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Vingt-cinq roses dorées pour le «bad boy» de la fleur

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 15 février 2008 à 8:00
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Vingt-cinq roses dorées pour le «bad boy» de la fleur
Joël-Marc Frappier est une encyclopédie vivante de la fleur et un passionné comme il s'en fait peu. (Photo: Patrick Voyer)
Vingt-cinq roses dorées pour le «bad boy» de la fleur
La fleur est un médium pour le maître-fleuriste Joël-Marc Frappier. Un symbole d'amour, d'amitié, de bonheur, de fraîcheur, un arc-en-ciel de pétales qui, après vingt-cinq printemps, fait sa renommée et celle de son équipe de «Fleurs signées…» à la Maison de fleurs.
Pourquoi parler de Joël-Marc Frappier à la Saint-Valentin? Bien sûr, il est maître-fleuriste, alors cela va de soi… Sauf qu'au-delà de sa technique imaginative et de son audace, pour laquelle il est reconnu de l'Australie à Maniwaki, et les petits bonheurs fleuris qu'il offre à ses clients et amis, cet homme carbure aux amitiés qu'il tisse, aux rencontres qu'il fait. Et cette énergie si difficile à décrire et impossible à comprendre qui émane de lui, malgré deux heures d'entrevue, est sans nul doute une forme complexe d'amour développé avec le temps.

Mais parlons avant tout d'actualités, parce que le «fleuriste de Céline» vivra une année 2008 extrêmement lourde. Il sera tout d'abord à Nice pour travailler sur la Coupe du monde avec le Consul du canada, en tant que nouveau et seul président francophone de l'histoire de l'Académie canadienne de l'art floral. Ce sera une occasion en or pour lui de développer le côté international de l'Académie et d'attirer d'autres Québécois dans ses rangs.

Ensuite, pour avoir remporté la palme d'or du Concile internationale de la fleur en octobre dernier (la plus haute distinction au monde) à Nice, il se rendra en juillet en Malaisie. Deux tâches l'y attendent: il aura l'infime honneur de décorer le hall d'entrée du Shangri-la, un des plus prestigieux hôtels de la planète, et il sera juge en chef de la compétition internationale de la fleur 2008.
La genèse d'un mordu
Chaque conte de fée a un début, sans nécessairement avoir une fin. Celui de Joël-Marc Frappier a débuté dans le nord de l'Ontario, près d'un cadavre... «J'ai découvert la fleur par pur hasard quand j'étais étudiant en thanatologie. Quand je suis retourné à Sudbury, j'ai travaillé dans un centre qui appartenait à une fleuristerie. Quand je n'étais pas occupé au centre, j'allais de l'autre côté et je faisais de la livraison de fleurs!», raconte-t-il.
Un incident bête vient toutefois miner son existence. «J'ai tombé avec un cercueil et j'ai été quatre ans sans travailler. J'ai donc déménagé ici (à Gatineau, où il habite depuis 22 ans) et je suis retourné aux études. J'ai fait un bac en administration à l'UQO et je travaillais dans un centre de réadaptation.» Mais la fleur l'attire toujours; en plus de son emploi d'assistant-directeur, il se lance en affaires avec un partenaire et ouvre la boutique «Soyeusement Vôtre» sur le boul. Gréber.

«À un moment donné, mon partenaire voulait quitter, poursuit Joël-Marc Frappier. Alors j'ai pris un congé sabbatique et je suis allé suivre mon cours de maître-fleuriste durant trois mois à Lyon. C'est là que tu apprends si tu as la passion ou non, c'est l'université de la fleur!» L'illumination tant souhaitée a évidemment lieu et le jeune homme de l'époque met à profit sa minutie pour faire ressortir la sensualité de la fleur et la quintessence du feuillage. Il découvre le pouvoir infini de la reconstruction florale. «C'est devenu la force de l'entreprise, car nous suivons des tendances plus européennes que canadiennes. Juste avec le feuillage, la signature, les gens savent d'où ça vient.» Sans parler du papier brun avec lequel ils emballent et protègent les bouquets, comme les Européens le font.

«Pour moi, la fleur est un porte-bonheur, ça livre des messages que les mots ne peuvent dire. En Europe, c'est courant, les gens achètent des fleurs avant leur pain. Ici, c'est un luxe, on va manger avant. Mais il n'y a rien qui change l'ambiance mieux qu'une fleur», estime le seul Canadien à pouvoir donner des cours pour juger la fleur en compétition.



