Bilinguisme dans la fonction publique: une nécessité selon Graham Fraser
Le commissaire aux langues officielles Graham Fraser soutient que le bilinguisme dans la fonction publique fédérale est un atout de premier plan dans un contexte où les emplois pleuvront bientôt, mais où des talents et du leadership seront recherchés pour des postes clés.
M. Fraser a répondu à l'appel du Centre d'études et de recherche sur l'administration publique (CERAPF), qui a présenté ce midi la première de trois conférences à l'École nationale d'administration publique (ENAP) devant une trentaine de personnes, notamment des employés de la fonction publique.
Le réputé journaliste et auteur du livre Sorry, I don't speak french a planché sa courte conférence sur les avantages de distinguer le pouvoir de gérer et le pouvoir de mener. Il a aussi donné son appui aux fonctionnaires qui se retrouvent embourbés de tâches «bilingues» qu'ils ne devraient pas nécessairement réaliser. Un analyste n'est pas un traducteur, selon lui.
Il a toutefois rappelé qu'il est primordial d'ouvrir son esprit aux deux langues. «Il est important de parler les deux langues, car vous influencez, vous 'énergisez' dans les deux langues. Vous avez le droit de travailler dans la langue de votre choix, mais vous êtes obligés de travailler avec les autres dans la langue de leur choix…», a-t-il nuancé.
Il a aussi avoué que les francophones bossant dans les domaines de la recherche étaient dépourvus par rapport aux anglophones, surtout dans les petites universités où les outils français sont rarissimes. Il compatit avec les «victimes» de cette réalité, mais affirme que les moyens ne peuvent pas présentement justifier les fins…
Questionné sur le danger d'une ghetthoïsation des minorités visibles et ainsi du rejet possible des deux langues mères, il a indiqué que 9% seulement des Canadiens anglais de naissance sont bilingues, comparativement à 11% des immigrants. «Pour ces immigrants qui ont appris un deuxième langage, c'est une sorte d'accommodement raisonnable personnel, un développement de la sensibilité qui dépasse la perception des gens qui n'ont pas fait cet effort», a-t-il tranché.
Pour parer à cela, M. Fraser espère que d'ici 2013, un jeune Canadien sur deux sera capable de tenir une conversation dans les deux langues. Et il a ironiquement souligné que certains fonctionnaires qui reviennent d'une formation linguistique ou qui passent des examens sont parfois incapables de se débrouiller dans les deux langues, contrairement à ceux qui échouent ces tests…
Des têtes dures
Des irréductibles, il y en a partout, notamment dans les cabinets ministériels ou dans les institutions qui, même après 25 ans de francisation, en sont encore tristement au stade de l'intimidation.
Graham Fraser a pris un exemple fictif sur un ministre albertain qui ne démontrerait pas beaucoup d'intérêt pour le français. «C'est une des raisons pour laquelle les fonctionnaires doivent maîtriser les deux langues, pour que le ministre reçoive les informations dans la langue de son choix. Ce que les ministères québécois ne font pas toujours…»
Quant aux plaintes formulées par la population lésée à cause de la documentation reçue dans la mauvaise langue ou non servie dans sa langue maternelle, il s'est dit inquiet du processus de règlement. «Souvent, il n'y a pas beaucoup de changements, car ces processus de traitement de plaintes sont lourds. Nous devrons cerner les problèmes systémiques et trouver des solutions viables.»