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Michel Fugain le phénix

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 8 mars 2008 à 13:00
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Michel Fugain le phénix
Michel Fugain est, de son propre aveu, un phénix: il est mort et ressuscité.
Michel Fugain le phénix
Difficile de croire que Michel Fugain était sur le point de lancer la serviette artistique quand on lui parle de son dernier album Bravo et merci! et du spectacle qu'il vient présenter lundi le 10 mars à la salle Odyssée.
Fort d'un spectacle réussi à Chicoutimi jeudi soir, Michel Fugain se livre sans prétention comme un verbomoteur heureux d'avoir retrouvé son erre d'aller. «Ce n'est pas parce que je suis prétentieux, mais les gens sont étonnés, ils ne s'attendent pas à cette forme… qui n'est pas un récital de chansons!, lance Michel Fugain. Les chansons s'enchaînent pas période, par thème, avec des pauses bien sûr. Les gens vont rencontrer un mec qui sort en toute liberté; on se raconte, on rigole. Vous savez, dans la vie, plus on a de pépins, plus on rigole!»

Des pépins… On aurait tendance à croire que Michel Fugain n'en ait pas eu des masses tant ses classiques sont joyeux et entraînants encore aujourd'hui, mais sa carrière n'a pas toujours été rose! «Vous allez dire 'Mais il est prétentieux ce vieux con!', mais si on veut savoir si on est un phénix, il faut mourir. Et moi, je suis mort deux ou trois fois dans ma vie», avoue-t-il.

La dernière résurrection a été provoquée par une courtoise lettre qu'il a envoyée à ses vieux amis de la chanson, dont Serge Lama, Charles Aznavour, François Hardy et Salvatore Adamo. «Je leur disais que j'étais fier d'avoir fait ce métier durant 40 ans avec eux. On se rencontre rarement et on ne se dit pas souvent comment on est bon les uns les autres… Et j'avais décidé d'arrêter, alors… c'est plus facile de dire 'Je t'aime' quand on sait qu'on va partir! Mais ils ont été sensibles au fait que je dise qu'on est une 'génération' et qu'il n'y avait jamais eu autant de gens qui ont travaillé aussi longtemps dans le domaine de la chanson; quarante ans pour les plus jeunes et pour Aznavour, on n'en parle pas, il en a vingt de plus que nous! C'est pour ça que je voulais le souligner…»

Ses vieux complices ont tellement été touchés qu'ils lui ont écrit une chanson, douze en fait, qui sont d'autant de petits bijoux que Michel Fugain entonne avec un grand bonheur sur les musiques qu'il a créées. «Ils m'ont donné du grain à moudre alors que j'étais un meunier qui voulait que son moulin s'arrête. Mais là, il n'est plus question qu'il s'arrête, j'ai refait la toiture et l'hélice…»
Un Arlequin
«Avoir la passion ne veut pas dire avoir le désir de rentabiliser. Si j'avais écouté mes amis bien pensants, j'aurais eu encore un 'big bazar', mais ça n'aurait pas été une passion… juste une business. Et quand y'a juste une business…» Michel Fugain espère que d'autres longues traditions comme celle des chanteurs français légendaires pousseront. Mais il n'est pas très optimiste pour le futur, car il sait que les jeunes artistes sont malgré eux avalés par une grosse machine… «C'est un système de consommation dans lequel on vend des savonnettes, quoi! C'est l'évolution naturelle de nos sociétés marchandes. Avant, on avait un bac à nous, les Mitchell, Fugain, etc. Là, c'est le R&B, le pop, ils sont au milieu d'une production. Nous, on a existé en tant qu'être humain au lieu d'être étiquetés à un style.»
C'est avec cette philosophie du «vrai» et du «rien à perdre» propre à la commedia dell'arte que Michel Fugain fait la tournée du Québec. «Il n'y a pas un soir où je suis dans le même état d'esprit, le ton change. Je peux avoir la bosse du rire sur scène, simplement changer le ton! L'important n'est pas ce que je chante, c'est comment je le chante!», nuance-t-il.

«Je suis un comédien avant tout, j'essaie de faire une transposition de la commedia dell'arte. Moi, je suis un Arlequin! On peut toujours classer les individus avec ces stéréotypes, car ce sont des archétypes tellement anciens qu'ils sont forcément vrais! On peut avoir une attitude de matamore, on peut être un 'pantalone', et moi je suis un Arlequin; j'ai l'œil roublard, je suis toujours prêt à dire une connerie.»

«J'aimerais terminer ma vie comme un comédien; oui, je peux bouger mon corps, je peux chanter», lance la légende qui a depuis quelques années dépassé la soixantaine…
Michel Fugain viendra dire «bravo et merci!» à la salle Odyssée, le 10 mars, à 20h. Billets: 819 243-2525 ou www.maisondelaculture.ca.

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