Un dur film Borderline entre la réalité et la fiction
Près de dix ans après avoir écrit Borderline et Labrèche, Marie-Sissi Labrèche a fait équipe avec la réalisatrice Lyne Charlebois pour mettre à l'écran le résultat de ses deux romans, qui ont été quelque peu modifiés et agrémentés de fiction…
L'écriture avait frappé à l'époque et le film n'est pas différent: le personnage de Kiki, joué avec brio par Isabelle Blais, est décortiqué sous nos yeux à travers un univers familial trouble et une recherche identitaire parsemée d'échecs et d'échappatoires physiques et émotives.
«Je voulais me libérer de quelque chose, c'était un cri d'alarme. C'est mon enfance coincée dans ma gorge comme une chip avalée de travers, mon enfance destinée aux coquerelles…Tout est parti de moi, je jouais avec moi comme quand je jouais aux Barbies», confie Marie-Sissi Labrèche.
Avec Lyne Charlebois, elle a pensé réunir ses deux romans et y intégrer des éléments de fiction, pour dresser le portrait complet de son héroïne que l'on retrouve amoureuse de son prof de littérature 20 ans plus tard, dans La Brèche. Le film montre donc Kiki à 10, 20 et 30 ans, en pleine descente et remontée.
«À 30 ans, elle s'est trouvée, elle a fait du chemin, elle est lucide, consciente. Mais ce n'est pas tout de comprendre, il faut que tu agisses. Mais c'est dur quand tu viens d'un milieu qui ne t'a pas donné de repères», explique Isabelle Blais, qui a rencontré l'auteure de nombreuses fois pour s'imprégner de son énergie.
Le milieu de Kiki est composé de sa grand-mère rock & roll (Angèle Coutu) et de sa mère vulnérable (Sylvie Drapeau), qui deviendra catatonique. «La maladie mentale c'est encore tabou, en n'en parle pas. Mais c'est difficile à vivre pour la personne qui vit ça et aussi pour la famille autour; tu ne comprends pas pourquoi ta mère parle à télé…», de dire l'auteure.
Ces modèles auront transformé Kiki en une boule d'émotions déficiente qui utilise le sexe comme porte de sortie. Du sexe machinal et sauvage sans amour additionné d'alcool et de la drogue pour faire sortir le mal. Des ingrédients qui rapprocheront Kiki du gouffre, d'où elle sera tirée peut-être par un jeune cuisinier candide (Pierre-Luc Brillant).
Recréer des bouquins
«J'avais pas lu les livres quand le producteur Roger Frappier me l'a offert sur un plateau d'argent, avoue Lyne Charlebois. J'ai tout de suite aimé son écriture. J'ai toujours voulu écrire et je lui ai dit (à Marie-Sissi) 'C'est comme toi que j'aurais aimé écrire'. J'aime l'humour de Kiki, sa douleur, sa résilience, sa lucidité, et c'est tout ça qu'on a essayé de mettre dans le film.»
Le seul hic, c'est que la narration des bouquins était au «Je». «Il fallait inventer des personnages pour que Kiki communique et échange avec quelqu'un, poursuit la réalisatrice, pour que ce ne soit pas linéaire. Et Marie-Sissi était ouverte à ce que son œuvre éclate, c'était extraordinaire. Je n'ai jamais eu l'impression de la trahir, elle était avec moi, elle approuvait tout, jamais on s'est obstiné sur une scène!»
Un rôle exigeant
«Des fois, on a des rôles et on se dit 'Ah, c'est un terrain connu…' Là, j'étais toujours sur le qui-vive, angoissée. Ça demandait de l'abandon et de la confiance.» Isabelle Blais prend l'exemple des nombreuses scènes de nudité qu'elle a eu à tourner, des scènes ultra techniques qu'elle a eu de la difficulté à réaliser même si elle les assumait.
«Ces scènes sont marquantes, car on visait l'authenticité et ça permet à chaque fois de préciser l'histoire, c'est une mise à nu du personnage», précise Marie-Sissi Labrèche. Isabelle Blais a dû trouver le front de bœuf nécessaire pour incarner une femme en pièces détachées, qui risque de toucher droit au cœur ceux et celles qui sont déjà passés par là. «Mais pas juste ceux qui ont eu affaire de près ou de loin avec des troubles, nuance Lyne Charlebois, car l'amour de soi-même, tout le monde vit ça, qu'on soit borderline ou pas…
Le film sort sur nos écrans le 8 février.