, manque de présence sont des raisons qui poussent les clients à s'ouvrir davantage à eux. La Popote est dans cette optique une présence plus qu'une cantine… «On n'est pas des psychologues, on les écoute. On n'a pas d'études en ça, mais la personnalité est très importante», précise Louise.
Des clients sympathiques!
Les clients de la Popote ne sont pas nécessairement handicapés, à l'article de la mort ou «à bout d'âge». Certains font appel au service de livraison depuis des années alors que d'autres le font sur une base temporaire, et les raisons pour lesquelles ils le font sont très variées.
Notre tournée a débuté avec une visite chez Laurence Devault, une accueillante dame de 80 ans qui mange de la Popote depuis plus de quatre ans, une dame «qui ne veut pas vieillir et rester jeune»! Mme Devault bénéficie des services de la Popote parce qu'elle ne peut plus se faire à manger.

Yvette Blais était notre deuxième cliente. Tout comme Mme Devault, elle ne peut cuisiner, mais c'est surtout parce qu'elle reçoit constamment de l'oxygène. «Nous, les personnes âgées, on a besoin que quelqu'un s'occupe de nous, surtout en ce qui concerne les repas. Ça fait plusieurs années que je suis avec eux, je suis pas près de lâcher, avoue-t-elle. Parce que si j'avais pas la Popote, probablement que je parlerais pas aujourd'hui, peut-être que je serais dans un hôpital ou un CHSLD…»

De retour dans la voiture, Johanne Vincent nous a parlé de sa précieuse équipe. «Nos bénévoles sont vieillissants, mais l'équipe rajeunit. Y'a quelques années, la moyenne d'âge était de 70, mais c'est du monde en forme!» Bien entendu, le Centre d'action bénévole de Gatineau ne refusera jamais de baladeurs ou de chauffeurs…

Pour le troisième arrêt, nous avons réveillé Louis Martineau, un gentil gars d'une trentaine d'années qui est atteint de sclérose en plaques. Louis est «accroc» à la Popote, il en mange depuis une décennie. Lors de notre visite éclair, il a enfilé son chapeau de cowboy pour nous dérider un peu!

Margot Savoie a été notre avant-dernière surprise. La dame vient d'avoir une chirurgie à la hanche et profite de la Popote le temps de reprendre des forces. Elle-même bénévole au Centre d'action pour le service d'impôts, elle croit important que des gens se dévouent de la sorte. «On a un bon service et faut le dire, c'est bon!, lance-t-elle. Moi, ça m'a enlevé un tracas; quand t'es pas obligée de t'occuper de la nourriture, le reste là…»

Âgé de 86 ans, le svelte et élégant M. Charlebois a été notre ultime arrêt. Client de la Popote depuis plus de dix ans, il a lui-même été bénévole à la Popote pendant douze ans, à l'époque où la bouffe était cuisinée par les bénévoles. «Je voulais rendre service, indique-t-il. C'est une bonne chose d'aller voir les gens. Un jour, je suis allé voir une femme qui était tombée à côté de son lit. Elle serait morte si je n'y étais pas allé.»

Notre besogne terminée, Johanne et Louise retournent fièrement au quartier général. Elles sont surtout satisfaites que nous ayons été témoins d'une infime partie du boulot qui est accompli depuis 25 ans par des centaines de bénévoles. Des gens comme n'importe qui, des citoyens qui se disent qu'un jour, ils empoigneront peut-être le téléphone pour appeler la Popote et ainsi demeurer chez eux, dans le confort de leur foyer.
Il n'y a donc aucun préjugé à avoir face à la Popote roulante, sur la pauvreté par exemple. Il faut placer son orgueil au bon endroit, que l'on soit bénévole ou client. Que vous soyez ou désiriez être l'un ou l'autre, le numéro est le même: 819 568-0747.

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