Joël-Marc Frappier a donc rempli un vide et apporté une nouvelle philo en arrivant en Outaouais. Après 25 ans en affaires et des milliers d'événements et de mariages réussis plus tard, il est en mesure d'expliquer ce succès. La clé? Son équipe, qu'il a formée à son image et qui le rend fier à chaque jour. Comme la directrice de sa boutique, Chantal Blondin, qui a dernièrement fait son entrée à l'Académie, un grand exploit pour celle qui a débuté à «Soyeusement Vôtre» comme livreuse! «J'aime autant qu'ils n'aient pas d'expérience, car on va leur montrer nos méchantes habitudes! J'aime mieux la passion que la connaissance, car il n'y a personne de plus demandant que moi. Les employés le savent!», glisse en souriant celui dont le malléable anthurium est la fleur préférée.
Des coups de maître
Il a parcouru la planète grâce à sa passion, il a enseveli de fleurs les bras et les loges de vedettes, il a immortalisé des fêtes, des festivals, il a amassé des milliers de dollars avec la campagne «l'Arbre de l'espoir», il a fait du bénévolat, il a déguisé des hôtels, des salles de spectacle (il est aussi metteur en scène et directeur artistique à ses heures…), alors quels pourraient bien être ses coups de maître?
Eh bien, pas obligé d'aller bien loin pour en dénicher un: le 1er février, le plus grand magazine de la fleur au monde, Floral Design, lui consacre un article de 16 pages, entre autres à cause de sa technique de «récupération»: il utilise du matériel bon pour la casse, comme de la vitre brisée, et le transforme en œuvre d'art… «Ils m'ont dit qu'ils n'avaient jamais donné autant de place à quelqu'un. L'éditeur m'a dit 'Your stuff is yummy!', confie Joël-Marc Frappier avec fierté. C'est une des plus belles occasions pour moi, on prend une place internationale qu'on n'avait pas avant! Le plus important pour moi est de représenter Gatineau, le Canada. J'aurais pu partir aux États-Unis, le traiteur des Oscars aurait voulu ouvrir un magasin avec moi, mais je ne sais pas si j'ai envie de travailler si fort», admet celui qui bosse en moyenne… de 70 à 80 heures par semaine!

Un de ses derniers feux d'artifice a eu lieu à Nice, quand il a gagné la palme d'or avec son œuvre improvisée de tiges entrelacées qu'il a déposée à l'entrée d'un restaurant de la Côte-d'Azur. Et que dire du char allégorique qu'il a décoré avec son équipe (et des recrues!) dans la même ville? Il fut alors le premier fleuriste étranger en 125 ans à réussir ce tour de force. «Le maire de Nice me dit toujours: 'Jean-Marc, quand tu viens ici, ça nous monte toujours d'un cran…'»

«Et l'an passé aux Junos (remise de prix pour la chanson canadienne à laquelle il participe depuis plusieurs années), quand j'ai complété les pièces et que j'ai monté la salle de gala en collant des orchidées sur les murs, la productrice m'a dit 'Vous ne manquez jamais le but, n'est-ce pas?'»

«Y'a pas de problèmes, y'a que des solutions. Il faut un peu être tête folle! Comme quand j'ai fait le mariage de Patrice Bélanger; ils voulaient quelque chose de différent, alors je leur ai fait un concept bonbon. C'était l'euphorie totale! Tout se réalise…»

Joël-Marc Frappier se souvient aussi de la soirée hommage à Eddy Marnay, à la Maison de la culture en juin 2003, quand Céline Dion lui avait fait un des plus beaux compliments de sa vie après avoir vu ses fleurs dans sa loge. Elle a couru vers lui et lui a dit en l'étreignant: «Tsé, je savais que c'était toi. T'as du talent à revendre, on fait même pas ça pour moi à Las Vegas!»

En parlant des Dion, il aura fait jaser en faisant venir Maman Dion en limousine de Montréal pour une incroyable campagne publicitaire sur ses pâtés... dans les locaux de «Soyeusement Vôtre»! Avec le recul, Joël-Marc Frappier consent que c'a été son plus gros coup de marketing… Et c'est là, au milieu des années 90, qu'il se liera d'amitié avec la diva, qui le remerciera d'avoir été si gentleman avec sa mère.

Un de ses plus souvenirs est celui d'un jeune homme plein de bonnes intentions… «L'enfant devait avoir 10-11 ans. Il avait 32$ en monnaie dans ses poches. Il les vide sur le comptoir et dit qu'il veut des fleurs pour sa maman… Je lui ai donné pour 75$ de fleurs et un de nos chauffeurs est allé le reconduire chez lui.»

Mais la plus belle récompense pour lui, à part celle de faire plaisir aux gens, a sans doute été ce que son père lui a dit l'été dernier. «Il m'a dit 'J'ai jamais réalisé comment tu étais bon'», se remémore-t-il, les yeux mouillés.

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