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Pourquoi doit-on parler de suicide?

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 11 février 2008 à 19:00
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Pourquoi doit-on parler de suicide?
Le suicide… faut en parler. (Photo: Patrick Voyer)
Pourquoi doit-on parler de suicide?
La Semaine de prévention du suicide revient année après année, comme Noël et les sondages BBM. Si ces deux redondances ne permettent pas toujours de mettre le doigt sur les bobos de la société, le suicide, lui, le peut, car il est en somme un des plus importants cancers de notre temps.
Oui, il y a les chiffres, il y a trop de jeunes qui s'enlèvent la vie, il y a cinq hommes pour une femme qui se trucident pour X raison, il y a le fossé entre les mieux et moins bien nantis, il y a la chicane des générations qui empêche certains individus, à tort ou non, de monter les échelons qu'ils devraient logiquement grimper aisément… Il y a tellement de sources qu'on en oublie l'essentiel: une personne suicidaire a besoin de parler, d'être entourée.

Le film Tout est parfait aborde cette question avec beaucoup de tact et d'amour. On y suit un jeune homme qui disjoncte quand ses amis se suicident en chaîne. Heureusement, une de ses amies arrivera à jeter un peu de lumière dans sa vie. Un exemple simple que tout le monde peut mettre en pratique, qu'on ait vécu ou non ce type de drame. Le réalisateur du film, Yves-Christian Fournier, m'a appris la semaine dernière que le truc est de suivre l'individu durant 48 heures quand on entrevoit un signal d'alarme. Deux journées de votre vie peuvent sauver un être cher, deux journées.

Là, je vous vois venir. Vous vous dites sûrement: «Mais comment vais-je faire pour déceler des signes précurseurs?» Il est vrai qu'il est très difficile d'absorber ces mauvaises vibrations, surtout chez une personne qui semblait heureuse et pétante d'énergie la veille. On est évidemment choqué de la voir pendue au bout d'une corde ou baignant dans son sang le lendemain. Même les experts sont médusés devant autant de «courage».

Et dites-vous que le suicidaire est imprévisible: il peut agir sur un coup de tête comme il peut avoir longtemps mûri sa décision. De là l'importance de s'intéresser à ce que vivent ceux et celles qu'on aime, de les connaître vraiment, de devenir «ami» avec eux, pas juste «chum». Dans une époque comme la nôtre où les gens, les jeunes surtout, jase plus souvent qu'autrement à un écran ou un téléphone qu'au blanc des yeux de leur interlocuteur, un effort supplémentaire devrait être fait. Mais, comme on dit, quand on est né là-d'dans, bonne chance pour en sortir.

Peut-on se glisser dans la peau d'un jeune quand on a 55 ans et vice-versa? Bien sûr. Les humains ont la capacité de s'entraider, de se comprendre, de ressentir des émotions universelles telles que la peine et la joie, nonobstant l'âge et la provenance. La clé pour améliorer ces damnées statistiques ne serait-elle donc pas de s'ouvrir, que l'on souffre ou qu'on soit en position d'aider? Se fondre dans le regard de l'autre plus qu'une seconde, scruter son âme à la recherche de quelque alarme qui s'est déclenchée… C'est pas sorcier et chacun peut y arriver avec un peu de franche camaraderie et de générosité.

C'est que Tout est parfait voulait démontrer. Il y arrive avec brio. Ironiquement, le film est classé 16 ans et plus.

Bravo.

Vous ne saviez pas, vous savants Québécois, que le suicide survenait seulement après l'âge de 15 ans?

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