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Une journée de distribution

Jessy Laflamme par Jessy Laflamme
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Article mis en ligne le 21 décembre 2007 à 15:00
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Une journée de distribution
Les policiers de la Sûreté du Québec entourés de plusieurs bénévoles et parfois même de leur famille ont remis des paniers de Noël le samedi 15 décembre dernier. (Photo : Jessy Laflamme)
Une journée de distribution
Près de 500 paniers de Noël ont été distribués le samedi 15 décembre sur le territoire de la Petite-Nation. Grâce aux policiers de la Sûreté du Québec, j’ai eu la chance pour une première fois de remettre ces victuailles en main propre.
L’agent St-Pierre a fait preuve d’une générosité exemplaire en me permettant d’embarquer avec lui, sa femme Guylaine, sa fille préado Élodie et son amie également préado Cassandra. J’ai donc vécu cette expérience dans un contexte familial, ce dont je leur suis extrêmement reconnaissante.

Je suis arrivée à 9h le samedi matin à l’usine des paniers de Noël située au centre communautaire de Ripon. Immédiatement, l’agent St-Pierre déguisé en Père Noël pour l’occasion m’amène avec lui. Première destination : Namur. Près de cinq voitures de police se suivent à la queue leu leu puis se stationnent au garage municipal. Le camion de la SQ servant habituellement aux perquisitions est présentement rempli de nourriture. On le vide afin de remplir nos voitures et de commencer la distribution. Nous avons distribué quatre paniers dans cette municipalité. Nous avons rencontré des familles et des personnes seules. Chacun était heureux de nous voir arriver. À ma grande surprise, les deux préados qui s’étaient levées extrêmement de bonne heure, ont commencé à reprendre vie lorsqu’on distribuait des cadeaux aux enfants. Les deux jeunes filles s’obstinaient pour savoir laquelle d’entre elles allait remettre les présents. Lorsqu’elles apercevaient les enfants, leurs yeux se mettaient à briller. Je suis convaincue, même si elles ne l’admettent pas encore, que cette expérience restera gravée dans leur mémoire. Je tiens d’ailleurs à les remercier, moi qui suis enfant unique, j’ai eu l’impression pendant une journée, d’être une grande sœur. La fraîcheur de leur jeunesse était tout simplement contagieuse.

Une fois Namur terminé, nous sommes revenus au centre communautaire pour déguster le dîner fourni par André Leblanc du Metro de Chénéville. Nous avons mangé rapidement, car plusieurs familles nous attendaient impatiemment.

Nous sommes repartis en direction de Saint-André-Avellin, les pompiers qui travaillaient ardemment depuis la matinée n’arrivaient pas à tout distribuer. Il faut dire que sur 500 paniers, Saint-André-Avellin en remet 110.

Pour moi, ce fut la partie de la journée la plus pénible. Il est difficile de retrouver certains de ses camarades de classe dans ce contexte. Disons qu’on est loin des soirées retrouvailles. De plus, Saint-André-Avellin est mon village natal, et comme j’ai été choyée par la vie, j’ai souvent fermé les yeux devant la pauvreté qui m’entoure. La voir ainsi à l’état pur, m’a complètement bouleversée.

Une fois tous les paniers remis à Saint-André-Avellin, nous avons roulé jusqu’à Montebello où nous avons encore une fois distribué des paniers. Puis, nous avons terminé notre journée à Plaisance.

Finalement, je suis arrivée à la maison, éreintée. J’avais remis presque 20 paniers dans ma journée. Physiquement, c’était épuisant, mais surtout mentalement. Trop d’émotions m’avaient parcourue pendant la journée. J’ai ouvert la porte de ma résidence à 17h15, l’heure du souper. J’avoue que je me suis trouvée tellement chanceuse de me poser la question : qu’est-ce que je mange ? Non pas parce que je manque de nourriture, mais plutôt parce que j’ai trop de choix. Les personnes que j’avais rencontrées au cours de la journée ont de la difficulté à remplir un besoin de base, celui de manger. Un geste si anodin pour la plupart d’entre nous, mais combien essentiel à la survie.

Quand on me demande comment j’ai trouvé cette expérience, j’éprouve de la difficulté à trouver les bons mots. Je dirai que contradictoire est celui qui me vient à l’esprit. J’ai eu la chance pendant la semaine d’aller prendre une photo au centre communautaire de Ripon. Celui-ci était bondé de nourriture offerte par des personnes en guise de charité. Quel beau geste de la population, mais quel dommage que cela soit nécessaire. Quelle chance avons-nous classe moyenne de participer à une journée où le partage est à l’honneur, mais quel malheur qu’une personne ou une famille ouvre la porte où nous avons cogné.

J’ai aussi appris que la pauvreté est difficile et si facile à juger. À certains endroits, le désordre régnait. Nos esprits remplis de préjugés se disaient alors : aide-toi et le ciel t’aidera. Cependant, lorsqu’on arrivait à un endroit calme et propre, nos cerveaux reprenaient leur réflexion et se posaient la question : en ont-ils vraiment besoin ?

La leçon, juger les autres est inutile, mais le partage lui est loin d’être futile. La morale de cette journée pour moi, est que la pauvreté se situe à plusieurs niveaux et qu’elle peut toucher tout le monde. Je n’ai aucun droit de juger puisque cela pourrait également m’arriver. Mais, d’ici là, je vais continuer à donner.

Ce soir-là, je me suis couchée épuisée, mais remplie d’un sentiment d’accomplissement.

(Photo : Jessy Laflamme)

(Photo : Jessy Laflamme)

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