Des sentiments contradictoires
Une fois, ma journée de distribution terminée, je suis arrivée à la maison, éreintée.
J’avais remis presque 20 paniers dans ma journée. Physiquement, c’était épuisant, mais surtout mentalement. Trop d’émotions m’avaient parcourue pendant la journée. J’ai ouvert la porte de ma résidence à 17h15, l’heure du souper. J’avoue que je me suis trouvée tellement chanceuse de me poser la question : qu’est-ce que je mange ? Non pas parce que je manque de nourriture, mais plutôt parce que j’ai trop de choix. Les personnes que j’avais rencontrées au cours de la journée ont de la difficulté à remplir un besoin de base, celui de manger. Un geste si anodin pour la plupart d’entre nous, mais combien essentiel à la survie.
Quand on me demande comment j’ai trouvé cette expérience, j’éprouve de la difficulté à trouver les bons mots. Je dirai que contradictoire est celui qui me vient à l’esprit. J’ai eu la chance pendant la semaine d’aller prendre une photo au centre communautaire de Ripon. Celui-ci était bondé de nourriture offerte par des personnes en guise de charité. Quel beau geste de la population, mais quel dommage que cela soit nécessaire. Quelle chance avons-nous classe moyenne de participer à une journée où le partage est à l’honneur, mais quel malheur qu’une personne ou une famille ouvre la porte où nous avons cogné.
J’ai aussi appris que la pauvreté est difficile et si facile à juger. À certains endroits, le désordre régnait. Nos esprits remplis de préjugés se disaient alors : aide-toi et le ciel t’aidera. Cependant, lorsqu’on arrivait à un endroit calme et propre, nos cerveaux reprenaient leur réflexion et se posaient la question : en ont-ils vraiment besoin ?
La leçon, juger les autres est inutile, mais le partage lui est loin d’être futile. La morale de cette journée pour moi, est que la pauvreté se situe à plusieurs niveaux et qu’elle peut toucher tout le monde. Je n’ai aucun droit de juger puisque cela pourrait également m’arriver. Mais, d’ici là, je vais continuer à donner.
Ce soir-là, je me suis couchée épuisée, mais remplie d’un sentiment d’accomplissement.