«Loto-Québec est clairement embarrassé par les informations, il a les mains sales» - Bill Clennett
Le militant pour les droits sociaux Bill Clennett a réagi mardi matin à la divulgation par Loto-Québec lundi de documents, qu'il a demandés il y a cinq ans, qui dressent la liste des «victimes officielles» du jeu compulsif aux Casino de Montréal et du Lac-Leamy. La Cour d'appel du Québec a sommé, le 5 décembre dernier, la société d'État de sortir ces documents sur la place publique.
Deux mois plus tard, Bill Clennett a mis la main sur ces documents, et 24h avant qu'il ne les expose en conférence de presse, Loto-Québec les a divulgués à la presse. Selon M. Clennett, Loto-Québec essaie de noyer le poisson en sortant ces informations durant la Semaine de prévention du suicide et tente de minimiser leur importance en lui coupant l'herbe sous le pied comme la société a fait hier.
«C'est inacceptable. Loto-Québec est clairement embarrassé par ces informations, il a les mains sales», a-t-il lancé. «Des 1,3 milliard$ de revenus de Loto-Québec, 800 millions $ proviennent des loteries vidéo. Ils sont devenus dépendants de ces revenus et Loto-Québec est devenu un état dans un état. Il encourage la culture, il a remplacé avec brio l'industrie du tabac et l'État ne peut rien faire, car il est en conflit d'intérêt!», a ajouté Alain Dubois, intervenant psychosocial qui côtoie des joueurs pathologiques quotidiennement et porte-parole d'EmJeu (Éthique pour une modération du jeu).
Dans les documents, on peut lire que 170 rapports d'incidents survenus aux deux casinos ont eu lieu depuis 1999, dont deux suicides (un à Montréal et un à Ottawa) et six tentatives de suicide. M. Clennett ne croit pas que ces statistiques officielles soient un reflet de la réalité. Sinon, Loto-Québec n'aurait pas pris cinq ans avant de jouer ses cartes. Mais l'«oubli» du projet de commission parlementaire sur le jeu après les dernières élections provinciales aurait donné de l'oxygène à la société, d'après M. Clennett.
«Nous sommes frappés par l'importance des services chez les joueurs compulsifs et le nombre record de transports ambulanciers qui viennent de là. Il n'y a pas un autre endroit d'où il y a plus de transports, a indiqué Alain Dubois. De plus, le coroner de la SQ a affirmé qu'il y a un suicide aux dix jours qui est relié au jeu compulsif, des informations colligées par des documents officiels.» M. Clennett a ensuite glissé que les centres d'aide 24/7 ne sont pas accessibles aux résidents d'Ottawa, eux qui représentent une masse énorme de joueurs…
Loto-Québec pourrait prévenir les drames?
M. Dubois a rappelé que la grande majorité des joueurs compulsifs ne se rendront pas au suicide, mais que les conséquences de leur dépendance ne les handicapent pas seulement eux, mais aussi de 10 à 15 personnes de leur entourage. Il est d'avis que la prévention est la clé dans ce dossier et que Loto-Québec a tous les outils pour. «Avec les cartes privilèges, soutient-il. Lorsqu'il y a un suicide, on peut suivre la personne, savoir combien d'argent elle a joué et où elle a joué, mais on n'utilise pas cette information pour prévenir. Non, ils exploitent les gens jusqu'à ce qu'il y ait une situation dramatique. Ils devraient faire un paramétrage de ces machines selon les études de la Santé publique pour diminuer la dangerosité.»
«Dans une époque où on fait la promotion des jeux de hasard, on doit réfléchir à l'offre des machines. Le gouvernement doit créer une commission pour entendre le public et pour définir de nouvelles façons de faire», pense Bill Clennett.
Et l'avenir?
Selon le procureur de M. Clennett, Jean-Carol Boucher, d'autres batailles juridiques sont à venir dans le futur, surtout si un autre organisme ou un militant tel que son client demande de voir un document par la Loi à l'accès à l'information. «En 2006, ils ont révisé la loi et, loin d'ouvrir la machine, on a resserré les critères permettant l'accès à l'information», précise-t-il. Un dossier qu'a piloté «rapidement» et «sans préavis» le ministre Benoît Pelletier, a mentionné Bill Clennett.
«Nous avons fait cinq représentations et à chaque fois, nous plaidions la vie humaine, poursuit Me Boucher. Je disais au tribunal 'Nous sommes ici pour une valeur plus grande que l'argent, pour la vie'. Ils nous disaient 'Non, je veux vous entendre sur le droit'. Ça vous donne une idée du chemin que Bill et moi avons fait. Loto-Québec avait tout l'argent qu'il fallait et nous, nous en sommes quand même venus au résultat que vous connaissez.»
L'avocat allègue que les dirigeants de Loto-Québec font semblant de jouer les bons pères de famille et que la population ne doit pas se laisser endormir. Il est d'avis que les vieux arguments de la société pour éviter la transparence, soit le danger de fournir des informations structurantes au crime organisé et la complexité des documents, sont obsolètes.